Saint-Etienne – Lyon : L’histoire des frères ennemis

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La tradition populaire récente a la fâcheuse tendance d’occulter l’histoire et sa construction, traduisant les situations contemporaines en états de fait. Pourtant, se priver de ces éléments, c’est offrir un récit fragmenté, incomplet, inconséquent. C’est fermer les yeux sur des dynamiques indispensables pour se saisir des passions et des enjeux ayant produit le monde dans lequel nous vivons. C’est négliger celles et ceux qui, au gré de leurs vies, nous ont légué pour héritage le patrimoine de leur sueur, de leur sang parfois, trop souvent. La rivalité entre Saint-Etienne et Lyon, ce n’est pas que du football. Ce sont des femmes, des hommes, des patrons, des ouvriers, des industries, des sociétés. Lyon la bourgeoise, Saint-Etienne la prolétaire.

C’est donc l’histoire de deux villes voisines (ou presque) aux destins très différents. Nous sommes au début du XIXème siècle. D’un côté Lyon, capitale des Gaules, giron mondiale de la soierie, prospère économiquement sur un bassin régional sur lequel elle a la mainmise. De l’autre, Saint-Etienne, cité ouvrière, nouvelle préfecture du nouveau département de la Loire, croît dans l’ombre de son voisin. À Lyon, on produit donc la soie, industrie que l’on tente d’étendre à l’ensemble de la région, et par extension, à Saint-Etienne. Les industriels Lyonnais possèdent les moyens de production, dominant ainsi leurs voisins Stéphanois, qui, sous le prisme des différences socio-culturelles, n’entendent pas vivre sous leur joug. Les tensions accroissent au fur et à mesure que Saint-Etienne prend de l’importance au sein de l’industrie Française. Déjà réputée pour son activité dans le domaine de la métallurgie, des armes, de la rubanerie et du charbon, la cité ligérienne devient le premier bassin houiller du pays et le reste jusque dans les années 1860, devenant ainsi l’un des lieux phares de la production industrielle hexagonale. Elle atteint même un rang mondial dans le domaine de l’armement et du cycle, avec l’usine Manufrance, qui deviendra un siècle plus tard le sponsor d’un maillot entré au panthéon du football Français : celui des verts de 1976. Les villes coopèrent, des lignes de trains – parmi les premières en France – sont créées, la communication est de plus en plus forte en dépit des antagonismes. L’influence Lyonnaise tend malgré tout à décroître au fur et à mesure que Saint-Etienne acquiert son autonomie, mais Lyon reste, par son poids démographique, son niveau de vie et sa force de production, l’acteur majeur de la région. Elle accueille à la fin du siècle les frères Lumière, bisontins devenus célèbres grâce à une invention qui, encore aujourd’hui, fait sa renommée et la fierté de ses habitants : celle du cinématographe, en 1895.

L’ère industrielle s’estompe progressivement. L’activité se diversifie. C’est Lyon qui s’en sort le mieux et reprend une avance considérable sur Saint-Etienne, l’éternelle ouvrière dont la reconversion est bien moins aisée. Son attractivité historique rend la transition économique naturelle : Lyon est une ville riche, dotée d’une forte influence, qui lui permet de ne pas connaître la difficulté. A l’inverse, le modèle économique de sa voisine est à bout de souffle. La mécanisation et l’innovation nuisent à la main d’œuvre, les difficultés économiques croissent. C’est toujours la bourgeoisie Lyonnaise qui maîtrise les moyens de production, et de surcroit, les forces du labeur. Ces disparités entre dominants et dominés tendent à renforcer le clivage identitaire entre les deux villes, entre dominants et dominés, entre la bourgeoise et le prolétariat. Et cela se traduit désormais à travers la logique sportive, pour ne pas dire footballistique. Le premier derby professionnel voit le FC Lyon s’imposer 2 à 0 sur l’AS Saint-Etienne, le 24 septembre 1933. La situation sportive évolue au gré d’éléments politiques (la seconde guerre mondiale, notamment) mais aussi économiques, avec la progressive professionnalisation du football. L’Olympique Lyonnais naît en 1950, après de nombreuses pérégrinations dans le dessein de constituer un club professionnel pérenne.

La tradition footballistique est née : entre ères de domination sans partage, déclarations médiatiques au parfum d’anthrax, joutes verbales, engagement sans borne et autres manifestations du ressentiment, le derby est une nébuleuse vectrice de l’expression des passions. C’est la suite logique de cette longue trame d’opposition. C’est un supplément d’âme héréditaire et incontrôlable qu’on ne comprend qu’en le vivant de l’intérieur. C’est l’expression des chauvinismes les plus exacerbés. Ce sont les verts contre les gones. 60 kilomètres entre deux mondes.

Nous avons pu demander à deux étudiants lyonnais, Naïm et Marin, ce qu’ils pensaient du derby et du football en général.
Naïm, étudiant en histoire à Lyon III : « Je supporte l’OL depuis 2005 environ, quand je suis rentré en 5ème. C’était l’époque des matchs de Ligue des Champions sur TF1, avec Gilardi, l’époque où on n’avait le droit qu’à une seule mi-temps. Le derby c’est le match le plus important sur le plan de la rivalité et de l’honneur, mais pas forcément sur le plan comptable quand on est lyonnais. Si on joue une demi-finale de Ligue des Champions, ce sera plus important que le derby.
La semaine avant le derby je tiens pas en place, je regarde les reportages, les vidéos des matchs, des buts. Je me mets dans une situation où « un match nul = une défaite ».
Mon plus beau souvenir de derby avec l’OL ? Le 10 novembre 2013, y a pas à réfléchir, à Geoffroy Guichard, quand Jimmy Briand te marque le but du 1-2 à la 90+3ème, c’est fou. Mon pire souvenir, c’est le 100ème derby et la défaite 3-0 chez eux, quand on est humilié. Mon plus vieux souvenir de l’OL, c’est le premier derby depuis que je suis à Lyon pour les études, c’est un match de 2007 à Saint Etienne, avec une victoire 3-1, grâce à un magnifique piqué de Tiago, et des buts de Fred et Kallstrom. Inoubliable.
J’ai toujours refusé de pronostiquer sur un derby, j’aurais trop tendance à annoncer l’OL vainqueur parce que personne ne peut envisager de perdre ce match-là ».

Marin, étudiant lyonnais, supporter stéphanois : « Je suis supporter des Verts depuis tout petit, ils m’ont mis un maillot de Sainté dans le berceau, alors je n’avais pas vraiment le choix ! Mon premier souvenir tout confondu avec les Verts c’est un match à domicile contre Sochaux, que l’on gagne sur un penalty de Feindouno (le 20 février 2005 NDLR, première victoire de la saison pour Saint Etienne).
Pour moi le foot, ça restera toujours le match du dimanche soir sur Canal. Le derby en un mot ? Je dirais « pression du résultat ». C’est ce que ça représente pour moi. Mon pire souvenir d’un derby est sûrement le plus beau souvenir des lyonnais, c’est le but de Briand à la 90+3ème… Laisse-moi te raconter mon meilleur souvenir de derby : « C’était un soir d’hiver glacé à Geoffroy Guichard, il y en a pas mal des soirs comme ça à cette époque, j’étais avec ma copine dans le kop. Nous sommes durement dominés durant toute la première mi-temps, et là, à la fin, notre recrue Soderlund, invisible durant 76 minutes et âprement sifflé durant toute la deuxième mi-temps, marque d’un tir à 15 mètres, sur une passe de Monet Paquet. Depuis je chante « Ne jamais oublier, ce soir on va gagner, grâce à Monnet-Paquet. » ».
Si je devais pronostiquer je dirais 2-2. »

Une panthère parmi les lions

Un derby ne peut se résumer aux 90 minutes que dure un match de football. Il serait beaucoup trop réducteur de voir les choses ainsi. Un derby n’a pas de durée prédéfinie: ce sont les acteurs qui en décident, qui en font l’agenda, à travers les déclarations et autres faits qui émaillent ce moment si particulier. L’électricité monte crescendo au gré de tous ces facteurs et bien sûr, de l’approche de la date fatidique. Une bulle spatio-temporelle se crée, les débats ne tournent progressivement plus qu’autour de cela au sein des deux camps. En tant que Stéphanois, il est difficile voire impossible d’y échapper. Le football, c’est l’opium de notre peuple. Pour comprendre cela, il faut avoir vent de l’histoire de notre club. Saint-Etienne, ville ouvrière sans grand éclat, voit en ce sport une échappatoire à la morosité ambiante. C’est la principale distraction des travailleurs qui se massent dans les travées de Geoffroy Guichard, pour pousser leurs représentants à porter haut leurs couleurs. Car s’il est un club qui ressemble photographiquement à sa ville d’appartenance, c’est bien Sainté. Le don de soi, l’humilité, le travail, la solidarité et la dimension populaire: des valeurs qui collent au maillot vert, comme à la cité des sept collines. Et il n’est pas question d’imaginer les troquer contre quelque denrée Qatarie que ce soit…

Étudier à Lyon, ce n’est évidemment pas facile pour un Stéphanois. Les quolibets et autres railleries, je les subis depuis quatre ans. Sans rompre ni même plier. Car le Lyonnais est fanfaron et parfois, un peu trop sûr de lui… En même temps, pour être honnête, je le cherche un peu. Par plaisir, par contradiction, mais surtout, par fierté. Ya-t ’il plus vivifiant qu’être une panthère parmi les lions ? Je ne crois pas, du moins, pas de mon point de vue. Ce n’est pas du masochisme, c’est l’esprit derby. M’affirmer et me revendiquer Stéphanois, c’est plus fort que moi. Les gens en viennent à me réduire à cette seule caractéristique parfois, et cela me convient parfaitement, puisque cela représente la plus grande part de mon identité. Vous imaginez donc aisément qu’aux abords du derby, je suis une proie de goût pour les vanneurs Lyonnais.

J’ai pour principe, en revanche, de me montrer mesuré avant ce match. Je ne me prononce pas, car la vérité se trouve, quant à elle, sur le terrain, et pas en dehors. J’ai vécu mon premier derby au stade en 2005, dans le froid hivernal de Geoffroy Guichard, ponctué par un 0-0 plutôt rare dans ces affrontements: c’est le seul que j’ai vécu jusqu’ici. Depuis, je n’en ai raté aucun à Saint-Etienne, et me suis même déplacé trois fois à feu Gerland, à l’heure où les restrictions de déplacement n’existaient pas encore… À chaque fois, Lyon part favori, au vue de sa supériorité financière et de facto, sportive. J’aime ce rôle d’outsider. Ces derniers temps, il nous réussit plutôt bien, puisque nous restons sur trois victoires à domicile dans les derbies, sans le moindre but encaissé. Merci Coco Tolisso, notre agent infiltré, l’ennemi qui vous veut du bien. J’évite donc de chambrer avant la rencontre, pour mieux piquer ceux qui se font un peu trop bavards…
Le jour-J, un pallier est manifestement franchi. On compte les heures, les minutes qui nous séparent du moment d’en découdre. Je ne tiens plus en place, la ferveur s’empare de moi avec une intensité infiniment plus forte. Dans quelques instants, on saura qui aura l’emprise dans ce jeu de suprématie régionale. Avec les potes, on chante l’amour de notre club dans la ville lumière, tantôt stupéfaite, tantôt indifférente devant l’impudence de ces quelques énergumènes qui s’époumonent dans les rues. Le folklore est à son paroxysme et amateurs de football ou non, personne n’est totalement indifférent. On s’imagine tous les scénarios, on commence à faire le match dans nos têtes tout en gardant de la distance: c’est ce soir qu’il faudra se montrer présent. La seule chose que l’on exige, c’est le respect de l’institution, de nos valeurs, de nos couleurs. Que tout le monde, joueurs, dirigeants, supporters, soient à 1000%. Pas moins. Car on sait que l’adversaire ne fera aucun cadeau, surtout depuis le départ de Tolisso. Une chose est sûre: on va rendre ce mois de novembre caniculaire. Car s’il y a un point sur lequel le rapport de force est inégal, c’est celui des tribunes et de l’engouement populaire: le chaudron n’a pas d’égal en France. Et si tout s’achète, il demeure des exceptions notables dont l’un est central dans la culture footballistique: la ferveur. Tout ne se joue pas sur la valeur des joueurs, le passif récent en est la preuve. À nous d’être digne de notre rang de douzième homme. Et que les onze sur le terrain le soient également, surtout dans l’intensité. Bougez-les, défendez nos couleurs, faites nous honneur.  Comme le disait Roger Rocher, président de l’AS Saint-Etienne durant ses grandes heures, “en football, Saint-Etienne sera toujours la capitale et Lyon sa banlieue.” Allez les verts.

Un lion dans sa jungle

Mon premier derby au stade est tout récent, durant la saison 2014-2015, la première année où j’ai véritablement pu me déplacer au stade. J’ai attendu ce match toute l’année, il faisait froid, mais rien n’y changeait, le feu brûlait en moi. Ayant grandi dans une famille pas forcément sportive mais suivant les matchs de l’OL, c’est devenu une évidence, je ne pouvais être que lyonnais.
Beaucoup diront que l’Olympique Lyonnais n’a pas de véritable histoire, que c’est un club jeune, que l’on a jamais rien fait en France ou sur la scène européenne, et pourtant, le palmarès de l’OL est remarquable. Pourtant, ce n’est pas ce palmarès que j’ai admiré, ce n’est pas le fait de gagner qui m’attirait, mais ce que représentait le club, la ville de Lyon. Dès mes premiers matchs à Gerland, je me souviens avoir dit à mon beau-père : « un jour j’irais avec les fous là-bas, ceux qui sont torse-nu et qui chantent tout le match », il m’avait alors répondu que je pouvais rêver. Dès mes premières finances obtenues, j’ai adhéré aux Bad Gones, au Kop Virage Nord, et ce fut l’une des meilleures choses de ma vie. Vivre un match de là-bas, c’est exceptionnel, on n’est jamais fatigué, on se sent vivant et en feu durant plus de 90 minutes.

Ceux qui sont allés au stade avec moi savent, j’ai le sang chaud en tribune, je vis le match en communion avec l’équipe, avec le stade tout entier. Pourtant, comme nous le savons, nous les amoureux du foot, le foot ce n’est pas la violence. Le foot, c’est la solidarité, le fair-play, des actions mythiques mais ce n’est pas les violences lors de mariage, ce n’est pas la castagne de policiers ou de supporters adverses.

Dans ce derby, il existe plusieurs joueurs qui ont changé de bord, et un certain Grégory Coupet qui n’a jamais été détesté par l’un ou l’autre, puisqu’il jouait au football avec son cerveau, mais d’autres n’ont pu se retenir de retourner leur veste. Un joueur formé au club (l’OL), donc je ne prononcerais pas le nom, envoyait souvent des messages aux Bad Gones, avec chaque derby, en insistant sur le fait « d’abattre la vermine », mais il a déclaré un jour que gagner une Coupe de la Ligue avec les Verts c’était plus excitant que de gagner le titre de Champion de France avec l’OL. Ce genre de choses ont du mal a passé, parce que nous supporters, nous vivons le match avec notre cœur, nous dépensons notre argent pour eux, nous nous déplaçons pour certains sur plusieurs centaines de kilomètres pour les encourager, et en guise de remerciement, nous n’avons droit qu’à une traitrise.

Quand vient le derby, rien n’est plus pareil, les repères changent, tout devient focalisé sur ce match de dimanche 21h… Toute la semaine, les chants résonnent dans nos têtes, toute la semaine nous regardons les reportages des anciens derbys, les entrainements de joueurs, nous entrons en « mode derby ». Chacun aimerait voir son équipe gagner, imagine une humiliation pour l’adversaire, mais en vérité, ces matchs sont impronosticables. Dans un tel match, ce n’est plus la forme physique qui compte, ce n’est plus le talent technique ou la disposition tactique de l’entraineur : non, c’est le cœur, la ferveur. Des joueurs au plus bas toute la saison peuvent sortir un match de feu et être adulé par ses supporters, les meilleurs joueurs peuvent passer totalement au travers. La pression est telle que rien n’est plus jamais comme avant pendant ses 90 minutes, comme l’impression d’être coupé du monde.
Chaque derby, c’est la même rengaine, deux fois par an, certains vivent ça comme une drogue. Dans ces cas-là, plus qu’une seule chose à dire « Emmenez-moi à Geoffroy Guichard… ». Évidemment, aller l’OL !

Vous l’aurez probablement saisi à la lecture de ces lignes: le derby, c’est plus qu’un simple match de football. Ce n’est pas non plus pour autant l’expression d’une rivalité de clochers, ni un flot cathartique de haine que l’on s’autorise à verser sans parcimonie deux fois dans l’année. Le derby, c’est un déchaînement de passions, d’amour pour sa ville, pour son club. Une transcendance venant encore renforcer la fierté d’appartenir à une communauté, la cerise sur le gâteau d’un chauvinisme parfois exacerbé, mais tellement vivifiant. C’est le vecteur de l’inertie de dynamiques sociales différentes, à travers des sentiments semblables. Car en dépit de ce qui nous sépare, tout nous rapproche finalement. L’âme du derby a besoin de ses deux protagonistes pour exister. Pas l’un ou l’autre, les deux.
Le derby, c’est 2 matchs dans l’année, parfois plus si on est chanceux. Le derby, c’est aussi les premières dates que l’on note à la sortie du calendrier du championnat. Chaque année, des milliers de personnes attendent ce week-end, ils trépignent d’impatience pour savoir qui pourra s’en vanter durant les 6 prochains mois. Le derby, c’est une question d’honneur, de rivalité, de supériorité, d’ego, mais c’est aussi une histoire de famille, de génération en génération, parfois du même avis, parfois d’un avis différent. Voir un tel match à la télé, c’est bien, c’est magnifique, mais y assister en vrai, c’est encore plus beau, comme l’achèvement d’un rêve de gosse quand tu vis ton premier derby, comme l’impression d’avoir accompli quelque chose d’important.
Certains vont vivre cette passion, cette haine et cet amour, cette rivalité avec les poings, avec des coups bas. Nous avons décidé de la vivre avec des mots, parce que si ce jour est attendu avec tant d’impatience des deux côtés, pourquoi ne serait-il pas envisageable de le vivre à deux, de se haïr en toute paix, de s’aimer en toute haine, parce qu’au fond, ce n’est que du foot, même si pour nous, ça veut dire beaucoup.

La médiatisation à outrance nuit au derby. Elle braque la lumière sur des événements isolés, sur des idioties qui ne sont que le fruit de comportements individuels et qu’on amalgame, car de toute évidence, la polémique est vendeuse. Exacerber la violence théorique au détriment de la vérité pragmatique, c’est encore une fois donner une image erronée des supporters. Les généralités sont dangereuses: elles créent d’immenses catégories, et stimulent les tensions. “Diviser pour mieux régner”: Machiavel ne s’y trompait pas. Ces procédés ont pour but une clientélisation latente du football, dont l’entreprise est déjà bien avancée. On ne veut plus de passion, on veut du pognon. Le football populaire se meurt, assassinée par les grands canaux de diffusion et les décisions politiques disproportionnées. Mesdames et messieurs les dirigeants du ballon rond, industriels et grandes figures médiatiques, politiciens vivant loin des réalités des tribunes, laissez la passion s’exprimer. L’état d’urgence sert à justifier les mesures les plus liberticides, telles que le déni de la liberté de mouvement. Seulement 850 Lyonnais seront à Geoffroy Guichard ce soir, quand le parcage visiteur peut en accueillir plus de 2000. C’est un premier pas après des années d’intransigeance institutionnelle, mais cela reste insuffisant. Ces mesures sont monnaie courante, et pas seulement appliquées ces deux jours dans l’année. Le risque sécuritaire est un prétexte visant à dénaturer ce qui fait la beauté de notre sport: sa dimension populaire. J’ai eu l’occasion de me déplacer à travers l’Europe pour suivre mon équipe. Nous étions 10000 à Milan, 5000 à Manchester ou à Bâle, c’est à dire autrement plus que les Lyonnais en ce 4 novembre. Nous avons arpenté les rues de ces villes, pris le métro, investi les bars du centre-ville. Résultat? Une organisation quasi parfaite de la part des forces de l’ordre de ces pays, et aucun incident à reporter. La festivité pour seule maître mot, nous avons pu porter nos couleurs au-delà de nos frontières, sans excès de zèle inutile des autorités, sans la violence qu’on nous prête en toute occasion. Le football est une communion, et que l’on soit vert ou gone, il nous rassemble. Des conceptions différentes, des divergences, de l’animosité, mais un amour similaire.

Adam Benhammouda & Guillaume Sanchez

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