Résumé du dernier café-débat de Poli’Gones : la Turquie au sein des relations internationales

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L’association Poli’Gones organisait mardi le premier café-débat de cette année. Le sujet était en rapport direct avec l’actualité internationale du moment : le rôle de la Turquie dans les relations internationales, ainsi que le sujet de son coup d’Etat. Retour sur les principales informations et données mises en avant, en la présence de M. Omer GULEL (journaliste à Euronews).

La République de Turquie et son chef d’État, Recep Tayyip Erdogan, ont récemment attiré sur eux les regards d’un monde plongé dans une crise géopolitique. De l’attaque de l’avion russe à la crise syrienne, en passant par le coup d’État manqué du 15 juillet 2016, la place de la Turquie au sein des relations internationales est au cœur de tous les débats.

L’avenir de la démocratie turque ?

La question de l’avenir de la démocratie turque se pose au regard du renforcement du régime d’Erdogan et plus particulièrement de sa volonté d’instaurer pour la Turquie un régime présidentiel. La démocratie se voit ainsi remise en cause par l’atteinte à un de ses principes fondamentaux : la liberté d’expression, manifestée par la répression des journalistes dont le pays témoigne. Un facteur déterminant est à l’origine de la relative accélération de ce phénomène : la tentative de putsch en date du 15 janvier 2016, qui a occupé le débat longuement. Certains y voient une ruse machiavélique de la part d’Erdogan, même s’il est légitime de se demander si celui-ci justifie les mesures autoritaires prises par le Président turc. En somme, la Turquie présente un climat politique marqué par une instabilité où la menace terroriste est un facteur essentiel et la crainte du partage du pays une réalité. Il semblerait donc qu’à la vu d’un contexte où la justice est mise à mal et la corruption règne, Erdogan se présente comme le seul à pouvoir réunir le peuple turc, mais son avenir, ainsi que celui de la démocratie, reste incertain.

La laïcité turque

Si la laïcité représente pour la Turquie une question ancienne, elle n’en demeure pas moins d’actualité avec la prétention du président Erdogan d’assouplir cette dernière.

Dans un pays où plus de 90% de la population est musulmane, une telle mesure présente alors une force qui n’en reste pas moins critiquable. En effet, une application non stricte de la laïcité permettrait, selon certains, d’amoindrir les dérives, d’obtenir un soutien qui se présente comme fondamental lors des campagnes présidentielles et montrerait la volonté de s’adapter aux exigences d’un nouveau contexte. Cependant, il ne faut pas endiguer le fait que de telles idées peuvent rapidement s’assimiler à de la manipulation politique de la part du chef d’État, d’autant plus que ce modèle est critiquable car non adapté à son temps. En effet, ce dernier pouvait se prouver efficace dans le passé mais incompatible avec le post-modernisme et la présence croissante des ONG.

Finalement, la question qui a été soulevée a été de savoir si ce modèle, basé sur le Concordat napoléonien, était applicable au cas français actuel.

La géopolitique turque au sein du Moyen-Orient

Le coup d’État auquel la Turquie a fait face a permis de catalyser sa prépondérance sur la scène régionale au Moyen-Orient. Le pays a ainsi connu des relations diplomatiques compliquées avec certains pays, dont l’Égypte et la Russie, mais a opéré un renversement d’alliance en se rapprochant notamment Moscou, permettant une mise en suspens de l’opposition systématique au gouvernement d’Assad en Syrie. Erdogan a donc réussi à relever ce défi et à s’imposer comme un acteur majeur dans la région, présentant aujourd’hui une politique changeante selon les intérêts.

Cependant, un problème épineux auquel la Turquie doit toujours faire face est la question de sa relation avec les Kurdes. Il semblerait pourtant que le président turc ait fait passer un message clair qui n’en demeure pas moins manichéen : s’ils obéissent, ils sont avec lui, sinon ils sont contre.

L’adhésion de la Turquie à l’Union européenne

La possibilité de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne est en suspens depuis le 14 avril 1987 et ne semble pas avoir évolué depuis, résultant d’une ambivalence de chaque côté.

En ce qui concerne la volonté du peuple turc, celui ci est très partagé à l’égard de son entrée dans l’Union européenne. En effet, la Turquie s’est efforcée de construire son indépendance tandis que son entrée dans l’Union représenterait alors une concession. D’autant plus qu’il existe chez les Turcs une perte de confiance vis à vis des européens dû à un sentiment de n’être pas désiré, rendant une possible adhésion peu probable.

Du côté européen, il ne faut pas oublier que l’Union présente déjà des signes de faiblesse qu’il faudrait qu’elle parvienne à résoudre avant d’évoquer l’entrée d’un nouveau pays, alors que d’autres s’efforcent de la quitter. Cependant, l’Union européenne pourrait trouver dans la Turquie un partenaire stable dans une région cruciale. Mais le voisinage du pays avec des zones de guerre conduit à une impasse diplomatique et ne favorise pas une telle éventualité. Finalement, il semblerait également que la Turquie et l’Union européenne ne s’accordent pas sur leurs relations avec des États tiers. Tous ces facteurs rendent alors utopique l’adhésion turque pour plusieurs intervenants.

Hugo Thomé

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