François Fillon : discrédité par le PenelopeGate ?

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François Fillon

Le 25 janvier 2017, Le Canard Enchaîné faisait des révélations fracassantes concernant Penelope Fillon, mettant ainsi en péril la campagne électorale de son mari et l’embarrassant, à trois mois des élections présidentielles.

Des déclarations controversées…

En effet, l’hebdomadaire satirique français aurait révélé que Penelope Fillon avait été embauchée entre 1998 et 2007 en tant qu’attachée parlementaire par son député de mari et avait eu une fonction auprès du suppléant de son époux, Marc Joulaud, touchant ainsi la somme de 500 000 euros bruts sans avoir fait acte de présence pendant ces huit années. Un procédé qui s’avère totalement légal puisque chaque parlementaire dispose d’une enveloppe lui permettant de rémunérer jusqu’à cinq collaborateurs. En revanche, il parait s’agir dans ce cas d’un emploi fictif tel que l’affirment de nombreux témoignages déclarant ne l’avoir jamais vue. À partir de 2002, Penelope Fillon devient collaboratrice du suppléant de son mari après son entrée au gouvernement. Ce fut la période où elle fut rémunérée le plus selon l’hebdomadaire (entre 6900 et 7900 euros mensuels). Cependant, une autre collaboratrice de Marc Joulaud témoigne : « Je n’ai jamais travaillé avec elle. Je ne la connaissais que comme femme de ministre ».

Néanmoins, cela ne s’arrête pas là puisque Le Canard Enchaîné a également révélé que la Galloise aurait été salariée entre mai 2012 et décembre 2013 à la Revue des Deux Mondes dont le propriétaire Marc Ladreit, qui était un ami de François Fillon, en avait fait sa conseillère littéraire. Elle aurait ainsi touché 100 000 euros bruts sans que le rédacteur en chef « ne l’ait jamais vu dans les bureaux de la revue », affirmant avoir néanmoins reçu deux « notes de lecture » de sa part. Quelques jours après l’affaire Penelope Fillon, c’est au tour du Journal du Dimanche et de Médiapart de dévoiler que François Fillon pourrait avoir touché entre 21 000 et 25 000 euros entre 2005 et 2007, venant d’un compte au Luxembourg d’une association de sénateurs UMP. Une autre affaire de détournement de fonds au Sénat risquant de mettre au plus mal sa campagne.

La justice n’a alors pas tardé à agir puisque le mercredi suivant le Parquet National Financier (PNF) a ouvert une enquête préliminaire pour « détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et recel de ces délits ». L’enquête confiée à la police centrale judiciaire permettra ainsi de savoir si l’épouse du candidat aurait fourni les prestations pour lesquelles elle a été payée.

Suite à ces déclarations, le candidat de la droite s’est alors dit « scandalisé par le mépris et la misogynie de cet article ». Il a également déclaré qu’il renoncerait à la présidentielle s’il était mis en examen.

Son meeting de lancement de campagne à La Villette

Ce meeting à La Villette était l’occasion pour Fillon de renverser la tendance et répondre aux accusations de ces derniers jours.

Malgré cela, c’est en candidat plus combatif que jamais que François Fillon a assuré son meeting le 29 janvier à Paris La Villette, et fut ovationné avec son épouse à son arrivée. Ses 15 000 partisans n’ont pas hésité à afficher leur soutien à Penelope Fillon.  Il est dans un premier temps revenu sur l’affaire qui fait scandale, accusant une fois encore un complot ayant pour but de lui nuire et affirmant n’avoir qu’un seul compte au Crédit Agricole de Sablé-sur-Sarthe. C’est en effet sur un registre émotionnel que le vainqueur des primaires de la droite a répondu aux attaques. C’est les larmes aux yeux qu’il a fait une déclaration d’amour à sa femme et a déclaré : « J’ai le cuir solide mais qu’on laisse ma femme en dehors », « on ne m’intimidera pas ».

Ensuite, il a une nouvelle fois défendu son programme comme si de rien n’était devant ses partisans. Alain Juppé est également venu le soutenir pendant le meeting. Puis, le candidat a annoncé son programme politique.

Penelope et François Fillon

Penelope et François Fillon à la Villette, le 29 janvier 2017. © Eric Feferberg / AFP

Plus de transparence

Alors que la polémique est à son paroxysme, des tweets de Rachida Dati datant de 2014 suscitent de vives interrogations. En effet, celle-ci accusait alors François Fillon de manquer de transparence, laissant ainsi supposer que l’homme politique de 62 ans avait déjà des choses à cacher à l’époque.

« L’habit ne fait pas le moine. Que @francoisfillon soit transparent sur ses frais, ses collaborateurs et Force Républicaine ! », écrit d’abord Rachida Dati.

Par ailleurs, Christophe Grébert, conseiller municipal d’opposition sans étiquette à Puteaux, a créé sur change.org une pétition s’adressant à Penelope Fillon par laquelle il lui demande « de rembourser ces 500 000 euros à l’Assemblée nationale et donc à nous, peuple français » puisqu’il s’agit de « la seule qu’on n’entend pas alors qu’elle est la première concernée ». Il a déjà réussi à récolter plus de 200 000 signatures.

Il envisage déjà de lancer une autre pétition sur le site internet afin de réclamer plus de transparence « pour que la confiance soit rétablie entre les élus et les citoyens ».

Bientôt la fin des primaires ?

Avec des divergences que l’on retrouve autant chez les socialistes que chez la droite depuis les révélations du Canard Enchaîné, pourrait-on se questionner sur l’utilité des primaires désormais ? En effet, les primaires de la droite avaient réuni la participation record de 3 000 000 d’électeurs le 27 novembre 2016. Mais l’affaire en cours ne permet plus au vainqueur de garder sa légitimité qu’il avait pourtant acquise au début de sa campagne et par sa victoire. C’est un échec pour celui qui se présentait pourtant comme un homme honnête.

De plus, il se trouve être indéniable que les primaires sont un instrument à double tranchant pour les candidats. En effet, celles-ci leur permettent de se procurer une légitimité mais elles peuvent également marquer la dissolution de leur parti politique. C’est le cas actuellement pour François Fillon avec son programme pour les présidentielles qui n’a pas su faire l’unanimité au sein de son parti, contesté à la fois par Alain Juppé dans l’entre-deux tours, mais aussi par les soutiens de Nicolas Sarkozy par la suite.

L’heure des excuses

Le lundi 6 février, lors d’une conférence de presse, le candidat de la droite s’est alors excusé pour avoir fait travailler sa famille bien que « tous les faits évoqués » étaient « légaux et transparents ». L’homme politique n’a pas hésité à jouer sur les mots en revenant sur l’interview que sa femme avait accordée à un journal britannique en 2007. Il a ainsi affirmé que son épouse n’a jamais été son « assistante » comme elle l’avait déclaré, mais toujours et avant tout sa « compagne ». Il admet qu’il s’agissait d’une erreur puisqu’aujourd’hui cela « suscite la défiance ». Devant les journalistes dans son QG de campagne à Paris, il a ainsi refusé toute idée de plan B, affirmant qu’il irait jusqu’au bout de sa campagne et que tout était encore possible malgré ce « lynchage médiatique » dont il parlait un peu plus tôt. Il a promis de publier tout le détail de son patrimoine sur Internet.

Néanmoins, il semble que cela ne va pas être chose simple, puisque Le Canard Enchaîné a fait de nouvelles déclarations selon lesquelles Penelope Fillon aurait reçu des indemnités de licenciement par l’Assemblée nationale s’élevant à 45 000 euros sans compter que ses enfants auraient également été embauchés comme assistants parlementaire entre 2005 et 2007 alors qu’ils étaient encore étudiants en droit.

 

Louiza Tanem

Crédit photo : Eric Feferberg / AFP

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