« La politique étrangère russe au sein du monde arabe »

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Ce sujet présenté par l’équipe poligonienne lors de la série de conférences sur la politique étrangère russe, nous permet de nous pencher, à travers le regard de spécialistes, sur de nombreuses questions et diverses thématiques: partenariats et intérêts économiques, ressources énergétiques, entre tensions et lutte pour accéder au pouvoir… Ce court article tente de retracer les différentes étapes du dialogue qui a eu lieu ce mardi 25 novembre de 17 heures à 20 heures à l’’université Jean Moulin Lyon III.

Commençons tout d’abord par l’intervention du premier invité, Monsieur Taoufik Bourgou, Docteur en science politique, maître de conférences HDR en science politique, directeur du M2 Intelligence économique, chef du projet INSIGHT, référant défense et sécurité, et directeur du CEPIA (Centre d’Etude de la Politique et des Institutions Américaines).
Il est l’auteur de nombreux articles et ouvrages universitaires dans lesquels on peut retrouver « Terrorisme : Regards croisés dans l’après 11 septembre » ou encore « Politique du risque ». Son intervention a porté sur la politique étrangère russe au sein du monde arabe : un renouveau de crédibilité et de confiance de la part des russes.

M. Bourgou, commença par dépeindre le cadre géographique actuel du Moyen Orient, et à le confronter à celui de la Russie, en appuyant sur l’’intérêt certain des deux protagonistes vis-à-vis des mers chaudes. En effet, tant du côté russe que de celui du monde arabe, les accès aux voies maritimes sont d’une grande importance et ce, non seulement au niveau militaire, à travers les ports abritant les flottes de guerre, mais aussi bien à des fins commerciales et territoriales. On connaît tous l’importance de la zone des 200 miles qui ne peut être revendiquée sans espace côtier d’un Etat sur une mer ou un océan.
La discussion a ensuite été portée sur un partenaire économique important : l’Algérie. Un partenariat qui fut majoritairement porté sur l’équipement militaire au cours du 20eme siècle, notamment à la fin des années 1970, où 90 % du matériel militaire algérien est d’origine russe. Mais la Russie a également fourni un puissant soutien technologique à l’Algérie : l’URSS a tout particulièrement participé au développement du secteur minier, j’en veux pour preuve : 35 % des contrats passés dans le domaine des mines a été conclu avec l’URSS.

Evoquons maintenant la Lybie, qui entretenait aussi une relation particulière avec la Russie, cela jusqu’à la chute de Mouammar Kadhafi. L’Irak, tout comme le Maroc auquel l’URSS a vendu de nombreux tanks, est également très lié à la Russie. Cela est nettement visible au regard des équipements militaires venant de l’ex URSS. On constate aussi que des états se sont endettés, c’est le cas de la Syrie, qui a une dette colossale vis-à-vis de la Russie.
« Au fond il n’y a pas de relations particulières que la Russie hérite de l’URSS, il y a des points d’appuis. »
On constate en effet, que les régimes communistes dans le monde arabe ont souffert à la chute de l’URSS, bien que ces pays aient des accords avec la Russie. Lorsque l’URSS explose, c’est une mauvaise nouvelle pour le Moyen-Orient, car l’Union Soviétique qui s’écroule laisse pendant un certain temps, un espace vacant… Et Saddam Hussein l’a payé « cash ». Parallèlement, la Russie n’hérite pas que de relations diplomatiques, car les Etats unis et l’Europe avancent aux aussi dans ses pays.

Le second intervenant, Monsieur Clément THERME, est quant à lui chercheur associé du Centre d’Etudes Turques, Ottomanes, Balkaniques et Centrasiatiques CETOBAC et du Centre d’Analyse et d’Intervention Sociologiques CADIS de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales EHESS, il est docteur en Histoire internationale de l’IHEID (Institut des Hautes Etudes Internationales et du Développement et docteur en sociologie de l’EHESS), auteur de plusieurs ouvrages, tels que « Les relations entre Téhéran et Moscou depuis 1979 » (PUF, 2012) et co-directeur de l’ouvrage « Iran and the Challenges » of the Twenty-First Century (Mazda Publishers, 2013).
Ses principaux travaux tournent autour de la politique étrangère iranienne, la question de la démocratisation au Moyen-Orient, la fuite des cerveaux ou encore l’idéologie et les relations internationales.
Il a en outre, assumé des missions d’enseignement et de recherche à Science Po Paris, à l’Université de Bath, à l’IHEID, à l’Institut de Recherche Stratégique de l’Ecole Militaire (IRSEM), à l’Institut de Recherche Français de Recherche en Iran ainsi qu’à l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI).
Clément THERME est intervenu sur la question : « L’Iran et la Russie : de l’Entente à l’Alliance ? »

Monsieur Therme commença par revenir sur le contexte historique de ces deux nations en effet, initialement, la recherche de contrôle de l’Iran par les britanniques visait à protéger l’Inde, alors que la Russie désirait un point d’ancrage en Iran. Tout ceci nous amène à observer les relations qu’avaient ces différents Etats entre eux. Et ce, notamment après la chute du Chah, car on se demande alors comment vont évoluer les relations entre les deux Etats. Suite à la chute de l’empire soviétique, les relations diplomatiques et commerciales entre Moscou et Téhéran s’améliorent et l’Iran décide même d’entamer une coopération militaro-technique avec la nouvelle Russie. Au milieu des années 1990, la Russie avait déjà accepté de continuer à aider à développer le programme nucléaire iranien, et projetait de finir la construction du site du réacteur nucléaire de Bouchehr commencé par les Allemands et qui avait pris vingt ans de retard. En échange, l’Iran fortement engagé dans la défense des droits nationaux des peuples musulmans (Liban, Palestine) fut très silencieux en ne condamnant pas les première et seconde guerre de Tchétchénie. Il convient d’ajouter que l’Iran est la deuxième source mondiale de gaz, derrière la Russie. Ce qui n’est pas négligeable au regard des soucis énergétiques à venir…
Le débat s’est terminé avec la troisième et dernière intervenante Rukiye TINAS, spécialiste de la Turquie ainsi que la politique étrangère turque à Lyon, qui assure un poste d’ATER à l’Institut d’Etude Politique de Lyon sur la politique étrangère turque et les questions socio-économiques et socio-politiques dans le monde arabe et musulman.

De nombreuses questions ont ainsi pu être posées aux intervenants. Et ces derniers non ont pas manqué d’y répondre, la discussion se poursuivant autour d’un verre lors du buffet gentiment proposé par l’’équipe organisatrice Poli’Gones, à la fin de cette conférence, ô combien enrichissante.

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