Verdun : une ville comme les autres ?

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Quand nous venons à Verdun et que nous sommes passionnés d’Histoire, c’est un peu comme entreprendre un pèlerinage. Beaucoup croient tout connaître de cette ville avant même de l’avoir visitée. À travers les livres d’Histoire ou les films sur la Grande Guerre, je m’attendais à découvrir une ville martyre, sinistre et sans âme. 300 jours et 300 nuits d’enfer l’avaient surement défigurée à jamais. Cependant, au terme d’un séjour là-bas, mon impression a radicalement changé. C’est une ville bien vivante, à l’image de toutes les villes de France, avec ses restaurants, ses hôtels et ses festivités culturelles. J’ai notamment été à un festival lors de mon séjour. Plus que tout, c’est la sérénité que dégageait la ville qui m’a surprise. Elle m’est apparue comme un paradoxe avec l’enfer qui s’y est produit il y a 100 ans.

Il reste néanmoins des indices quant à l’enfer qui s’y est produit. Neuf villages détruits ne réapparaîtront par exemple jamais. Nous ne pouvons pas nier les faits qui se sont déroulés ici, ni les innombrables morts que cette guerre a faite. L’ossuaire de Douamont en est l’exemple même. Enfin, voir le mémorial du fort de Douamont et regarder de ses propres yeux ces 130000 croix plantées dans le sol font réfléchir. Les images ou la représentation que l’on peut se faire de cet événement ne peut remplacer sa réalité. Cette réalité mémorielle est un choc puisque nous savons que tout cela aurait pu être évité. En voyant toutes ces croix alignées, nous nous demandons « pourquoi tous cela » ? Alors, notre tâche à l’heure actuelle est de ne pas oublier « nos morts pour la France », tombés à jamais dans une guerre qui les dépassait. Mais n’avons-nous pas le devoir de révéler un semblant de vérité et de transformer cette célèbre phrase en « mort à cause de la France » ?

Mais Verdun n’est pas que cela. C’est aussi une ville du souvenir. Souvenir lorsque nous voyons le fort de Douamont, pour pouvoir comprendre les conditions de vie des soldats. Souvenir par les multiples journaux d’époque, les affiches de propagande et bien sûr d’objets tels que les obus ou les masques à gaz. Tout ceci nous raconte la vie des soldats. Or dans une guerre, les soldats ne sont qu’une partie des témoignages.

Pour pouvoir approfondir son pèlerinage, il est bon de se souvenir des dirigeants : Joffre, Pétain, Nivelle ou encore Pershing. Chacun a eu un rôle important même si leur carrière leur a apporté la gloire ou la disgrâce. Visiter le lieu où ces personnes commandaient peut être inutile pour certains mais c’est un autre lieu à connaître, d’autres informations à emmagasiner pour parfaire sa culture historique.

C’est près de Verdun, dans la petite ville de Souilly, que le sort de la France s’est décidé en 1916.

Savoir qu’elle a accueilli des dirigeants tel que des rois ou des empereurs de différentes nationalités renforce l’importance de la bataille de Verdun – qui rappelons-le n’est symbolique que pour la France. Savoir que toutes ces personnes ont franchi ce même lieu que moi il y a 100 ans a éveillé quelque chose en moi. On ne peut ressentir cet effet qu’en étant sur le lieu même. Il s’agit de s’imprégner de l’Histoire, de pouvoir la ressentir.

Enfin, Verdun n’a pas qu’une seule histoire. Nous croyons trop souvent que l’histoire de cette ville s’est construite avec la Grande Guerre, mais c’est une grave erreur. En visitant un musée, je me suis aperçu que cette ville avait du poids dans l’Histoire. Sa cathédrale magnifique et son baldaquin comme dans la ville de Rome montre toute la richesse, la prospérité que cette ville possédait. De plus, il faut savoir qu’un traité porte son nom, c’est le « Traité de Verdun » de 843. Ce dernier survient en effet après une guerre civile entre les trois petits-fils de Charlemagne, Louis et Charles contre leur frère Lothaire qui voulait régner sur l’Empire en entier. Il faut savoir que dans les traditions franques, le territoire était partagé entre les fils en âge de régner. Au bout de trois ans de guerre civile, il a été décidé d’un accord entre les trois frères à Verdun. Louis le Germanique prendra la partie germanique de l’Empire, Charles le Chauve aura la partie occidentale et enfin Lothaire la Lotharingie (partie centrale , comprenant l’Italie du nord).

Quel est alors l’intérêt de visiter Verdun ? Qu’a-t-elle le devoir de nous transmettre ? Une chose majeure qui aujourd’hui est toujours d’actualité. C’est une ville de paix. Cette ville est bien à même de montrer ce qu’apporte la paix et les avantages nous avons à ne pas faire la guerre. Ses nombreux monuments aux morts sont là pour en témoigner. De même que le très intéressant musée « Centre Mondial de la paix, des Libertés et des Droits de l’Homme ». Il nous montre les atrocités de la bataille de Verdun pour mieux nous faire comprendre l’importance des faiseurs de paix incarnés par les diplomates ou les gouvernements. Les premiers sont des hommes de l’ombre faisant des miracles grâce à une parfaite maîtrise du langage et essayant de favoriser la paix. Bien entendu, ils doivent aussi prendre en compte les intérêts de leur pays, ce qui peut aller à l’encontre de valeurs morales mais nous ne développerons pas sur ce point. Les seconds favorisent la paix en rencontrant leur homologue étranger à travers une procédure stricte et ordonnée, destiné à renforcer les pactes d’amitié. Le moment des cadeaux est certes purement matérialiste mais il est aussi symbolique. C’est le cas de la Statue de la Liberté, offerte par la France aux Etats-Unis en 1896.

Ainsi, même si les atrocités de l’Histoire sont ineffaçables, il est important de s’en souvenir pour en retenir les leçons. Il s’agit de les diffuser sans esprit de vengeance, mais au contraire, de vouloir avancer ensemble vers un monde meilleur. C’est d’ailleurs ce qu’ont fait François Mitterrand et Helmut Kohl en se serrant symboliquement la main à Verdun en 1984.

Enfin, comme nous l’avons énoncé, Verdun fût une ville martyre pour les Français. Celle qui ne devait pas tomber aux mains des Allemands et qui incarnait la résistance française. Hélas ce ne sera pas la dernière.

Fabien Collette

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