Les Roses sont rouges, les violettes sont bleues… Et tu as TD samedi

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Célibataire, il passe ses nuits accroché à son code civil comme s’il pouvait lui prodiguer l’affection qu’il recherche désespérément. En couple… Ses nuits sont les mêmes que celles du célibataire mais associées à un sentiment de culpabilité à l’idée de l’être aimé abandonné pour finir un TD.

Que l’on se fasse harceler par les SMS de l’autre (‘‘T’es où ? Comment ça tu n’as pas fini ton commentaire ?‘‘ ‘‘RAF de ton cas pratique, ça fait deux semaines qu’on s’est pas vus, je te quitte !’’), ou parce que la vie est injuste, que l’on soit seul à regarder des vidéos de chats sur le net, force est de constater que la Saint Valentin, pour le juriste c’est l’épreuve du feu : va-t-il ou non en réchapper ?

Quand on est célibataire c’est facile : l’œil hagard, en attente des résultats des examens, épuisé d’avoir regardé les derniers épisodes de Suits en streaming, le juriste fantasme tard le soir sur son précis de fiscalité en se disant que, oui, un jour toutes ces nuits à surligner furieusement son cours auront valu quelque chose, que l’amour ça attendra, que oui c’est mieux de privilégier les études maintenant parce que bientôt en étant avocat, huissier commissaire-priseur, l’argent coulera à flot et naturellement le reste viendra…. C’est cela oui…

En vérité le juriste célibataire est un masochiste qui a trouvé des études le privant de toute vie sociale à l’extérieur des personnes du même cercle. C’est sans nul doute pour cette raison qu’il se précipitera au cinéma voir 50 nuances de Grey seul avec un paquet de bonbons : quoi de plus beau qu’un contrat synallagmatique où deux individus s’engagent à trouver du plaisir dans la douleur ? Nous avons tous signé le même pacte en commençant les études de droit. Devenu un animal asocial son seul espoir est de trouver l’amour parmi ses pairs, entre deux blagues pourries sur la nouvelle réforme tendance. Donc la seule bonne nouvelle, c’est l’économie spectaculaire que l’on fait en ce jour maudit, alors que les chanceux qui ont trouvé l’amour, eux, ont tous cette hantise : la ruine de la Saint Valentin.

Le juriste en couple mise tout sur ce jour : trop souvent absent, fatigué, énervé et surtout pris par toutes ces jurisprudences qui lui ont fait oublier la date d’anniversaire de son cher et tendre, la Saint Valentin est un peu la fête de la dernière chance. Un seul objectif : assurer, peu importe le prix. Trouver le cadeau parfait, se souvenir que non, tes blagues de juristes ne font rire que toi mec, et non tu n’es pas sexy avec ton chignon fait à la va vite pour être plus à l’aise pour relire ton cours, remets du gloss ma pauvre chérie ; tant de choses à faire pour se faire pardonner d’être ce que l’on est… La Saint Valentin est pour l’étudiant moyen un trou dans le budget, pour l’étudiant en droit il est comparable au trou de la sécu. Entre les codes et les bouquins les finances sont déjà largement entamées, en ajoutant les cadeaux et le resto, c’est fini. À défaut de pouvoir vivre d’amour et d’eau fraîche, l’étudiant en droit, plein de ressources, trouve des compromis : cette année les chocolats sortiront du Liddl ma chérie, on s’en fout c’est l’intention qui compte non ? Et elle ne saura jamais où vous les avez achetés messieurs. Habile et brillant, le juriste peut enfin utiliser son charisme et sa logique acquis si durement au cours de ces années, enveloppés dans un joli mensonge soigneusement préparé : le pourquoi du comment il n’y aura pas de restau car « il n’y aura pas d’écrin suffisamment beau pour abriter ta beauté, je veux profiter de toi et te garder pour moi seul… Restons à la maison manger des pâtes au fromage. »

Pour vous mesdemoiselles la solution est encore plus simple : un long ruban style papier cadeau enroulé autour de votre taille et rien d’autre, ça lui fera bien plus plaisir qu’un long discours ou que cette chemise sur laquelle vous lorgnez depuis 2 semaines en raclant le fond de votre porte-monnaie. Ce n’est certainement pas pour votre discours névrotique sur le thème ‘’et si je n’ai pas mon semestre’’ qu’il est avec vous mais pour le charme dont vous êtes capable de faire preuve quand vous oubliez l’existence du droit. Après tout, ‘‘les femmes aiment avec leur cœur, les hommes aiment avec leurs sens’’.

À défaut souvenez-vous, quand l’amour n’est pas au rendez-vous, vous aurez toujours votre code civil, fidèle au poste, prêt à recevoir votre amour ou votre rage et à vous accepter tel que vous êtes : un juriste désespérément amoureux du droit (ou qui fait de son mieux pour tomber amoureux).

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