L’exode des Rohingyas

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Parler d’un simple exode peut s’avérer être un euphémisme. Alors que la scène internationale semble être monopolisée ces derniers temps par les tensions étasunienne et nord-coréenne, se déroule au milieu du planisphère des oubliés, une situation qui se répète.Exode, pour sur. Mais la situation des Rohingyas ne se résume pas qu’à cela ; l’ONU évoque un « nettoyage ethnique » ayant lieu en Birmanie.

D’où vient cette violence ?

Les tensions entre les Rohingyas et le régime ne sont pas nouvelles. Elles ont pris un nouvel essor à la fin du mois d’août, où des dissidents rohingyas ont pris pour cible des postes de police.

Il faut savoir que si les rohingyas ne sont qu’une infime partie de la mosaïque ethnique de Birmanie, ce sont les plus discriminés. A titre d’exemple, il leur faut une autorisation pour pouvoir se marier et n’ont pas accès au marché du travail.A cela s’ajoute le fait qu’ils sont considérés comme de véritables étrangers ; cela tient à une divergence mémorielle. En effet, les rohingyas affirment vivre en Birmanie depuis au moins le 14e siècle, arrivés notamment avec les marchands arabes. A l’opposé, les bouddhistes birmans considèrent qu’ils sont arrivés avec les colons anglais, ce qui explique une partie de leur rejet pour cette minorité musulmane. Une guerre a eu lieu entre la Birmanie soutenue par les japonais d’une part et les Indes britanniques d’autre part. Débutée en 1823, celle-ci se termina en 1826 par la victoire des anglais qui feront peu à peu de la Birmanie une colonie britannique. La mémoire trouvant bien souvent une traduction juridique, une loi sur la nationalité de 1982 en a fait des apatrides. Ne sont alors birmanes, que les ethnies qualifiées de « races nationales », c’est-à-dire celles qui auraient été en Birmanie avant l’arrivée des colons anglais en 1823. Avoir une plus grande égalité de droits vi-à-vis des autres ethnies est ainsi une revendication forte mais peu entendue.

Les représailles – ou plutôt les exaction militaires, cessons les euphémismes – qui ont résulté de l’attaque du 25 août dernier furent féroces ; incendiant, détruisant les villages, massacrant et terrorisant la population. Le chemin de l’exil pour le Bangladesh est donc rapidement pris afin de fuir ces violences. En effet, les Rohingyas étant concentrés dans l’Etat d’Arakan, la frontière est proche avec le voisin bangladais qui est à majorité musulmane. On peut également rappeler que la frontière, tracée par les anglais entre la Birmanie et le Bangladesh, ne date que de 1937 ; il y a donc encore quelques liens culturels. Avec cet exil massif, le nombre de réfugiés s’élève alors à plusieurs centaines de milliers d’êtres humains qui se rassemblent dans des camps surpeuplés et dont la progéniture, traumatisée, manque de vaccins, de nourriture, et contracte des maladies. L’UNICEF tire d’ailleurs la sonnette d’alarme, on s’inquiète des citoyens de demain, sollicitant l’aide internationale pour répondre à l’urgence humanitaire.

Que fait Aung San Suu Kyi ?

Face à ces persécutions, la prix Nobel de la paix et dirigeante Aung San Suu Kyi a été critiquée pour son silence. Il faut savoir que si ce pays est en voie de démocratisation, l’emprise militaire reste très forte, notamment au regard des privilèges qui lui sont octroyés par la constitution birmane. En effet, 25 % des sièges du Parlement leur sont réservés, ils ont un droit de veto sur tout amendement à la constitution et une disposition de la constitution prévoit que si les militaires pensent que la sécurité du pays est en danger, ils peuvent reprendre le pouvoir. Aung San Suu ki est donc pieds et poings liés, sa récente visite du 2 novembre dans la région n’y changera rien.

 

Quelles solutions apporter à ce problème ?

Le retour des rohingyas qui ont fui sur la terre birmane semble peu probable. La mémoire ne s’efface pas au gré d’un simple franchissement de frontière et de paroles sans profondeur, le ressentiment et la souffrance sont là. Pourrait-on redessiner les frontières pour que l’État d’Arakan fasse plus logiquement partie du Bangladesh et non plus de la Birmanie ? Il semble peu probable que la Birmanie accepte de se départir de ce territoire. Les problèmes ethnique et religieux ne seraient pas l’unique cause de ces tensions avec les autorités birmanes et militaires, qui – il faut le rappeler – ont longtemps dirigés le pays.En effet, l’Etat d’Arakan a assez de richesses en sous-sol et dans ses eaux côtières pour éveiller et alimenter l’appétit d’envieux. C’est ainsi qu’un accord a été passé en 2008 entre une compagnie pétrolière sud-coréenne et le régime birman pour l’exploitation de gaz offshore.
De plus, ce petit bout de terre permet notamment le passage d’un oléoduc et d’un gazoduc depuis 2013, permettant d’éviter le détroit de Singapour, fameux détroit stratégique de Malacca, afin d’approvisionner la Chine en pétrole provenant du Moyen-Orient.Le « pragmatisme économique » peut conduire à la destruction de villages pour le passage de pipelines, des accords économiques ayant été passé entre des compagnies pétrolières chinoises et des autorités militaires birmanes.

 

Elise Bechon

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