« Il faut aussi rêver quand on fait de la politique »

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Le JMP entre en campagne ! Durant ce semestre, et ce jusqu’aux élections législatives, la rédaction vous propose des interviews et analyses pour tenter de mieux comprendre les enjeux des prochaines échéances électorales. Après Geneviève de Fontenay la semaine dernière, c’est au tour d’Elliott Aubin, adjoint au maire du 1er arrondissement de Lyon et membre de la France Insoumise, de répondre à nos questions.

 

On se penche donc aujourd’hui sur la campagne de Jean-Luc Mélenchon (JLM). Au niveau de la forme de la campagne, est-ce que vous pouvez penser que ça se passe bien ?

Concernant la campagne de la France Insoumise (FI), JLM a lancé ce mouvement il y a maintenant plus d’un an. La nouveauté ici, c’est que ce n’est pas un parti politique, mais bien un mouvement où chacun peut participer à sa hauteur, ses compétences, ses savoir-faire, ses envies sans avoir besoin d’adhérer à une forme partisane. On en est à 240 000 soutiens, soit 240 000 personnes qui ont dit « je soutiens JLM et je suis prêt à participer à la campagne ». C’est donc une grosse force politique désormais dans le pays. La campagne se passe bien, on est sur une belle dynamique. On a récemment organisé à Lyon un meeting avec JLM, présent en même temps en hologramme À Paris. 12 000 personnes à Lyon, 6 000 à Paris. Dans chaque meeting, il y a une vraie présence de terrain.

 

Pour rebondir là-dessus, on a vu que JLM s’investit beaucoup dans le numérique au niveau de sa communication : l’hologramme en est un très bon exemple, tout comme sa chaîne Youtube. Est-ce qu’il tente d’innover dans cette campagne ?

Alors il y a beaucoup de choses qui sont inspirées de la campagne de Bernie Sanders, surtout l’aspect de la communication. C’est vrai qu’il y a l’idée d’utiliser des outils numériques et communicationnels, qui sont finalement des outils populaires, faciles d’accès et gratuits. Aujourd’hui, le nerf de la guerre c’est aussi l’argent. On essaye de trouver des façons de faire campagne qui soient à la fois peu coûteuses et efficaces. Forcément dans cette logique, les réseaux sociaux sont des outils qu’on a réussi à bien mettre en place et auquel JLM a su aussi s’adapter. Ça permet de rythmer la campagne différemment.

 

Au final, n’avez-vous pas peur que cette mobilisation axée aussi sur internet ne soit que virtuelle ? Qu’au moment des élections, elle ne puisse pas réellement se mobiliser et que sur le terrain on ne la voit pas vraiment ?

Alors je crois justement que la façon de militer se décline sur 2 points : d’un coté, évidemment on ne peut pas se passer des réseaux sociaux, qui sont un nouveau continent sur lequel il faut savoir convaincre ; de l’autre côté, la meilleure façon de convaincre quelqu’un est aussi d’être face à lui et de lui parler. C’est aussi pour ça que FI est efficace et dynamique en ce moment : une fois qu’on appuie la candidature de JLM, on peut se retrouver dans un groupe d’appui, c’est-à-dire 10-12 personnes qui se réunissent par quartier, par arrondissement pour travailler sur le programme et pour travailler sur des actions concrètes de terrain, de militantisme basique (collage, tractage, etc) mais qui restent efficaces. Après, il y a de nouvelles formes de militantisme, à chacun d’imaginer des choses. C’est cette déclinaison du numérique sur le physique, et du physique sur le numérique qui permet à mon sens la meilleure efficacité en termes de militantisme.

 

La mise en place du programme est-elle aussi liée à cette nouvelle forme de militantisme que vous promouvez ?

Là où encore une fois nous sommes novateurs, c’est sur la forme. Jusqu’à présent, on avait l’habitude qu’un candidat vienne et dise « voilà mes propositions pour le pays, pour sauver l’Europe, etc ». Ce n’est pas vraiment dans ce sens qu’on a démarré les choses de notre côté. On est parti de la base en construisant un programme ensemble. Il y a eu tout un processus avec différentes étapes. Chacun pouvait dans une première phase envoyer des contributions sur le site, puis il y a eu une synthèse de ces propositions par thème qui a été faite. Ensuite il y a eu une convention pour valider les propositions. C’est vraiment un programme écrit par des dizaines de milliers de personnes, et dont aujourd’hui JLM est le porte-parole. Vous pouvez d’ailleurs trouver maintenant le programme en librairie de « l’Avenir en commun » qui prône l’émancipation humaine à travers la 6ème République, la planification écologique et le progrès social.

 

Justement, en parlant du candidat JLM. Beaucoup de gens le perçoivent comme utopiste et agressif. Ne pensez-vous pas que cela puisse être préjudiciable pour le résultat final ?

C’est vous qui dites que les deux choses qu’on retient de JLM sont « utopie » et « agressivité ». C’est vrai qu’on peut être amené parfois à avoir ce genre de remarques. Mais c’est aussi vrai que sur la question du comportement, de l’attitude, les choses ont beaucoup changé. L’image qu’on a de JLM a évolué entre 2012 et aujourd’hui. En 2012, on avait une stratégie vis-à-vis du Front National qui était frontale, « front contre front ». Désormais, on l’a bien vu ce week-end, JLM a fait parler de lui grâce à l’hologramme sans être dans la confrontation avec Marine Le Pen. Les choses évoluent donc sur ce point-là. Sur la question de l’utopie, c’est souvent l’argument de nos opposants politiques. Je crois que l’utopie c’est aussi tous ceux qui pensent encore aujourd’hui que le mythe de l’ultralibéralisme puisse persister puisqu’on voit bien que tout ce qui a été fait jusqu’à présent ne fonctionne pas. Pourtant, certains se résignent à continuer. L’utopie ou le fantasme est plutôt du côté des libéraux. Évidemment qu’il faut aussi rêver quand on fait de la politique, avoir de l’espoir sur certaines choses et vouloir inventer un nouveau monde. C’est ce qu’on propose avec la France insoumise.

 

Plus personnellement, vous êtes étudiant entre Lyon 2 et Lyon 3. Quel est donc votre parcours, qu’est-ce qui vous a poussé à vous engager ?

J’ai 23 ans, effectivement je suis encore étudiant. J’ai fait des études de lettres, de philo et sur l’histoire des religions. Mon engagement date du collège, j’avais déjà une conscience politique qui commençait à se forger. Le mandat de Nicolas Sarkozy m’a poussé à m’engager en politique. Là où je suis allé jusqu’à prendre ma carte dans un parti politique, c’était en 2010. J’étais lycéen, c’était pendant la réforme des retraites et il y avait eu une grosse mobilisation. Ce dernier n’avait même pas un an à l’époque, tout était à construire. Enfin en 2014, je me suis proposé candidat aux municipales dans le 1er arrondissement avec Nathalie Perrin-Gisbert et notre liste l’a emporté face au PS et aux Verts.

 

D’ailleurs j’ai vu que vous aviez créé votre association Le Poing Commun, est-ce que vous pouvez nous en parler et nous en expliquer les objectifs ?

Alors le Poing Commun, c’est une association engagée sur la question de la sémantique républicaine. On entend beaucoup parler de République, de laïcité, de souveraineté, de liberté d’expression. À partir de là nous est venue l’idée de créer un espace dans lequel on puisse échanger sur ces questions. Nous ne voulions pas que ce soit un espace politique, pour qu’il soit coupé du rythme des élections. Notre volonté était d’être sur un rythme plus long, avec un temps d’analyse, de réflexion, ce qui nécessite un temps plus long. C’est comme ça qu’on a créé le Poing Commun, pour s’interroger sur les fondamentaux républicains, son essence et son devenir. Le but est de produire des publications, des actions et de la veille.

 

N’avez-vous pas peur que cette idée du « poing » ne renvoie cette image d’agressivité, en plus du fait que vous soyez personnellement assimilé au Parti de gauche ? Pourquoi choisir le terme « poing » si le but est une démarche de réflexion posée ?

Le nom a été l’objet de longues réflexions. « Le Poing » est pour montrer que c’est une démarche militante, pour rappeler que des termes tels que « République » ou « Laïcité » sont souvent édulcorés et galvaudés aujourd’hui. Notre objectif est de redonner à la République son essence révolutionnaire. Chacun peut avoir une interprétation différente bien sûr. Mais le « poing » vaut pour la démarche, et « commun » pour montrer que la République appartient à tous ses citoyens. Je suis du Parti de gauche, mais au sein de l’association il y a des gens qui viennent de partis complètement différents.

 

Propos recueillis par Selim Ben Halima, Président du Jean Moulin Post.

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