L’administration à Lyon III, ou l’hydre à six têtes

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« L’intendance suivra », disait de Gaulle, et il faut bien qu’elle suive si l’on espère mener les hommes à bon port. Tout comme une armée ne peut fonctionner sans logisticiens compétents, sans provisions et sans matériel, une université ne saurait accomplir sa mission sans un personnel capable d’assurer efficacement la gestion du quotidien estudiantin.

Alors, l’intendance chez Jean Moulin, elle suit, ou elle nous laisse crever sur le bord de la route faute de vivres ?

On doit admettre que ça avait pas mal d’allure, au début. Quand on arrive, fraîchement sorti du lycée, à Lyon III pour s’y inscrire, la sensation d’être pris par la main s’avère agréable : circuit d’intégration suffisamment indiqué, prise en compte des élèves pôle par pôle… Rien à faire, suffit de se laisser guider ; y’a même des petites empreintes de pas façon Cluedo sur le sol si jamais on se perd en chemin ! Ça m’a l’air bien rodé, cette histoire ! Allez, je signe. Paf, me voilà étudiant de Lyon III. Super !
Je viens de me faire avaler tout rond par le monstre.

L’hydre, c’est pas exactement la bestiole mythique la plus maline qui fût. À en croire les textes, il s’agissait d’un animal plutôt lent, pondéreux et inepte, qui fit le curieux choix d’une pluralité d’intellects déficients après avoir compris qu’elle ne pourrait jamais en posséder un seul correctement formé.

Ah, les poètes et écrivains avaient certainement oublié de mentionner qu’elle avait très mauvaise vue, et que ses têtes étaient infoutues de se mettre d’accord sur quoi que ce fût.

Car demander une audience ou adresser une requête à l’administration de Lyon III, c’est un peu comme pénétrer dans l’antre d’une bête ensommeillée pour lui tâter le flanc avec un bâton. L’hydre grogne, se secoue –les têtes s’entrechoquent, c’en est comique– et vous juge d’un œil torve. Posez votre question à l’une des gueules, elle vous conseillera de parler à sa voisine ! C’est pas le moment enfin, pas avant le premier café du matin. On me rétorquera que les secrétaires travaillent de 8 h à 17 h ; moi je dirais qu’ils roupillent de 10h à 16h30 et se volatilisent en dehors de ce créneau.

Vous n’êtes peut-être pas au courant, mais l’hydre se livre une guerre perpétuelle à elle-même. La gueule de l’IAE est très connue pour emmerder la gueule des Langues chaque fois qu’il est question d’agencer les cours : il est habituel que les élèves ne puissent tout simplement pas assister à leurs TD de LV3 et leurs CM de gestion en même temps. Cette gueule de l’IAE est probablement la plus oublieuse du lot, par ailleurs, car il peut lui arriver d’omettre l’impossibilité humaine pour une seule personne de dispenser sa sagesse à deux endroits en même temps. La gueule des Langues n’est point en reste ; elle perd les notes de ses élèves –les a-t-elle gobées par inadvertance ? – à intervalles réguliers. Reine des myopes, la gueule du Droit s’assure quant à elle une place sur le podium en assignant une des salles exiguës du troisième étage à un cours magistral de droit de LEA L1. Je vous laisse faire le calcul, en rappelant tout de même qu’il n’existe pas de séries en LEA. Vous ne pouvez ni vous asseoir sur une chaise, ni sur les genoux de quelqu’un, ni rester debout ? Dommage.

L’on serait tenté d’accroire que l’hydre avait un appétit des plus voraces. Là encore, les légendes semblent avoir largement surévalué notre animal.
Il est des pratiques infâmes qui ont fleuri à l’ombre de sa paresse, et, bien que nous n’ayons pas vocation à la délation, il convient de rappeler que l’hydre est clairement plus douée à harceler les élèves qui désirent travailler que les fainéants. On se demande ainsi pourquoi certains boursiers d’échelons élevés peuvent flegmatiquement s’absenter sans justificatifs, à hauteur d’une douzaine de fois par semestre, et n’encourir aucune sanction, alors même que la politique de l’université en la matière était censée avoir durci. Tel était, du moins, Le message clamé haut et fort par les officiels en début d’année. L’hydre : p’tites pattes, grande gueule ? Peut-être est-ce trop d’efforts que de traquer des moucherons quand on pèse plusieurs tonnes, mais attention aux piqûres : ton sang, c’est l’argent des Français.

« Et pourtant, elle tourne »

Derrière cette citation d’une pertinence hautement contestable se cache une vérité toute simple : l’université Jean Moulin parvient à tourner. Un fait qui paraîtrait anodin aux yeux de n’importe quel observateur extérieur, mais qui ne l’est pas tant que ça lorsqu’on considère certaines de nos consœurs. L’année dernière, Bron Lumière n’a pas eu la même chance que nous.

Oui, moult impairs émaillent l’année de chaque étudiant à Lyon III. Oui, on ne peut pas légitimement dire que l’administration nous fournisse des conditions idéales pour étudier (coucou les salles à la con), ni même les conditions idéales pour passer nos examens (coucou les marteaux-piqueurs, mes meilleurs vœux pour 2015). Oui encore, une bonne partie du personnel ne démontre pas la courtoisie la plus exquise à notre intention, nous autres pauvres mortels esclaves de l’hydre. Mais plus qu’un monstre multicéphal, c’est bien un golem composite, assemblage de bric et de broc, qui nous fait face. L’abondance de services, de hiérarchies et de procédures parallèles rend toute tentative d’uniformisation périlleuse, et l’on se doit de comprendre qu’il survienne des cas où la secrétaire que vous êtes en train d’incendier s’avère impuissante.
En marge de ces errances dans les activités quotidiennes, l’université propose pléthores de services d’une grande qualité (les PUP me viennent à l’esprit immédiatement) que peu d’étudiants daignent utiliser, quand toutefois ils sont au courant de leur existence ! Malheureusement, on arguera sans doute qu’avant d’oser le raffinement, il convient d’assurer les fondamentaux.

Et l’on aura sans doute raison. Il y a encore un peu de travail à fournir en ce sens.

Et vous, quelle est votre anecdote la plus croustillante concernant vos démêlés avec l’administration ?

5 comments

  1. Julien 6 février, 2015 at 21:54 Répondre

    Quel dommage. À la vue du titre de l’article, je dois dire qu’il ne m’en fallait pas davantage pour faire naître ma curiosité. Malheureusement le soufflet de cette annonce un peu pompeuse est vite retombé. En tant qu’étudiant à Lyon 3, je me sens concerné par le propos tant il faut, effectivement, se démener avec les diverses administrations pour rétablir un peu de cohérence là où les systèmes informatiques (vous pensiez vraiment que Claudine du secrétariat veillait personnellement à la cohérence de votre emploi du temps et de celui de vos 5,000 semblables?) et leurs subordonnés en ont manqué.
    Ma question est la suivante: Quelle est la ligne de cette plus que louable initiative? Journalistique? À l’évidence, non. Car en tant que lecteur attentif, je ne sais toujours pas pourquoi il existe des difficultés administratives, quels en sont les ressorts, ni comment elles pourraient être résorbées.
    Humoristique? Satirique? Après tout, pourquoi pas, car face à l’administration mieux vaut en rire. Pourtant, je pleure la petitesse de vos propos, de ces « fainéants », « moucherons » (nuisibles après tout, non?) qui pompent « l’argent des Français ». Je ne sais pas où vous allez, mais c’est sans doute le chemin le plus court vers l’ignorance. Si votre hydre est un monstre bicéphale de bric et de broc, votre article n’en est que le rejeton.

    • Maxime Duranté 10 février, 2015 at 14:12 Répondre

      Bonjour,

      Merci d’avoir lu mon article et d’y avoir réagi =) Les moucherons en question sont en réalité les profiteurs du système très laxiste qui préside au contrôle des boursiers : nous avons eu plusieurs cas où des boursiers d’échelons très élevés (7 étant le record actuel) n’assistaient à aucun cours, ni TD, ni CM, et n’encouraient aucune sanction.

      Nous n’avons pas vocation à faire le travail des administratifs à leur place, il s’agissait simplement de donner de la voix au mécontentement général et à le remettre en perspective par rapport à d’autres facultés où l’intendance est encore moins efficace.

      Cet article très populaire auprès des étudiants, et il ne faut donc pas l’ignorer comme s’il n’était qu’une petite fantaisie inconséquente née de mon esprit malade : il représente l’avis général sur la façon dont fonctionne Lyon III.

      Et cet avis n’est pas très bon. Il vous accepter cette réalité.

  2. Camille 6 février, 2015 at 08:24 Répondre

    J’aurais difficilement dit mieux ; quant à « l’absence de source » citée dans un des commentaires, il suffit d’être étudiant à Lyon 3 pour constater l’incompétence inhérente aux administrations diverses de l’Université… Et qui n’a jamais vu des boursiers du CROUS venir en cours « juste pour garder la bourse », ne rien faire et déranger les cours magistraux/TD ? Ce n’est certes pas une généralité, mais c’est courant. Bref cet article est bien écrit, le ton est juste, les propos sont avérés. J’adhère, bravo !

  3. A.A 4 février, 2015 at 19:21 Répondre

    Vu que l’article m’a bien fait marrer et qu’en plus il est véridique,voir qu’il y a un seul commentaire qui le descend c’est pas cool,donc juste: il est génial!

  4. gnark gnark gnark 28 janvier, 2015 at 20:08 Répondre

    Sérieusement, j’espère que vous n’avez pas confondu grossièreté avec humour, ni journalisme avec absence de source, de fait étayé, de propos pondérés, voire sérieux – car c’est bien l’objectif d’une juste communication. Pensez à faire des piges pour « Minute », vous pourrez alors mieux veiller sur « l’argent des français », vos camarades boursiers vous en remercieront.
    Votre article est navrant et c’est bien dommage pour une si belle initiative que représente votre journal.

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