Le harcèlement de rue : un nouvel enjeu de société

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« Hé Mademoiselle ! T’es bonne ! Réponds salope !»

Sifflements, commentaires intimidants, insistants qui deviennent humiliants et menaçants, violences physiques, … Quotidiennement, des femmes sont confrontées au harcèlement de rue et ceci, indifféremment de leur âge ou de leur physique. Ce phénomène prend de plus en plus d’ampleur et devient aujourd’hui un véritable problème de société. En France et partout dans le monde, nombreuses sont celles qui dénoncent ces humiliations de tous les jours. Cela appelle à une prise de conscience générale de la part des victimes, des harceleurs et des témoins.

Le harcèlement de rue, qu’est ce que c’est ?

Traduit de l’anglais « street harassement » : ce sont les comportements adressés aux personnes, notamment les femmes et les personnes LGBT, dans les lieux ou transports publics, visant à les interpeller verbalement ou non en raison de leur sexe, leur genre ou leur orientation sexuelle. Evidement, le harcèlement de rue est à différencier de la drague, l’individu ignorant volontairement l’absence de consentement de son interlocuteur.

Quelques chiffres

Une étude a été réalisée par le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, d’après des « consultations citoyennes » menées en mars auprès de 600 femmes de Seine-Saint-Denis et de l’Essonne. 100% des utilisatrices de transports en commun ont déclaré avoir subi au moins une fois dans leur vie du harcèlement sexiste ou une agression sexuelle.

Une enquête a dernièrement montré que sur 150 femmes, 94% d’entre elles déclarent avoir subi des violences sexistes dans le métro de la capitale. 3 femmes sur quatre avouent adapter leur comportement (baisser le regard) ou leur tenue vestimentaire lorsqu’elles empruntent les transports en commun.

Ce que dit la loi

  • L’injure publique est passible de 6 mois d’emprisonnement, et de 22500 euros d’amendes lorsqu’elle est commise envers une personne ou un groupe de personne en raison de leur sexe, orientation sexuelle, ou handicap (article 33, loi du 29 juillet 1881).
  • Le harcèlement sexuel, le fait d’imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle qui portent atteinte à sa dignité, ou créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante est passible de 2 ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende (article 222-33 du Code pénal).
  • Les agressions sexuelles sans pénétration (baisers forcés, mains aux fesses, sur les cuisses, frottements, etc.), commises par violence, contrainte, menace ou surprise, sont passibles de 5 ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende (article 222-22 et 222-27 du Code pénal).
  • Le viol, tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’elle soit, commis par violence, contrainte, menace ou surprise est puni de 15 ans de réclusion criminelle.

Lancé le 9 juillet 2015, le Plan national de lutte contre le harcèlement sexiste et les violences sexuelles dans les transports comporte plusieurs engagements et a donné lieu, à l’automne 2015, à une grande campagne nationale de sensibilisation : des affiches qui représentent les plans des lignes de métro avec les différentes injonctions rencontrées par les voyageuses, un mini-spot de sensibilisation, le #HarcèlementAgissons pour collecter les témoignages ainsi qu’un site internet dédié.

Sans titre

Le Parlement a adopté définitivement, le 9 mars 2016, la proposition de loi sur la sécurité dans les transports qui comprend un article contre les violences et les harcèlements à caractère sexiste (dont le Sénat ne voulait pas !). Elle prévoit l’établissement d’un rapport annuel sur cette question, transmis au défenseur des droits, à l’Observatoire national de la violence faite aux femmes, et au Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes.

Comment réagir ?

Répondre ou baisser les yeux ? Les victimes elles-mêmes méconnaissent leurs droits, les plaintes pour insultes ou mains aux fesses (qui relèvent pourtant de l’agression sexuelle au même titre que les « frottements ») sont rares. Les réactions vont varier en fonction du contexte, c’est-à-dire du lieu, de l’heure, s’il y a ou non des témoins et du caractère de chacune.

Pour certaines, réagir et répondre déconcertent le harceleur. Mais encore faut-il oser. Il est vrai que l’on ne sait jamais à qui on a affaire. Et souvent, la peur se mêle avec un sentiment de honte. De plus, la plupart du temps, les témoins n’interviennent pas, comme si l’acte était banal.

Ainsi, s’il est difficile de savoir comment réagir, les témoins peuvent eux agir de la bonne manière : ne pas fermer les yeux. Le Projet Crocodile énonce les moyens d’aider la personne harcelée : apostropher le harceleur pour détourner son attention et permettre à la victime de fuir, faire semblant de connaitre la victime ou alors prévenir une personne compétente (conducteur de bus,…).

Le Krav-Maga est le nouveau sport à la mode pour les femmes qui souhaitent apprendre à se défendre. C’est un sport de combat israélien fondé sur des techniques d’autodéfense avec des enchainements simples pour pouvoir être appliqués en situation de stress. On y apprend en autre à se dégager de son agresseur en cas de viol. Il existe trois clubs sur Lyon (http://www.krav-maga.net/).

Ceux qui agissent

L’association Stop harcèlement de rue est une association nationale avec plusieurs antennes dans les villes de France composée d’individus désirant porter la lutte contre le harcèlement de rue par des actions dans l’espace public : http://www.stopharcelementderue.org/

Paye Ta Shneck est un Tumblr participatif qui compile les pires phrases de « drague » masculine, entendues dans la rue : http://payetashnek.tumblr.com/

Dans le projet crocodile, le dessinateur Thomas Mathieu illustre des témoignages de femmes liés aux problématiques comme le harcèlement de rue, le machisme et le sexisme ordinaire. Les hommes étant représentés sous la forme de crocodiles verts : http://projetcrocodiles.tumblr.com/

Et à Lyon ?

Stop harcèlement de rue-Lyon organise régulièrement des actions et réunions. Son objectif est de sensibiliser chacun au problème du harcèlement de rue (filles comme garçons, hétéros comme LGBT)

Pour la journée internationale de la femme, le 8 mars 2016, l’association a réalisé une campagne photo de portraits de femmes très différentes et de leurs témoignages et a organisé une soirée en l’honneur des femmes.

Les prochains rendez-vous de l’Association :

Réunion publique le mercredi 6 avril 2016 à 19h30 chez Elephant and Castle-16 quai de Bondy, 69005 Lyon (inscriptions sur Facebook ou par mail).

Soirée « Meet us on the Street », pour le lancement de la semaine internationale contre le harcèlement de rue, le mardi 12 avril 2016 à 19h30 au Livestation DIY-14, rue de Bonald, 69007 Lyon (entrée libre). Au programme : « jeux », quizz, musique et chasse au trésor !

Pour les contacter ou pour plus d’informations : Stop harcèlement de rue – Lyon (Facebook) ou stopharcelementderuelyon@gmail.com

Et si à force d’en parler, on réussissait à l’éradiquer ?

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