Fête des Lumières 2018 : lorsque la ville de Lyon s’illumine…

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« Il est grand temps de rallumer les étoiles… » Guillaume Apollinaire

Ouvrez grand vos yeux, munissez-vous d’un gros manteau et de gants fourrés, emportez de quoi acheter une délicieuse crêpe et un verre de vin chaud et profitez de ce week-end où Lyon revêt son habit de lumières. L’édition de la Fête des lumières 2018 commence ce jeudi 6 décembre, et c’est le moment de partager un moment clef de la vie des lyonnais, un événement culturel qui ravit les petits et les grands et qui fait briller les yeux des plus rêveurs.

Des millions de spectateurs venus du monde entier sont attendus ce week-end pour découvrir les rues lyonnaises illuminées et animées. Plongés dans un univers de lumière, les lyonnais redécouvrent des rues qu’ils traversent parfois quotidiennement et s’émerveillent devant les monuments historiques qui font le patrimoine de cette ville. Des pentes de la Croix-Rousse, à la Presqu’île et au Vieux Lyon, la ville semble briller de mille feux.

La magie de la Fête des lumières n’est possible que dans la mesure où des services de sécurité et de secours veillent au bon déroulement de cet événement et tentent de limiter les risques d’attentats. Policiers, militaires sentinelles, agents de sécurité privée mais aussi pompiers, bénévoles et personnel médical du SAMU et de la Croix Rouge sont déployés pour encadrer l’événement.

Pour un budget de 2,6 millions d’euros en 2016 et 2017, la mairie de Lyon entend faire de ce moment une fête culturelle majeure du jeudi au dimanche 9 décembre.

Une fête culturelle qui devient pourtant un « calvaire » pour certains lyonnais exaspérés :

Pour certains, c’est un moment inoubliable et que l’on attend avec impatience mais pour d’autres, c’est un réel « calvaire ». Une étudiante lyonnaise de 21 ans, Élise nous évoque ses réticences : « La première chose que j’ai à dire c’est : trop de monde. Traverser la presqu’île et prendre les transports en commun devient un calvaire. J’habite dans le 5ème arrondissement et j’étudie dans le 7ème arrondissement et mes trajets deviennent des expéditions cette semaine-là. Les touristes inondent le funiculaire que j’emprunte tous les jours. Lyon s’arrête de vivre pendant quatre jours et notre vie quotidienne est freinée. Tout ce monde me donne le tournis ! Cependant, il est vrai que les transports en commun TCL, qui sont tout le reste de l’année très peu efficaces et souvent perturbés, sont pour cet événement gratuits. Cette gratuité est une excellente chose selon moi, elle devrait être étendue à beaucoup d’autres événements et même appliquée à l’année pour inciter les citadins à abandonner leur voiture au profit de transports dont l’impact sur l’environnement serait moindre. La pollution lumineuse est aussi très problématique à Lyon et particulièrement lors de ces événements. On ne peut pas voir les étoiles à Lyon, ça me rend folle ! L’impact sur les oiseaux est aussi désastreux. Ce sont des animaux qui sont naturellement réglés sur un cycle jour/nuit et qui s’épuisent dans un environnement éclairé en permanence par des lumières. Les lampadaires devraient être éteints à partir d’une certaine heure, la lumière artificielle dans la nuit devrait être limitée pour des questions écologiques et de protection des animaux. »
D’autres étudiants approuvent les propos d’Élise et ajoutent : « C’est assez redondant, nous aimerions de la nouveauté ».

Un moment fort pour les chrétiens :

Julie, 20 ans, fait partie d’une famille lyonnaise chrétienne attachée à cette fête, un « moment de partage, de convivialité ». Elle nous confie être très enthousiaste à l’idée de vivre ce moment fort de la vie lyonnaise : « J’apprécie tout particulièrement ce rendez-vous annuel. Depuis toute petite, j’aime allumer les lumignons et voir la ville s’éclairer. C’est un souvenir d’enfance. Pour moi, il faut absolument dissocier la fête religieuse et les festivités culturelles. Cette fête religieuse est un rendez-vous populaire agréable entre chrétiens. C’est une manière plus ludique que la messe de célébrer sa foi. À l’occasion de la fête de l’Immaculée conception, le 8 décembre, les églises lyonnaises ouvrent leurs portes pour accueillir les pèlerins et même les touristes. Les illuminations sont liées au culte de la Vierge Marie, dont on a érigé une magnifique statue en bronze doré au sommet de la chapelle de Fourvière. Cette statue attire toujours mon regard, elle fait partie du patrimoine de Lyon et j’en suis fière ! La Fête des Lumières est aujourd’hui devenue une tradition lyonnaise, une fête des arts et c’est chaque année un véritable travail d’orfèvre. Ça a permis de fonder une véritable identité lyonnaise et Lyon rayonne à l’international. Cette particularité de Lyon me tient à cœur et cet accès à la culture pour tous me plait. C’est une richesse pour les lyonnais, une opportunité unique. C’est à tout le monde de créer l’ambiance, de participer pour rendre ce moment convivial. Pensez à vous émerveiller et gardez vos yeux d’enfants. On en ressort des étoiles pleins les yeux, c’est un moment poétique. Ça me fait penser au livre Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry. »
Lisa, jeune lilloise étudiant à Lyon depuis peu est impatiente de vivre ce moment avec sa famille, qui se déplace spécialement du Nord de la France.

Des processions qui posent parfois problème

Julie insiste sur la distinction entre la fête chrétienne et la fête culturelle, plutôt commerciale. Cette distinction crée d’ailleurs des antagonismes. Chaque année, les identitaires de Lyon, mouvement proche de l’extrême droite, organise une montée aux flambeaux le 8 décembre pour dénoncer « le sens commercial » de la Fête des Lumières. Lors de ces marches se mêlent différents membres de groupes extrémistes dont les responsables sont connus des services de police pour leurs actions régulièrement violentes. En 2017, cette procession fut interdite par la préfecture compte tenu des risques de débordements.
En revanche, la procession organisée légalement par le diocèse de Lyon rassemble chaque année nombre de chrétiens dans une ambiance festive.

La Fête des lumières jusqu’en Amérique Latine : « Fiesta de la Luz » à Quito

Depuis 2016, le rayonnement lyonnais s’étend jusqu’en Équateur. Le centre historique de Quito est depuis illuminé chaque année à l’occasion de la « Fiesta de la Luz ». En 2016, à l’occasion de l’Habitat III, la Conférence des Nations unies sur le logement et le développement durable, la mairie de Quito s’est associée à la direction culturelle de la ville de Lyon. Ce gigantesque évènement a rassemblé plus de 1,5 million de personnes pour la plupart d’origine équatorienne. Lors de cette fête, la Iglesia de la Compañia se drape de lumière ainsi que d’autres monuments historiques. À l’époque Président, Rafael Correa a remercié la France et particulièrement Gérard Collomb et s’est exprimé sur l’importance de mettre en exergue la beauté de la capitale équatorienne reconnue au Patrimoine mondial de l’Humanité. Artistes français et équatoriens s’associent dans ce projet pour célébrer les lieux emblématiques de la ville : la célèbre Iglesia de La Compañia, la Plaza de La Merced, la Plaza Santo Domingo, la Plaza Hermano Miguel, la Plaza del Teatro, le Centre culturel Metropolitano et le Museo de la Ciudad. Grâce à l’embellissement lumineux de ses principaux points architecturaux, le centre historique de Quito n’a jamais aussi bien porté son surnom de « Luz de América » et a pu montrer une image de capitale vive et dynamique. Cet événement a aussi été une occasion exceptionnelle de célébrer l’amitié et la coopération croissante entre la France et l’Équateur.
Ainsi, si comme Élise, Lyon n’est plus supportable pour vous lors la Fête des Lumières ou si, au contraire, vous vous émerveillez chaque année devant les illuminations comme Julie et Lisa, vous devriez d’ores et déjà prendre votre billet d’avion pour la « Fiesta de la Luz » 2019 à Quito !

Clémence Blanc

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