Hasta que se seque el Malecón – Cuba

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Cuba

Quinze jours entre la Habana – Viñales – Cienfuegos – Santa Clara – Trinidad – Santiago de Cuba.

Le voyage peut-être de trop, celui que j’ai le moins apprécié, ma plus grosse déception en voyage.

Après avoir voyagé de long en large au Mexique et avoir découvert des paysages, des lieux incroyables, et expérimenté la chaleur, la gentillesse et la générosité des mexicains, Cuba m’a paru plus que fade, ennuyant, incroyablement cher, un piège à touristes énorme, et les cubains désagréables, prétentieux. Se faire harceler par des rabatteurs en permanence, des chauffeurs de taxi louant leurs services, des vendeurs au noir de cartes pour accéder à internet, et se faire draguer lourdement toutes les dix minutes (« piropear » est leur spécialité), ne pas pouvoir se balader cinq minutes seule dans les rues de La Havane sans se faire accoster ont eu raison de ma patience et de ma bonne humeur.

Découvrir Cuba a certes été une expérience amère mais intéressante. Cuba, un des seuls pays au monde à vivre sous embargo américain et à s’autoproclamer État socialiste et communiste, fascine dans notre imaginaire pour ses vieilles voitures, ses rues pavées donnant l’impression d’être restés bloqués dans le temps, ses quartiers colorés et ses plages d’eau turquoise.

Aujourd’hui, la soi-disant « normalisation des relations » n’a absolument pas changé la situation des cubains. L’embargo existe bel et bien toujours, les cubains continuant de souffrir de nombreuses privations (pas seulement politiques, mais matérielles, en termes de manque d’accès à beaucoup de produits, notamment de consommation). Les voitures proviennent de l’ex-URSS ou des EUA, les cars du Vietnam, les produits alimentaires d’Asie ou « hecho en Cuba »…

Pour ceux qui pensaient partir pour Cuba dès maintenant « avant que la situation ne change », il est déjà trop tard, l’île est déjà envahie de « gringos », d’européens, et de touristes en tout genre, arrivant par avion par groupe de 30 et parcourant l’île dans des bus « transtour » ou « viazul », réservés aux touristes.

Une rue à Cuba

Malgré tout cela, je ne peux qu’admirer les cubains, face à un embargo de plus de cinquante ans, qui ont su malgré les énormes difficultés et l’asphyxie économique avancer sur de nombreux terrains, même modestes, et restent un des seuls pays en Amérique latine à ne pas connaitre de graves problèmes de violence, contrairement à ses voisins centre-américains.

Une de nos hôtes dans les fameuses « casas particulares » (logement chez les locaux) nous a dit quelque chose de très vrai « no pueden entender a Cuba si no son Cubanos » (« vous ne pouvez pas comprendre Cuba si vous n’êtes pas cubains »). En Europe et par-delà, parler de Cuba se résume à vanter la révolution, la lutte face au fameux « envahisseur yankee », son système de santé, d’éducation et de redistribution. La réalité est toute autre et les cubains, même si fiers de leur pays, en sont conscients : la privation des libertés politiques et la pauvreté existent bel et bien. J’ai rencontré beaucoup de cubains me demandant de l’argent, des vêtements, du savon, un cadeau pour les enfants, des stylos, et qui à mots couverts critiquaient ce système qui les empêche de s’exprimer librement et qui laisse les cubains dans un état de pauvreté sans espoir de l’améliorer. Le salaire d’un médecin, au mieux, est de 25 dollars par mois.  À Cuba, une certaine quantité de nourriture et de denrées est attribuée (rationnée) à chaque cubain, notée sur le libreta de racionamiento, et distribuée dans des tiendas de l’État, repérables par la longue queue d’attente à l’entrée.

Et pour anticiper la question, la propagande socialiste est très présente : des routes sans cartels publicitaires sur lesquelles apparaissent des panneaux affichant en grand le portrait du Che ou de Fidel Castro, à la gloire de la révolution, aux musées jusqu’à son chez soi : à chaque fois que la télévision démarre, avant que le programme ne se lance, une phrase de José Marti, fondateur du Parti Révolutionnaire Cubain, apparaît.

Portrait du Che

À Cuba, il n’est pas rare de croiser le portrait du Che ou de Fidel Castro.

En bref, une expérience intéressante qui m’a permis de découvrir l’envers du décor, la complexité et la dureté de la vie des cubains, ainsi qu’une certaine conception de la politique : au final, l’impression que m’ont donné les cubains avec lesquels j’ai pu discuter est que la politique ne les intéressait pas, le plus important étant de faire face aux soucis du quotidien.

N.B.: « Hasta que se seque el Malecón » est une chanson cubaine très populaire (du reggaeton bien sûr) qui fait allusion au bord de mer entourant La Havane et au très long mur de pierre séparant la terre de la mer, et auprès duquel les cubains vivent, partagent, conversent, jouent de la musique.  

 

Stéphanie Vy

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