Le Marvel Cinematic Universe : Vers l’infini et au-delà.

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6 ans après le premier volet d’Avengers, signé Joss Whedon, Anthony et Joe Russo viennent apporter une pierre titanesque à un édifice déjà pharaonique, réalisant l’un des films les plus ambitieux du Marvel Cinematic Universe. Probablement l’une des productions les plus attendues de l’année, le film flirte avec tous les records et superlatifs. Un casting accessible seulement à des poids lourds du cinéma, un budget record que les rumeurs disent avoisiner le milliard de dollars, une entrée fulgurante dans le top du ​box-office… M​ais pour autant, la boucle est-elle bouclée ? Critique garantie sans spoilers.

L’écriture d’un méchant : défi ancestral pour le cinéma.

Le maître du thriller, Alfred Hitchcock, le disait déjà en son temps : « Il n’existe aucune grande intrigue sans grand méchant ». Dans la ​pop culture, ​cela semble se confirmer, et trouver des exemples pour illustrer ce bon adage n’est pas vraiment difficile. Ainsi, le requin blanc des​ Dents de la Mer (affectueusement surnommé « Bruce »par l’équipe technique chargée de son entretien) vient voler la vedette aux protagonistes humains du film. Hannibal Lecter est infiniment plus emblématique que ses ennemis. On a vraiment tendance à se souvenir plus durablement des mafieux et autres truands que des flics, comme le montrent les films de Scorsese, ou le mythique Vito Corleone, de Mario Puzo, porté à l’écran par Coppola père. Enfin, qui pourrait nous en vouloir de préférer le Joker à Batman ?

C’est ce défi que doit relever ​Infinity War​, puisqu’il s’agit ici de projeter (enfin) sur grand écran un antagoniste aux allures de croque-mitaine, de ​puppet-master, ​le Titan Thanos. Inspiré par le dieu de la mort Thanatos, et interprété par Josh Brolin (​Sicario, Deadpool 2…)​, ce personnage est celui, qui, selon toute vraisemblance, a orchestré tous les événements qui ont déjà été présentés dans la quasi-intégralité des films du MCU. Personnage emblématique dans les comics, Thanos représente ici le point culminant du MCU, et aussi, d’une certaine manière, la croisée des chemins : c’est en effet pour l’affronter que tous nos héros favoris vont devoir se réunir. Avec un tel poids lourd dans le film, plus conséquent encore que n’importe quelle ​deus ex machina, l​es scénaristes n’ont pas le droit à l’erreur. Quasiment un Dieu vivant, Thanos doit jouir d’une écriture qui le rend aussi charismatique que terrifiant. Il faut aussi lui créer un mobile, lui construire une histoire, lui donner une véritable personnalité, qui dépasse les enjeux manichéens classiques, et qui permettra au spectateur de comprendre ses motivations, d’entrer en phase avec lui… Tant de palettes et de couches sont nécessaires à l’élaboration d’un méchant digne de ce nom, et même si on peut placer une certaine foi dans le talent de Josh Brolin (qui va, d’ici la mi-mai, interpréter un autre personnage iconique de l’univers Marvel), on ne peut pas s’empêcher de se demander comment les Russo vont parvenir à faire vivre Thanos.

Surtout que le Titan Fou arrive après d’autres antagonistes qui ont déjà mis la barre assez haute. De toute évidence, on ne peut pas faire l’impasse sur l’excellent Dieu de la malice, Loki, joué par Tom Hiddleston. Mais le MCU a connu d’autres excellents méchants, parmi lesquels Obadiah Stane/Iron Monger, interprété par Jeff Bridges (​The Big Lebowski, True Grit…)U​ltron, joué par James Spader (Sexe, mensonges et vidéos,​ ou l’excellente série​ The Blacklist), Kaecilius, joué par Mads Mikkelsen(leDanois qui reprend le rôle d’Hannibal Lecter, dans l’excellente série du même nom, et qui joua aussi dans ​Casino Royale, Valhalla Rising,Pusher…), H​ela, jouée par Cate Blanchett (Le seigneur des anneaux, Aviator…)​ ou plus récemment, Erik Killmonger, interprété par Michael B. Jordan.

Heureusement, si surprise il y a, cette fois-ci, elle se positionne plutôt du côté des bonnes surprises. Car Brolin, malgré les images de synthèse, et malgré le fait qu’il ait sur les épaules, un rôle qui ne cesse d’être sous-entendu depuis plus d’une douzaine de films, s’en sort admirablement. Il amène des dimensions très subtiles à un personnage qu’on devine d’une très grande complexité, et assurément, on a envie d’en voir et d’en savoir plus.

Trop d’action tue-t-elle le frisson ?

On le savait, on s’y attendait, et on l’attendait : ce film n’est pas conçu pour un public narcoleptique, et l’action est véritablement présente à tous les étages. Mais est-ce pour le meilleur ou pour le pire ? Les films qui usent et abusent des ressorts du genre de l’action (c’est-à-dire, comme un certain Michael Bay…) finissent fatalement par lasser le public, qui, au bout de plusieurs heures d’images de synthèse et d’explosions en tout genre, demande autre chose. Pire encore, l’abus d’explosions numériques et d’effets spéciaux, qu’ils soient réalistes ou totalement kitsch, est également dangereux pour la construction narrative du film. Les scènes d’action ne sont pas des jokers qu’on va placer çà et là pour tromper l’ennui, pour meubler ou passer le temps : sur le plan scénaristique, et en matière d’écriture, comme n’importe quelle scène, la scène d’action a sa réelle utilité et une valeur concrète. On ne peut pas l’utiliser n’importe comment, sous peine de transformer son film en une sorte de bouillie informe, où le rythme connaît des sursauts sporadiques insupportables car totalement dénués de sens.

Heureusement pour eux comme pour nous, les frères Russo se gardent bien de commettre cette erreur. Parce que finalement, le film ne connaît aucune baisse de tension. Assumant totalement son côté démesuré, excessif sur tous les plans et points, le film ne perd jamais en intensité. Sur 2 heures et 30 minutes, cela pourrait presque paraître épuisant, pour le spectateur, qui n’a tout simplement pas l’occasion d’acheter quelques secondes pour reposer ses yeux fatigués par la 3D ou pour reprendre son souffle, après les rebondissements les plus spectaculaires, mais le festival est jouissif, et pour une fois, on constate que les codes de l’action sont totalement maîtrisés. Le déferlement d’action, même s’il paraît sauvage, effréné, au premier abord, est suffisamment maîtrisé, et avec assez de savoir-faire, pour que même les spectateurs les plus exigeants y trouvent leur compte.

Les rares accalmies sont distribuées, distillées de manière subtile, sous forme de blagues ou de répliques cinglantes, censées désamorcer la tension d’une scène ou tourner en ridicule un personnage qui se prend trop au sérieux. En utilisant l’humour pour permettre au film de réaliser quelques brèves coupures, les frères Russo n’inventent certes rien, mais se servent avec brio d’un des éléments de l’ADN de la franchise Marvel au cinéma, pour servir le propos de leur réalisation. Et c’est précisément là l’apanage du bon réalisateur : celui qui arrive à construire avec les seuls outils qu’on veut bien mettre à sa disposition.

Une ​dream-team​ : Comment ne pas se marcher sur les pieds.

Le casting compte tant de noms d’acteurs de première catégorie qu’il paraît impossible de tous les citer. Même des rôles assez secondaires sont interprétés par des vétérans du cinéma, comme Peter Dinklage, Benicio Del Toro, ou Idris Elba… Mais face à un tel foisonnement de stars, comment savoir précisément où donner de la tête ? Et comment offrir à tous une place dans l’intrigue ?

Ce que réussissent ici les Russo peut encore une fois être qualifié de tour de force. Alors que de nombreux observateurs et critiques prévoyaient un effondrement total du MCU, les Russo insufflent un nouvel élan à la franchise, et du même coup, équilibrent l’un des édifices les plus colossaux du paysage cinématographique de ces vingt dernières années. Malgré le fait que le casting compte 25 potentielles têtes d’affiche, que des noms célébrissimes, parmi lesquels les acteurs et actrices les plus bankables du moment, tous les protagonistes parviennent à briller, sans se faire mutuellement trop d’ombre. Bien sûr, les personnages les plus emblématiques restent les mêmes, mais les rôles secondaires ou récurrents ne sont pas forcément mis à la marge, de manière ultra-tranchée. On peut parler ici d’une adaptation réussie, car comme dans les bons vieux comics, chaque personnage réussit à se créer une place bien spécifique dans l’intrigue : si les temps à l’écran ne sont pas forcément égaux, on peut quand même considérer qu’ils sont équitables, au regard du rôle qu’un personnage (a) aura à jouer par rapport à un autre protagoniste d’un plus gros calibre.

A l’écran, les dynamiques qui connectent les différents rôles, ou qui polarisent certaines relations semblent pour la plupart, assez fluides, et naturelles. Si on excepte ce qu’on qualifiera d’accidents de parcours, comme certaines liaisons amoureuses (le tire-larmes à l’eau de rose est presque une institution hollywoodienne) ou amitiés naissantes qui n’ont pas vraiment de sens, le film arrive finalement à trouver un certain équilibre par rapport à ce qu’il veut raconter, au niveau des relations (sur)humaines. Pour un film qui correspond autant aux standards du blockbuster américain qu’aux codes du film d’action hollywoodien –deux styles qui sont très souvent victimes d’un violent bashing, car considérés comme des genres d’une bêtise crasse-, la maîtrise du scénario poussée ce point, tant en matière d’intrigue qu’en matière de développement des personnages, est une qualité suffisamment rare pour qu’elle mérite d’être mentionnée. Et c’est cette qualité qui nous permettra en définitive d’affirmer, que ​oui, ​les Russo sonnent bien 1) le glas pour une ère qui avait fini par lasser le public. 2) le coup d’envoi pour des projets du MCU, d’un nouveau genre.
On attend avec impatience la suite…

Gaetan Dupuy

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