Quand Lyon III célèbre les nouveaux débouchés du journalisme

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La profession journalistique a été mise sur un piédestal à la faculté de Lyon III ce mardi 28 novembre avec l’intervention d’une vingtaine de ses membres auprès des étudiants lors d’une « conférence interactive ». Un temps de rencontre donc avec les représentants d’une presse variée pour faire un tour d’horizon des possibilités du monde de l’info. Mais aussi et surtout l’occasion de répondre à la grande question qui turlupinait notre jeune assemblée : y a-t-il un avenir pour le journalisme en France ?

La tempête internet

L’entrée en matière sur le métier de journaliste se fait d’abord par un constat amer du correspondant d’Euronews pour la télévision italienne chargé de présider l’assemblée : le journalisme est aujourd’hui bouleversé par l’arrivée d’un concurrent impitoyable, internet, et en particulier le smartphone qui véhicule les informations issues de différents réseaux sociaux et médias en un rien de temps. Comme beaucoup d’intervenants le confirmeront par la suite, cet outil redoutable a bien évidemment remis en cause la profession par l’immédiateté de l’information qu’il transmet mais aussi par la quantité de nouvelles qu’il peut envoyer à la minute et la possibilité donnée au tout un chacun de les véhiculer par les réseaux sociaux.

On est donc bien loin de l’époque privilégiée où l’information était détenue par le journaliste la veille et n’était connue de tous que le lendemain matin devant le kiosque. Paresse intellectuelle ou volonté de gagner un temps qui file de plus en plus vite, il faut bien reconnaître que nous préférons tous avoir l’info à portée de main en faisant défiler Twitter que d’éplucher studieusement le journal.

Et tous les journaux, en particulier la version papier, d’être confrontés à ce drame : Le Progrès, journal star de la ville de Lyon, est lui-même en perte de vitesse depuis bien longtemps comme nous le confie Vincent Rocken, journaliste dans ses rangs, avec 2% de baisse de ses lecteurs chaque année. Bérangère Wolff, ancienne communicante chez Marie-Claire, pourtant vu comme un poids lourd de la presse féminine, nous dit également avoir senti le vent de panique qui s’est installé dans le groupe suite aux coupes budgétaires et aux limites imposées à sa liberté de ton. Bref, les temps sont durs pour le journalisme.

Un journalisme en pleine mutation

Et pourtant, si le monde de la presse s’est trouvé bouleversé par les nouvelles formes de la communication, il a su s’y adapter et surfer sur la vague comme nous l’ont démontré les différents intervenants. Face à l’immédiateté de l’information transmise par nos smartphones, il ne s’agit en effet plus seulement pour la presse de relayer, mais d’analyser, de décrypter l’information pour rendre compréhensible et synthétique au lecteur ce qui est beaucoup plus complexe à l’origine. Le credo du journaliste est donc de préférer la qualité à la quantité en dénichant les informations sur le terrain, en les recoupant pour les vérifier, en respectant une certaine déontologie dans le traitement de ces informations, le tout avec de bonnes facultés rédactionnelles. Finalement, à entendre ces professionnels, le métier de journaliste requiert des exigences similaires à celles d’hier, mais elles doivent être rehaussées pour pouvoir donner le meilleur de ce flux permanent qu’est l’actualité. Ne s’improvise pas informateur qui veut, et les journalistes sont bien placés pour le dire !

Cependant bien entendu, le journaliste d’aujourd’hui se doit également de maîtriser le numérique et les réseaux sociaux pour faire circuler cette information de manière rapide et efficace et se diffuser à moindre coût. D’où l’importance de savoir adapter sa communication aux différents formats que prend le journal aujourd’hui, que ce soit par un article web lambda, par diaporama, vidéo ou encore par tweets, comme le note Benjamin Poirier, cofondateur du décrypteur d’actualité C Factuel.

Si la plupart des journaux ont donc dû se mettre au digital, Laurianne Poix, membre du journal local Tout va bien, relève l’importance récente de la polyvalence du journaliste d’aujourd’hui. Selon elle, il faut avoir une vision plus globale qu’auparavant des différents domaines d’actualité et savoir être touche-à-tout, la curiosité à toute épreuve et la formation sur le terrain à diverses compétences étant des composantes essentielles du métier.

Maîtrise d’une technologie sans cesse mouvante, adaptation à tous les types de contenu et travail de qualité pour prendre le pas sur nos smartphones, l’avenir du journalisme est là.

Entre confiance et défiance

Les diverses questions posées par les étudiants aux intervenants après leur prise de parole à tour de rôle ont cependant révélé une certaine défiance des lecteurs d’aujourd’hui vis-à-vis des médias qui contribuerait à expliquer la crise actuelle de la presse. Alors que Michel Deprost, fondateur du journal sur l’environnement Enviscope, insiste sur la nécessité de l’indépendance du journaliste, de sa prise de recul pour investiguer correctement et avoir une bonne capacité critique, un jeune étudiant en gestion pose quelques minutes plus tard la question qui fâche. Les gens ne se détournent-ils pas de la presse parce qu’ils n’ont pas confiance en sa liberté de ton et son esprit critique quand on sait que tous les grands journaux sont détenus par de puissants investisseurs qui peuvent intervenir dans l’élaboration du journal ? François Sapy, de La Tribune de Lyon, dénonce lui-même la fascination pour le pouvoir de nombreux journalistes qui exercent pour le côtoyer, le public ayant ainsi tendance à considérer la presse davantage comme le relais du pouvoir que comme son délateur.

Mais attention, ces potentiels obstacles à la liberté de la profession ne sont pas une fatalité : Michel Deprost rajoute en effet en partant de son expérience qu’il est essentiel pour répondre à ce problème de créer de nouvelles entreprises de presse, indépendantes et collaboratives au niveau local avec, pourquoi pas, un financement participatif du grand public. Une charte déontologique, absente de la profession contrairement à beaucoup d’autres et pourtant bien utile dans ce cas précis, serait également à mettre en place pour désamorcer le fantasme du journaliste corrompu.

Enfin, le cofondateur de C Factuel insiste sur la dimension nouvelle qu’ont pris les rapports entre rédacteurs et lecteurs, avec un souci aujourd’hui de l’interactivité, d’une relation de confiance avec la communauté des lecteurs. Cette relation plus forte passe par des échanges, notamment sur les réseaux sociaux et par questions-réponses aux internautes (ce que l’on trouve de plus en plus souvent sur les sites de la presse) mais aussi par une ligne éditoriale plus claire, plus transparente, qui puisse rassurer les lecteurs en répondant à : « Qui a telle fonction dans le journal ? Pourquoi le fait-on ? Comment le fait-on ? ».

Face à la défiance actuelle du grand public vis-à-vis des médias, ces différents intervenants qui se sont lancés de manière indépendante en créant leur propre entreprise de presse au niveau local tendent finalement à nous montrer qu’une presse libre de qualité est possible.

Formations en tous genres

Dans ce contexte universitaire, les étudiants ont aussi pu connaître les parcours des intervenants et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils étaient divers et variés !

S’ils sont majoritaires à suggérer un cycle littéraire ou Sciences Po suivi d’une école de journalisme officielle comme la voie royale, François Sapy ne manque pas de se faire critique une fois de plus vis-à-vis de ses confrères en s’inquiétant d’un certain conformisme des journalistes. Selon lui, ces jeunes fraîchement débarqués d’une école de journalisme très sélective après être passés par la case Sciences Po sont trop formatés et n’ont pas suffisamment l’esprit de terrain. Pour Jacques Simonet, président d’Intermédia, il faut surtout être autodidacte, l’apprentissage sur le tas étant la meilleure des manières de se former. Les différents intervenants ont ainsi appelé les étudiants à pousser leur porte pour demander un stage, apprendre par l’expérience, le contact avec le terrain.

De même, Julien Thibert, du Tout Lyon, a rappelé comme beaucoup la précarité du métier de journaliste et la difficulté de trouver un emploi tout en étant correctement rémunéré, une majorité se recyclant dans la « com’ ». Et Charles-Eric Petit, du journal d’entreprise Circumplex, de nous faire frissonner davantage en évoquant son parcours chaotique, avec une succession d’emplois instables qui l’ont même poussé à se tourner momentanément vers le domaine de la gestion. D’où l’importance dans la formation de journaliste d’avoir la capacité de rebondir en se spécialisant sur un domaine avant d’exercer. Cette spécialisation est naturellement tout aussi importante dans la qualité du travail fourni par le journaliste, à qui on demande aujourd’hui d’être plus pointu pour faire la différence avec la concurrence internet.

Il faut aussi constater que derrière les géants d’une presse omniprésente sur tous les sujets avec divers services spécialisés (économie, culture, politique…) se cache toute une presse florissante sur des domaines précis, que ce soit l’entreprise, l’environnement ou la maroquinerie comme le note avec amusement un intervenant. Nos différents interlocuteurs étaient ainsi eux-mêmes issus de formations très variées attestant de leur présence dans des journaux en grande partie spécialisés : une formation en philosophie pour Michel Deprost, un long passé de directrice de communication pour Bérangère Wolff ou encore d’ingénieur pour Benjamin Poirier, les cursus sont riches.

On peut donc en déduire qu’il n’y a pas de parcours classique pour arriver dans le monde de l’info. En fin de compte, le formatage des journalistes ne serait-il qu’un mythe ?

Quelques liens pour vous guider…

https://data.metiers-presse.org/index.php
https://www.spiil.org/
http://toutvabienlejournal.org/devenir-benevole-tvb
http://www.onisep.fr/Ressources/Univers-Metier/Metiers/journaliste/
http://www.iscpa-ecoles.com/ecole-de-journalisme/metiers-et-debouches-en- journalisme-2/metiers/


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