Retour sur les dixièmes Hallucinations Collectives

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Pendant 7 jours, le cinéma Comoedia a vibré au rythme du festival de film bis, de genre, de films bizarres et parfois oubliés de Lyon : le festival Hallucinations Collectives. Nous avions déjà eu la chance de rencontrer Cyril Despontin, son organisateur, qui nous avait raconté la difficulté de faire comprendre « quel genre de film propose les Hallus ». C’était alors notre devoir de nous prêter au challenge en venant observer cette édition anniversaire exceptionnelle… Et peu de le dire que ce fut un voyage.

Une compétition de long-métrage un peu décevante, une compétition de court-métrage admirable ?

 

Ce qui aura caractérisé cette compétition – composée de 7 films projetés en avant-première, voire en projection unique en France – c’est qu’aucun film ne s’est véritablement imposé. Rien de très mauvais, mais aucune véritable claque, par exemple avec l’exceptionnel Green Room qui était reparti avec le prix de la presse l’année passée. Cette année, ce serait ainsi The Jane Doe Identity d’André Ovredal qui aurait su tirer son épingle du jeu pour le jury presse – mais en précisant lors de la remise du prix que cela n’a pas été à l’unanimité du tout (et ils ne sont que 3 !). Sortie en salle le 31 mai. Mais si le jury est souverain, le Grand prix des Hallus est toujours un enseignement, car remis au film ayant le plus plu au public. C’est alors cette fois le français Fabrice Du Welz, avec son premier film américain Message From the King, qui repart vainqueur. Violent et âpre, le film est pourtant loin des univers esthétiques et des ambiances des films qui avaient fait connaître Du Welz, comme Calvaire en 2004 ou Alléluia en 2015. Le film sortira en salle le 10 mai. On saluera toutefois quelques jolies découvertes, avec en tête Prevenge, le premier long-métrage d’Alice Lowe. Rempli d’un humour très britannique et très noir, Alice Lowe dépeint la difficulté de la grossesse de manière assez originale : son fœtus l’encourage à tuer des gens. Assez délirant, donc, hallucinatoire peut-être, mais prévu pour une sortie directement en DVD, ce qui risque de le faire disparaître trop vite… !

 

Quelques mots sur la compétition courts-métrages particulièrement bonne cette année. Mis à part le film danois assez rébarbatif et faussement intelligent The Sunken Convent, la sélection brille par son éclectisme et sa justesse. On citera ainsi particulièrement les belges Xavier Seron et Méryl Fortunat-Rossi, réalisateurs du Plombier (sur le tournage d’une VF d’un film pornographique), le britannique Charlie Lyne et son court-documentaire Fish Story sur l’inauguration d’un aqua-zoo ayant eu lieu en présence de gens ayant tous un nom en lien avec le milieu aquatique, ou encore Can’t Take my Eyes off You, un plan séquence de 11 minutes, réalisé par des allemands, très technique et très réussi. Le jury lycéen a salué la qualité du travail de Rune Spanns, un réalisateur de films d’animation originaire de Norvège, et son The Absence of Eddy Table. Le public, lui, a remis son Grand Prix à l’australien Matthew Richards et son The Disappearance of Willie Bingham, racontant la condamnation d’un homme à une peine capitale-expérimentale : être amputé progressivement de différentes parties de son corps. Secouant pas mal, le film est une réponse terrible aux critiques faites à la peine de mort, qui apparaît ici comme la seule véritable solution « juste » pour cet homme plus tout à fait humain au final.

 

Une édition anniversaire et une sélection spéciale remarquable

 

Les événements forts étaient nombreux cette année. Les films d’ouvertures (Get Out de Jordan Peele) et de clôture (Tunnel de Kim Seong-hoon), sortant tous les deux en salle le même 3 mai, sont particulièrement excellent. Le premier signe l’apparition d’un nouveau talent aux États-Unis, avec un premier film sombre, malsain, profondément angoissé sur une Amérique faussement pacifiée qui en son fond intérieur est toujours aussi raciste, bien pensante, voire même encore dans son extrême : esclavagiste. Le second – qui n’a rien à voir – a été un énorme succès en Corée du Sud. C’est le nouveau film du réalisateur du très recommandable Hard Day (2014), un blockbuster dont devraient s’inspirer les américains : intelligent, formidablement mis en scène (celles dans le tunnel sont d’autant plus remarquable que le travail sur le décor est criant de vérité), et interprété avec talent (Ha Jeong‑woo, qui avait l’année dernière montré l’entendue de son talent avec Mademoiselle de Park Chan-wook, en compétition à Cannes).

 

Mais c’est véritablement dans la Chambres des Merveilles qu’est le souffle et l’identité de ce festival, composée de 10 films – rares, classiques, connus ou moins connus. On part ainsi d’un film expérimental japonais de la fin des années 1990 (Le Labyrinthe des rêves de Sogo Ishii, très jolie découverte d’un cinéaste héritant beaucoup des immenses Nagisa Oshima et de Koji Yoshida), jusqu’à deux films tchécoslovaques hors normes, très peu connus en France mais absolument grandioses, dont le sublime Le Marteau des sorcières, un chef d’oeuvre d’Otakar Vavra, réalisé en 1969, à la fois critique de l’obscurantisme religieux, de la manipulation des classes par les bourgeois-dominants… et une critique des élites communistes qui dirigeaient le pays, puisque les purges des opposants politiques ressemble aux purges des sorcières ! On saluera aussi le travail des équipes du festival, qui malgré les quelques soucis techniques dus au format, ont réussi à organiser un grand nombre de projections en 35mm, un format de plus en plus rare en salle, mais qui garde toujours un certain charme !

 

Parmi les invitations du festival, on soulignera la présence de Bertrand Mandico, venu présenter et échanger autour de quelques uns de ses courts-métrages réalisés entre 1999 et 2016, dont le stupéfiant Notre Dame des Hormones… Difficile à expliqué car très conceptuel, traitant dans ses grandes lignes de sexualité dans un univers esthétiquement parlant unique (et c’est le mot). La société d’édition Le chat qui fume est quant à elle venue présenter deux films italiens, dont le classique de Dario Argento Opéra et La longue nuit de l’exorcisme, un film très provocateur (avec des meurtres d’enfant très explicites et violents), mais qui ne contenait malheureusement ni longue nuit, ni exorcisme.

 

Que retenir finalement de cette édition ? La promesse que les 10 années qui viennent seront tout aussi difficiles à décrire pour nos équipes que l’abstrait Epidemic de Lars Von Trier ? Sans doute. Mais les Hallucinations Collectives sont et restent un formidable moment de découverte de classiques, de films perdus, oubliés ou juste totalement inconnus dans des copies parfois exceptionnellement rare. Le succès du festival ne se dément pas : cette année, le festival a battu un record de fréquentation. En tout cas, vivement les prochaines projections des équipes de ZoneBis, ayant lieu toute l’année dans la métropole lyonnaise… et les 11e Hallucinations Collectives !

 

http://www.hallucinations-collectives.com/

 

Lucas NUNES DE CARVALHO

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