Olé ! La renaissance du cinéma mexicain

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Là je vous vois venir à 300 mètres : « Sérieux ? Le cinéma mexicain… dernier truc hipster à la mode ? ». Mais détrompez-vous, cet article n’a pas été pondu en ce jour sans raison. Et cette raison a un nom : Oscar. Le pauvre a un petit coup de fatigue ces jours-ci, étant donné qu’il s’est fait dévaliser par les films « Gravity » l’année dernière, puis rebelote avec « Birdman » en février. Deux longs-métrages. Deux succès critiques et commerciaux. Deux réalisateurs mexicains.

Que les réfractaires non convaincus par ces deux exemples l’acceptent : non, le cinéma mexicain n’est pas limité aux mangeurs de fajitas à sombrero, sur peau mate et moustache. Il n’y a qu’à citer comme nouvel exemple le long-métrage « Babel » (2006), d’Alejandro González Iñárritu. Rares sont les films réalisés avec une telle profondeur et sans le moindre artifice, à hauteur d’homme. Cette histoire relate les destins universellement liés dans la douleur d’un couple de touristes américains, d’un fermier marocain et ses jeunes fils, d’une nourrice mexicaine, ainsi que d’une adolescente japonaise en pleine crise existentielle. Ce drame est d’autant plus saisissant qu’il insiste constamment sur l’universalisme qui caractérise l’Homme, au-delà des différences de langues et de cultures. Cette thématique, qui pourrait paraitre clichée et déjà vue au possible, contraste pourtant avec la manière singulière qu’a Iñárritu d’utiliser la caméra pour servir le récit.

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Bien que l’histoire racontée par son récent « Birdman » soit complètement différente, c’est encore une fois avec une patte particulière que le réalisateur mexicain la délivre. En effet, cette obsession d’un acteur (joué par Michael Keaton) de revenir sur le devant de la scène est servie par un métrage presque uniquement composé de travellings et autres mouvements de caméra. Il est ainsi extrêmement difficile de se sentir exclu de la lutte allégorique de ce personnage contre la ringardise, qu’il redoute plus que tout.

C’est cette même impression d’embarquement au cœur du récit qui a accompagné pour beaucoup « Gravity », le film grâce auquel Alfonso Cuarón a raflé un nombre impressionnant de récompenses en 2014. La majorité des étudiants nés dans les années 1990 connait déjà l’un de ses films, puisqu’il a réalisé le troisième volet cinéma des aventures d’Harry Potter : « Le Prisonnier d’Azkaban ». Mais c’est bien l’errance dans l’espace de George Clooney et Sandra Bullock qui a fait la part belle au cinéaste mexicain. Malgré les faiblesses du scénario, qu’il faut bien avouer, Cuarón a délivré l’un des rares films à tirer pleinement profit des possibilités de la 3D. En effet, quel spectateur ne se souvient pas de l’envahissante claustrophobie l’ayant pénétré, par l’usage fait de l’image, du son, ainsi que d’effets spéciaux novateurs. Car contrairement à l’authentique simplicité des films de son compatriote Iñárritu, Cuarón a fait le choix avec « Gravity » d’un usage massif d’effets visuels. Certains reconnaissent là une réelle perte de l’essence originelle du cinéma, lorsque d’autres estiment qu’il s’agit un renouveau du 7ème Art moderne : libre à chacun de se faire sa propre opinion sur l’usage massif du fameux « écran vert ».

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Toujours est-il qu’un tel débat souligne la grande diversité et surtout la place que commencent à occuper les cinéastes de nationalité mexicaine. Quand bien même les réticents s’entêteront à souligner que la plupart des films cités ici demeurent essentiellement des productions américaines, cela reste extrêmement bénéfique pour l’industrie cinématographique mexicaine, et traduit bien l’ouverture d’Hollywood à l’égard des cinéastes de ce pays. Les attentes ne sont donc que plus nombreuses autour des futures sorties. A noter notamment le métrage « The Revenant », dans lequel Alejandro Iñárritu mettra en scène le parcours d’un soldat laissé pour mort (interprété par Leonardo DiCaprio). La sortie française n’est prévue que pour janvier 2016, en raison d’un tournage en milieu naturel et où la lumière du soleil n’y accède que peu d’heures par jour. Mais d’ici-là sera sorti l’horrifique « Crimson Peak », de Guillermo Del Toro, dont la bande-annonce envoutante peut vous aider à patienter jusqu’au 21 octobre.

Bref, à bon entendeur, vive le cinéma et olé !

Pierre-Yves BEZAT

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