Le Prix Caméléon débarque à Jean Moulin !

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Jean Moulin Post

Le 13 octobre dernier était inauguré le lancement du Prix Caméléon, un prix littéraire de l’Université Jean Moulin. Sa spécificité ? Il est l’un des rares prix étudiants au sein d’une université (si ce n’est le seul), c’est-à-dire qu’il sera représentatif du choix d’un jury totalement étudiant. En effet, du 16 septembre au 10 octobre, tout élève à Jean Moulin pouvait s’inscrire sur le site de la fac pour faire partie des 100 jurés qui, du 9 au 13 février 2015, désigneront leur ouvrage préféré.

A l’initiative de ce prix, il faut citer deux personnes : Florence Godeau, professeur de littératures comparées à l’Université Lyon 3, ainsi que Laurence Bourget-Messin, conservatrice à la Bibliothèque Universitaire. Leur idée était de remettre au cœur de l’université une ouverture à la culture étrangère, à travers des romans, de la littérature contemporaine. Plus encore, insister également sur le rôle du traducteur (souvent oublié), qui véhicule la culture étrangère en faisant passer le message originel de l’auteur, assurant qu’il soit bien intégré par le lecteur, d’où son importance. Enfin, ce prix était l’occasion de créer un moment durant lequel des étudiants de filières différentes pourraient échanger et découvrir ensemble.

Jean moulin post Lyon

Le 13 octobre dernier a été inauguré le lancement du Prix Caméléon, en présence de ses 100 jurés étudiants.
Tous les ans, le Prix Caméléon mettra à l’honneur un nouveau pays. Pour l’année 2014-2015, c’est le Brésil qui a été retenu, avec quatre romans contemporains sélectionnés. En voici un bref aperçu :

« Belém » d’Edyr Augusto, traduit par Diniz Galhos (1er octobre 2013)
Ce roman policier nous plonge dans un Brésil d’une noirceur et d’une violence terrifiantes : au cœur de l’enquête, le décès d’une importante personnalité de la jet-set de Belém qui nous mènera à découvrir les atrocités auxquelles la nature humaine est capable de s’adonner. Du « simple » trafic de drogue à la pédophilie, en passant par le proxénétisme, la violence gratuite, et un droit de décision arbitraire quant à la vie ou la mort des individus, Augusto nous dresse un portrait des plus critiques de ces poignées de tous puissants corrompus régnant en maître sans aucune contrainte, là où le banditisme et le politique se côtoient et s’entrecroisent sournoisement. Si l’histoire bouleverse et peut choquer, elle n’en reste pas moins captivante et file à toute vitesse : à peine a-t-on eu le temps de rassembler les pièces du puzzle que, déjà, le livre est terminé.

« Bleu corbeau » d’Adriana Lisboa, traduit par Béatrice De Chavagnac (Septembre 2013).
N’ayant pas encore lu ce roman, en voici le résumé officiel :
Après la mort de sa mère, Evangelina décide de quitter Rio pour les États-Unis, où elle est née treize ans auparavant, et d’y retrouver son père. En compagnie de Fernando, l’ex-mari de sa mère, et d’un petit voisin salvadorien, Carlos, elle recueille les souvenirs des autres pour organiser sa propre histoire. Au cours de ce voyage à travers le Colorado et le Nouveau-Mexique, en écoutant les récits de Fernando, qui a fait partie d’une guérilla maoïste en Amazonie dans les années 70, elle prend conscience du passé du Brésil.
Dans un style sobre et élégant, Adriana Lisboa nous propose une réflexion sur l’appartenance et la construction de soi. Tous ses personnages sont en transit, ils habitent tous des lieux précaires, mouvants, parlent des langues qui ne sont pas les leurs, les mêlent. Elle raconte ces mémoires provisoires, faites de souffrance bien sûr mais aussi remplies d’amitiés sincères, et termine ce roman au moment où la vie de son héroïne commence vraiment, où elle occupe dans le monde un espace qui lui appartient.

« Hôtel Brasil » de Frei Betto, traduit par Richard Roux (31 mai 2012)
Un hôtel, neuf occupants, une série de crimes. Un scénario qui paraît assez simple à première vue, mais qui est étoffé de multiples références culturelles, religieuses et politiques brésiliennes. Autant d’informations qui donnent à ce roman policier une touche d’exotisme, nous immergeant dans ce que peut être le quotidien au Brésil, avec son lot de surprises mais aussi de difficultés (le dictat de la politique, les profondes inégalités sociales et une misère palpable…). La manière qu’a Betto de nous présenter chacun de ses personnages, aux histoires toutes aussi variées les unes que les autres, nous permet de nous y identifier un tant soit peu et de sentir la chaleur qui anime Rio.

« Orphelins de l’Eldorado » de Milton Hatoum, traduit par Michel Riaudel (1er mars 2010)
L’histoire est assez dépaysante puisqu’elle se déroule en Amazonie. Cela fait d’ailleurs tout son charme et, bien loin de nous conforter dans des clichés d’ethnies lointaines et sauvages, l’auteur exploite plutôt toute la richesse de ce cadre. Il nous en dresse des portraits élogieux et en partage quelques anecdotes : entre autres, les mythes amazoniens qui sont aussi drôles qu’éloquents, nous immergeant dans une culture nouvelle et inconnue. Mais cette atmosphère un peu irréelle se retrouvera confrontée, malgré l’auteur qui tente de l’en préserver, à une ère nouvelle qu’est celle de la mondialisation.

Pour en terminer avec cette présentation, j’ajouterai seulement qu’être juré du Prix Caméléon constitue un moyen à la fois simple et intéressant de s’ouvrir à des cultures nouvelles, tout en étant guidé dans notre lecture : en effet, deux rencontres-débats ont été organisées avec des spécialistes de la littérature brésilienne. Ceux-ci nous ont permis, entre autres, d’éclaircir les contextes historiques et culturels de chacune des histoires, ainsi que d’approfondir certaines notions propres à la littérature brésilienne. De plus, il est donné quatre mois au jury pour lire les quatre romans, délai largement suffisant pour remplir notre engagement tout en nous faisant plaisir.
En attendant notre prochaine entrevue pour un article consacré à un peu d’histoire sur la littérature brésilienne, ainsi qu’à quelques précisions concernant le type des livres sélectionnés cette année : si vous êtes intéressés pour plus d’informations, je vous invite à visiter le site du prix « http://prixcameleon.univ-lyon3.fr/ », et pourquoi pas devenir juré à votre tour dans les années à venir !

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