L’astrophysique au secours de Star Wars épisode VII : Pour une réhabilitation de la base Star Killer et du Premier Ordre

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Alors que le huitième épisode de la saga de George Lucas est sorti au cinéma, nombreux sont ceux qui se remémorent avec perplexité l’opus précédent. En effet, l’épisode 7 nous contait une histoire dont la trame laissait un troublant sentiment de déjà-vu. Et rien ne cristallise mieux les débats qui en découlent que le cas de la Base Star Killer, que nous abrégerons SKB (pour « Star Killer Base »). De prime abord il est vrai, la SKB ne présente aucune différence, sinon minime, par rapport aux antiques Etoiles de la Mort. Mais on peut se demander si cette tournure en dérision de la SKB n’est pas une stratégie de désinformation visant à minimiser la prouesse technologique que constitue la destruction d’un système entier. Voire même, à discréditer la puissance d’une faction que la Nouvelle République avait sous-estimé, le Premier Ordre. En effet, un examen approfondi témoigne d’un bond technologique inimaginable par rapport aux ères impériales et républicaines.

I) « So it’s bigger. (1)» (Han Solo) : La réponse de Nikolaï Kardashev

En 1964, le radioastronome soviétique Nikolaï Kardashev proposait une méthode théorique de classement des civilisations technologiques. « L’échelle de Kardashev » distingue ainsi 3 niveaux de développement en fonction de la maîtrise et de la consommation énergétique d’une civilisation donnée :

– Niveau 1 : la civilisation est capable d’utiliser toute la puissance disponible de sa planète.
– Niveau 2 : la civilisation est capable d’utiliser toute la puissance de son étoile.
– Niveau 3 : la civilisation est capable d’utiliser toute la puissance de sa galaxie.

Dans notre galaxie lointaine, très lointaine, le niveau 1 a été atteint de longue date. Coruscant, planète complètement urbanisée, voit de facto l’ensemble de son énergie consommée (2). La construction par l’Empire des deux Etoiles de la Mort, capables de détruire des planètes, vient parachever ce stade. Pour autant, en dépit de la concentration technologique qu’elles ont imposée à l’Empire, le niveau 2 restait à atteindre.

Et telle est la violente rupture technologique induite par la SKB : elle puise son énergie d’une étoile entière. Le Premier Ordre a donc fait de l’espèce humaine la première à atteindre le niveau 2 de Kardashev. Toutefois toutes les étoiles ne pourraient être vampirisées, et c’est l’occasion d’aborder les différentes implications théoriques du fonctionnement de l’arme.

II) Le type spectral des étoiles : une relativisation du second rang de Kardashev ?

Pour déterminer quelques données sur le fonctionnement de la SKB, un point de départ peut être la classification des types d’étoiles. Il existe différentes façons de les caractériser. Pour plus de commodité on prendra ici la classification d’Harvard qui attribue un type spectral à une étoile sur la base d’une échelle de température (et de couleur). Elle se résume par la phrase « Oh, Be A Fine Girl/Guy, Kiss Me! (3)», ou dans une version française « Observez Bien Au Firmament : Grandiose Kaléidoscope Multicolore ! ». Soit 7 types : O, B, A, F, G, K, et M, présentés dans le diagramme ci-dessous :

(Source : atunivers.free.fr (4))

Or, les images du rechargement puis de l’usage de l’arme donnent de précieuses indications. Compte tenu de la taille et du rayonnement de l’étoile visée, on peut en déduire qu’il s’agit probablement d’un type spectral K ou G (comme notre soleil), peut-être F mais guère plus. Par ailleurs, la couleur écarlate du rayon, sauf si elle est une conséquence de ses propriétés intrinsèques, semble indiquer que l’étoile utilisée était du type M, soit une naine rouge. En conclusion, la SKB pourrait utiliser toute la puissance d’une étoile, mais pas de toutes les étoiles.

Toutefois, à double titre ce n’est pas un obstacle au plan tactique. D’abord, les types d’étoiles nécessaires sont aussi les plus courants dans l’Univers. Le type spectral M a ainsi une abondance estimée de 80%. La SKB ne risque donc pas de manquer d’énergie, là où la question demeure ouverte au sujet des Etoiles de la Mort qui tiraient leur énergie des cristaux Kyber (5).

Ensuite, le rechargement de l’arme a les mêmes effets que son tir : la disparition pure et simple d’une étoile détruit de fait son système. Du fait des lois de la gravité, planètes de tout type et autres astéroïdes seraient dispersés dans les profondeurs glacées de l’espace. Quant aux habitants, ils seraient condamnés à une agonie atroce, décimés par les catastrophes climatiques et géologiques engendrées par la disparition de l’étoile. En d’autres termes, à la fin de l’épisode 7 la SKB a détruit trois systèmes :

– Un, non montré, lorsqu’elle s’est chargée en vue de la destruction du système Osnian.
– Un deuxième lorsqu’elle détruit le système suscité, capitale de la Nouvelle République.
– Un troisième lorsqu’elle se recharge en vue de la destruction du système D’Qar (6) où est basée la Résistance.

Le fait que toutes les étoiles ne puissent être utilisées par la SKB relativise certes la place du Premier Ordre sur l’échelle de Kardashev. Mais tant au plan tactique que technologique, le saut qualitatif par rapport aux Etoiles de la Mort est prodigieux. En effet, une multitude d’autres aspects que le type spectral des étoiles permet d’aborder le fonctionnement de la SKB.

III) Une prouesse certaine aux implications technologiques obscures

Nous l’avons compris, la SKB est infiniment supérieure aux Etoiles de la Mort. Mais si le fonctionnement de ces dernières est désormais bien documenté, force est de constater que les implications de la SKB demeurent encore obscures.

Pour commencer le Premier Ordre a trouvé le moyen technique d’influencer la gravité. Dans la vision d’Isaac Newton, la gravité est une force qui attire les objets massifs entre eux. Aujourd’hui, le pilier de la physique moderne est la vision d’Albert Einstein. Pour lui, l’espace et le temps ne sont plus décrits comme deux entités séparées, mais comme un seul objet mathématique. L’Univers est donc une sorte de toile élastique à quatre dimensions (trois d’espace et une de temps) que tout corps déforme en fonction de sa masse. Plus un objet est massif, plus il déforme l’espace-temps autour de lui (7). La gravité est donc aussi une manifestation de cette déformation.

Les images du rechargement de la SKB permettent alors d’en déduire plusieurs choses. D’abord, ce n’est pas un aimant, elle n’utilise pas un champ magnétique. Les ingénieurs impériaux ont construit une machine capable de générer une déformation extrême de l’espace-temps (une forte gravité) et d’en orienter les effets. Une thèse appuyée par l’idée qu’une fois l’Etoile vampirisée, sa masse ne fait plus qu’un avec celle de la SKB. L’équipage de la base se trouverait alors soumis à une gravité équivalente à celle de l’étoile détruite. Or ce n’est pas le cas. Dans tous les cas, les ingénieurs impériaux ont donc la capacité d’influencer la gravité pour la rendre vivable. Ceci, même si certaines sources font état d’un fonctionnement fondé sur un contrôle de l’Energie Sombre pour le chargement et le tir de l’arme (8). A l’heure actuelle, la nature de l’Energie Sombre nous échappe. Mais elle serait à l’origine de l’expansion accélérée de l’Univers, celui qui lui confère une influence supérieure à celle de la gravité.

Reste que le préalable du contrôle gravitationnel est indispensable. Ne serait-ce que parce que SKB est une planète disposant d’une atmosphère et même d’une flore (voir d’une faune au moins par l’équipage). Pour que cette atmosphère ne se trouve pas expulsée au moment du tir, les ingénieurs du Premier Ordre doivent non seulement maîtriser la gravité mais aussi la mécanique climatique et l’échappement atmosphérique.

De même, les étoiles sont essentiellement composées de gaz. Un fois vampirisé, l’astre est comprimé à l’extrême dans le noyau de la base. Or, tout gaz comprimé chauffe. La chaleur interne de la SKB doit donc être phénoménale. Les ingénieurs ont dû, immanquablement, trouver un moyen de maitriser la chaleur interne de la base sous peine de voir sa surface retournée par d’effroyables éruptions volcaniques. D’ailleurs, la Résistance détruit la base en faisant exploser ce qui est présenté comme un « oscillateur thermique » de taille planétaire. Les effets concrets de cette démolition peuvent sans peine s’interpréter comme le signe que la base ne contient plus la matière stellaire en son cœur.

En conclusion, l’analyse et les implications – non exhaustives – que nous venons de mettre en lumière révèlent la véritable nature de la Base Star Killer. Le saut technologique qu’elle représente par rapport à l’ère impériale affaiblit le discours de ses détracteurs, voire le rend douteux. Ne serait-ce que par sa construction même qui est un formidable exemple d’ingénierie planétaire. Assembler une station est une chose, modifier une planète jusqu’à son noyau en est une autre. Il faut savoir que dès les années 1960, le physicien Freemann Dyson avait déjà théorisé le démantèlement d’une planète en vue de construire une sphère autour du soleil pour en exploiter totalement l’énergie. Dans Star Wars, la Base Star Killer est donc la concrétisation guerrière d’une utopie astrophysique millénaire. Compte tenu de l’énergie nécessaire à la construction, les travaux n’ont sans doute pas débuté après la bataille d’Endor. La Base Star Killer correspond d’ailleurs parfaitement aux canons de la doctrine Tarkin. Mais même si c’est l’Empire Galactique de Palpatine qui a initié le projet, c’est bien le Premier Ordre qui l’a rendu opérationnel. Il convient donc de prendre du recul sur les dédaigneux discours dont sont victimes les factions impériales. De toute évidence la tournure en dérision de leurs évolutions technologiques et doctrinales cache une narration favorisant l’émergence d’une mémoire collective.

Amaury Dufay

(1) : « Bon, elle est grosse et après ? » dans la version française de Star Wars 7.

(2) : DUTIL Yvan, « Sommes-nous destinés à nous autodétruire ? », Ciel & Espace, Hors-série, n°19, juillet 2012, pp.84-87, p.85.

(3) : « Oh, soit un(e) gentil(le) fille/gars, embrasse-moi ! » en anglais.

(4) : POWELL Richard, « La classification des Etoiles », atunivers.free.fr, article, http://atunivers.free.fr/250lys/startype.html, consulté le 06/12/2017.

(5) : HIDALGO Pablo, « Star Wars Rogue One : Le guide visuel ultime », Vanves, Hachette Heroes, 2016, p.113.

(6) : HIDALGO Pablo, « Star Wars Les Derniers Jedi : Le guide visuel », Vanves, Hachette Heroes, 2017, p.30.

(7) : CARASSOU Sébastien, vidéo, Youtube, « Troublants Trous Noirs », Le Sens of Wonder, #4, https://www.youtube.com/watch?v=fpnuXzf9s04&t=429s, consulté le 15/01/2018.

(8) : STIEFEL K. E., article, « The science on Star Killer Base Energy in Star Wars », https://scienceonblog.wordpress.com/2017/12/07/starkiller-base-energy-in-star-wars/, consulté le 15/01/2018.

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