Des milliers de fonctionnaires manifestent à Lyon

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Une forte mobilisation des fonctionnaires a eu lieu à Lyon et dans toute la France aujourd’hui à l’appel de tous les syndicats concernés pour manifester contre plusieurs mesures du gouvernement affectant la fonction publique.

C’est à une nouvelle manifestation d’ampleur nationale que le gouvernement doit faire face mardi 10 octobre. Car si les réformes politiques qui ont accompagné cette première rentrée de Macron ont dû affronter une déferlante de mécontentement, des routiers aux retraités en passant par nombre de salariés fermement opposés aux ordonnances du code du travail, les fonctionnaires ne sont pas en reste.

Ils étaient en effet nombreux à protester dans les principales villes de France, avec une mobilisation massive à Lyon : 12 000 manifestants selon les organisateurs, 6 400 selon la police. A l’origine de cette vague de colère, plusieurs mesures du gouvernement qui devraient s’appliquer d’ici 2022 pour les salariés de l’Etat. Quelles sont ces mesures ?

• La suppression de 120 000 postes

C’était une des mesures phares de la campagne de Macron : réduire la dépense publique française de 60 milliards d’euros, ce qui entraînera entre autres la suppression de 70 000 postes dans les collectivités territoriales (tels que les agents sociaux, éducateurs, conservateurs de patrimoine) et de 50 000 postes pour la fonction publique d’Etat (policiers, professeurs, surveillants d’établissements pénitentiaires). En revanche, les fonctionnaires des hôpitaux publics, où le manque de personnel est régulièrement décrié, ne seront pas touchés.

• Le gel du point d’indice

Le point d’indice est ce qui permet de calculer le salaire des fonctionnaires en le multipliant au nombre de points qu’ils gagnent en progressant dans leur carrière (c’est-à-dire leur échelon dans la fonction publique). Traditionnellement augmenté d’année en année pour compenser l’augmentation naturelle du coût de la vie, il sera désormais gelé et provoquera donc une baisse du pouvoir d’achat des fonctionnaires.

• Le rétablissement de la journée de carence

La journée de carence est la période durant laquelle les fonctionnaires ne sont pas encore indemnisés après déclaration d’un arrêt maladie. Plus concernés depuis janvier 2014, les fonctionnaires verront donc le rétablissement de leur jour de carence dans l’indemnisation de leur arrêt maladie tandis que les salariés du privé en connaissent déjà trois.

Si ces trois grandes mesures visent pour le gouvernement à réduire les dépenses publiques et le taux d’absentéisme, les fonctionnaires lyonnais ne l’entendent, en revanche, pas de cette oreille. Partis de la place Brotteaux avec une éminente personnalité des mouvements syndicaux en tête de cortège – le secrétaire général de FO Jean-Claude Mailly – ils ont ensuite remonté la rue Vauban sous les regards curieux des diplomates du consulat d’Algérie et ont sillonné les quartiers de la ville côté Rhône avant d’arriver près de la Préfecture rue Bonnel dont le périmètre était bouclé.

Des vagues de toutes les couleurs se sont succédées, avec notamment le rouge de la CGT et du FO, l’orange de la Cfdt et le rose des Solidaires, montrant ainsi la réunion inédite depuis la présidence de Macron des syndicats de gauche en France et à Lyon dans cette mobilisation. La Cfdt et le FO, qui s’étaient désolidarisés de la manifestation contre le code du travail en septembre, se sont en effet joints cette fois à l’appel de la CGT, toujours aussi remontée et en tête du peloton syndical. De nombreux autres syndicats moins connus s’ajoutaient à ce défilé bigarré : les « anarcho-syndicalistes » de la CNT, un timide cortège de membres du Parti communiste, les drapeaux verts de syndicats écologistes, ceux, bleu ciel, de la CFTC…

Il s’agissait donc pour ces syndicats aux opinions diverses d’afficher leur unité face à « l’adversité » et le succès s’est montré au rendez-vous avec une participation en hausse par rapport à la manifestation contre la loi travail du 12 septembre : 5 400 participants à cette date selon la police, 10 000 selon les organisateurs, contre 6 400 à 12 000 aujourd’hui d’après les recensements officiel et syndical.

Cette forte mobilisation des fonctionnaires et le bloc des syndicats à Lyon traduisent une intense colère à l’égard de la politique d’Emmanuel Macron. Etiqueté « candidat des riches » par de nombreux médias tels que Boursorama ou Marianne, le président a de nouveau été pointé du doigt sur le bitume ce matin. A coups de slogans verbaux et écrits qui rattachaient sa politique à celle des possesseurs de grandes entreprises (« Ceux qui nous pompent, c’est les actionnaires, c’est pas les fonctionnaires » ou encore « Je produis, ils ponctionnent, les actionnaires =parasites ») nombreux étaient les fonctionnaires qui reprochaient au gouvernement de se faire le comparse des plus aisés en allant chercher l’argent « là où il n’est pas » plutôt que chez de riches actionnaires. Le terme de « fainéant » employé par le président ces dernières semaines pour qualifier l’ancien gouvernement selon ses dires, la population hostile aux réformes selon ses opposants, a également été retourné contre lui comme à de nombreuses reprises lors des précédentes manifestations. La CGT scandait ainsi que les « fainéants étaient indispensables à la France aussi bien dans les crèches, les écoles et les services sociaux que dans tous les services publics » et ne comptaient pas laisser le gouvernement « dévaloriser » leur travail.

Entre l’allègement de l’impôt sur la fortune et l’élargissement de la marge de manœuvre des employeurs, Macron multiplie les mesures impopulaires et les coupes budgétaires sur la fonction publique semblent être la goutte de trop pour les syndicats. Alors que les fonctionnaires français, au nombre de 5,64 millions,  représentent une part importante de l’opinion publique, ces dernières mesures seraient-elles un irrémédiable coup de massue pour Macron ?

Caroline Celle

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