Merci patron !

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« Pour Jocelyne et Serge Klur, rien ne va plus : leur usine fabriquait des costumes Kenzo (Groupe LVMH), à Poix-du-Nord, près de Valenciennes, mais elle a été délocalisée en Pologne. Voilà le couple au chômage, criblé de dettes, risquant désormais de perdre sa maison. C’est alors que François Ruffin, fondateur du journal Fakir, frappe à leur porte. Il est confiant : il va les sauver » (allocine.fr).

Il convient de mettre les choses au clair dès le début : mieux vaut être bien à gauche pour adhérer à la démarche. D’entrée, le ton est donné : les patrons sont les ennemis sans cœur de l’ouvrier débonnaire. Tout le monde n’est pas fan du style, ni de la méthode. Malgré cela, rien ne vous empêche d’aller vous faire votre avis et de nous le transmettre.

À travers ce documentaire cheap aux plans bancals, ce film nous met face à la réalité de la France industrielle laissée au ban de la société par l’intermédiaire de la Famille Klur. Cette dernière vit avec 4 euros par jour une fois les factures payées, ce, depuis leur licenciement. Comment font-ils pour tenir ? « Ben on ne mange pas, on ne chauffe pas, on met 5 ou 10 euros d’essence dans la voiture pour aller chercher du travail ».

Mais loin de tomber dans le documentaire social mélodramatique que l’on nous ressort à toutes les sauces, ici Merci Patron a su développer un humour émouvant et subversif lorsque Fakir se met alors en tête d’élaborer un stratagème culotté afin de soutirer 35 000€ au groupe LVMH. S’en suivent alors des rebondissements à coup de caméras-cachés et de stratagèmes tordus tous plus jouissifs les uns que les autres.

Concrètement, Merci Patron ne nous apprend rien. Néanmoins, il nous remet en face des yeux ce que nous entendons à la radio, dans les JT, ce que nous savons théoriquement mais que nous ne réalisons pas vraiment sur cette France laissée pour compte et sur ces manœuvres douteuses de chefs du CAC40 intouchable ayant la mainmise sur de nombreuses entreprises et sur la classe politique.

D’aucuns y verront une instrumentalisation de la famille Klur que Fakir a embarquée dans une démarche à la limite du chantage contre le groupe LVMH, d’autres y verront une petite victoire face à un adversaire quasi-invincible, une dernière tentative d’une famille d’ouvriers chômeurs qui n’a plus rien à perdre.

Il convient cependant de noter que d’un point de vue purement technique, il ne faut pas s’attendre à une image léchée d’une production hollywoodienne, mais plutôt à une caméra tremblante et à la qualité parfois discutable, voir désagréables pour les plus difficiles. Défaut néanmoins compensé par un montage de qualité.

En perspective un excellent moment devant Merci Patron : un représentant de LVMH caricatural dans son personnage de barbouze, des héros réellement touchants et authentiques, bref un documentaire hilarant, jubilatoire et d’autant plus légitimé par les mouvements sociaux actuels, que je vous invite à aller voir dès que possible. Prenez le temps, il ne dure qu’une heure vingt. On regrettera qu’il ne bénéficie malheureusement pas de la couverture médiatique de The Revenant et qu’il ne soit donc projeté à Lyon qu’au CNP de Bellecour, dans une petite salle de 70 places. Présentez-vous bien 15 minutes avant le début de la séance, la salle est toujours comble, et pour l’avoir vécu, les places au premier rang ne sont pas les plus confortables !

Mention spéciale pour la scène de la petite maison dans la prairie !

Yanis Boubeker

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