Des études de musique à la vie d’artiste : à la rencontre d’étudiants hors-norme…

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Respectivement violoncelliste et pianiste, Pauline et Étienne (19 ans) nous racontent leur vie d’étudiants quelque peu originale.

Mozart, Bach, Beethoven, ou encore Chopin, nous connaissons tous les noms de ces compositeurs mais la plupart d’entre nous serait incapable de reconnaître leur musique, et bien plus encore de la jouer. Certains ont pourtant décidé de dédier leur vie à la musique et entre autres à celle de ces célèbres compositeurs. Qui sont ces jeunes musiciens passionnés et hors-norme ? Intriguée, j’ai cherché à comprendre quel était leur quotidien et j’ai très vite compris qu’ils vivaient dans un autre monde : un univers de mélomanes, de répétitions, de concerts, de moments de liesse, mais aussi de compétition acharnée et de doutes.

Après avoir rencontré Pauline Vidal, violoncelliste au Conservatoire à rayonnement régional de Lyon et Étienne Goulot-Martin, pianiste dans cette même école de formation artistique et étudiant en licence de musicologie à l’Université Lumière Lyon 2, j’ai rapidement remplacé l’expression « études de musique » par le mot « passion ». Ces deux musiciens talentueux se sont lancés dans des études peu classiques, méconnues et très prenantes. Ces études sont l’objet de nombreux préjugés et les musiciens sont souvent perçus comme des êtres frivoles et insouciants, des artistes un peu allumés dont le quotidien n’est pas sérieux. Il est vrai que la ponctualité n’est pas le point fort de ces personnes dont la vie est plutôt nocturne (je l’ai d’ailleurs compris à mes dépens), cependant ce sont avant tout des travailleurs acharnés, rigoureux et assidus s’entraînant durant des heures tous les jours.

La musique ? Une « évidence »

Tous deux baignés dans la musique depuis leur tendre enfance, Pauline et Étienne parlent de la musique et leur instrument avec passion. Non sans émotion, Pauline parle d’une « évidence » quant à son choix de devenir musicienne. Elle estime son enfance différente de celle des autres : fille d’ingénieurs, elle a suivi le même chemin que ses frères, violoncelliste et violoniste. Sa mère, grande amatrice de musique l’a initiée dès le plus jeune âge à l’art. Celle-ci fut pourtant surprise de l’entêtement avec lequel sa fille de seulement 3 ans lui demandait de suivre les mêmes cours de musique que ses frères. « J’ai très vite su ce que je voulais faire et j’ai très vite imposé mon avis » déclare Pauline. Il semblerait donc que les musiciens aient un fort caractère et fassent preuve de ténacité et de persévérance. Le parcours d’Étienne est quelque peu différent dans la mesure où il a suivi un cursus dit traditionnel jusqu’à la Terminale. Initié quant à lui par son papa, il commence le piano à l’âge de 8 ans pour ne plus le quitter par la suite. Il évoque la musique comme ayant toujours fait partie de sa vie : à Noël et à ses anniversaires le jeune garçon, déjà passionné, recevait des CD d’opéra et de musique lyrique ; depuis tout petit il passait ses soirées avec de la musique de tous les styles dans les oreilles, s’endormant bien souvent à l’écoute d’une douce mélodie. La musique serait donc une affaire de famille, l’héritage d’une passion qui s’est transformée en choix de vie pour ces deux artistes. Ils ont en effet choisi une vie rythmée par le travail de leur instrument, chaque moment de temps libre étant dédié au solfège, à la pratique du piano et du violoncelle mais aussi d’autres instruments. En effet, un artiste est aussi un être polyvalent, doté d’une très grande capacité d’adaptation et d’un esprit ouvert, curieux et créatif.

Jouer de la musique c’est aussi donner aux autres

Grâce à leur passion Étienne et Pauline ont vécu des événements inoubliables. Ils me font part de certains moments qui les ont particulièrement touchés et qui font d’eux les musiciens qu’ils sont aujourd’hui. « Vous ne pouvez pas imaginer tous les moments forts que ça peut dégager, toutes les émotions. C’est à la fois quelque chose que l’on fait pour nous et pour donner aux autres. C’est vraiment un partage. » nous confie Étienne. Le jeune pianiste évoque ensuite certains concerts à l’atmosphère grave, solennelle où il a senti le regard de l’audience sur lui. Après avoir joué avec ses tripes sur scène, il ne peut qu’être ému lorsque les spectateurs le remercient pour ce moment d’émotion. « Il n’y a rien de plus fort » déclare-t-il. « Lorsque je joue dans des maisons de retraite, je sens qu’à ma manière je peux changer le quotidien des petits vieux, et leur sourire ne fait que confirmer ma passion pour ce que je fais ». Faire découvrir la diversité de la musique à des enfants malades dans des hôpitaux a également constitué l’un de ces « moments forts » de partage dont parlait Étienne.

En les rencontrant, j’ai senti qu’ils étaient dévoués corps et âme à leur instrument et que la musique représentait bien plus que des études et bien plus qu’un futur métier pour eux. « Jamais je ne dirai que je n’ai pas envie de faire de la musique, c’est quelque chose que j’ai choisi et que j’aime faire » nous dévoile Pauline, ajoutant : « Les plus belles choses que j’ai vu dans ma vie, je les ai vu grâce à la musique. Jouer c’est aussi apporter un sentiment fort de joie, de compassion et d’amour aux personnes qui écoutent. Je trouve ça tellement beau, je sens que mon travail en vaut la peine ». Entre l’artiste et le public, un réel échange se fait. Le pouvoir émotionnel et cathartique de la musique a des effets sur le public mais aussi sur le musicien comme en témoignent Pauline et Étienne.

« Mon violoncelle, c’est mon bébé ! »

Leur instrument s’avère être bien plus qu’un simple outil de travail. « Si je ne joue pas pendant longtemps, c’est comme un manque. Je m’exprime à travers mon piano. Il me permet de me libérer et de dire tout ce que j’ai à dire. On utilise notre instrument pour parler. Ce n’est pas un objet mort. Quand on émet un son au violoncelle ou au piano, la corde vibre et c’est tout le corps du musicien qui réagit. Le lien entre le corps de l’instrumentiste et son instrument est immense. Le musicien utilise tout son corps » nous explique Étienne. Pauline rebondit en s’exclamant : « Moi, mon violoncelle c’est mon bébé ! Je ne sais pas comment décrire ça. Mon violoncelle c’est ma vie, sans lui je ne serais plus moi-même. S’il venait à se casser, ça serait le pire jour de ma vie ! Quand je joue, je suis au contact de mon instrument, je lui fais un câlin en permanence. Il fait partie de moi. Quand mon violoncelle résonne, je le sens dans mes entrailles ». Elle ajoute ensuite : « Lorsque je joue il m’est impossible cacher mes émotions. Il n’y a pas de masque. Pour bien jouer, il faut y mettre ses tripes et son âme. Il m’est arrivé de pleurer en jouant. Je pense que la musique peut toucher n’importe qui » ajoute Pauline. L’émotion apportée par l’écoute d’un morceau de musique est universelle selon la violoncelliste.

« Le stress, c’est quelque chose qui nous hante, nous les musiciens »

Pour arriver à se laisser emporter par la musique, il faut être à l’aise sur scène. Pauline évoque à ce sujet certaines difficultés auxquelles elle fait parfois face : « Le stress, c’est quelque chose qui nous hante, nous les musiciens ». Monter sur scène pour jouer à la perfection devant une audience parfois composée de plusieurs centaines de personnes peut être intimidant. Chaque détail compte, que le musicien soit en solo ou parmi un grand orchestre, tout doit être juste. L’artiste doit donner l’impression au public qu’il joue avec grande facilité, comme si cela faisait partie de sa nature. Arriver à ce niveau de virtuosité demande des heures et des heures d’entraînement. Pauline parle à ce propos d’une certaine déception qu’elle a ressenti en commençant ses études au Conservatoire : aucun cours d’aide à la gestion du stress et du trac n’était proposé alors qu’il s’agit d’une des plus grandes difficultés à surmonter pour un artiste.

Les études de musique, un cursus original qu’il faut assumer pleinement

Lorsqu’on leur demande s’ils ont eu des appréhensions en choisissant ces études que l’on dit très difficiles et sans débouchés, leurs réponses diffèrent. Arriver à vivre de la musique reste difficile et ils semblent tous deux prêts à beaucoup de sacrifices. Étienne, ayant fait un Baccalauréat Scientifique, a choisi de suivre un cursus en musicologie avec des horaires aménagés pour le Conservatoire. Il assume aujourd’hui son quotidien rythmé par la musique même s’il a été difficile de prendre ce risque au départ. « J’aurais regretté toute ma vie de ne pas avoir essayé » dit-il. Il explique que pour être musicien, il faut être ambitieux et rêveur, avoir une ligne d’horizon, un objectif à atteindre. Pauline n’a quant à elle jamais douté face à ce choix, la vie d’artiste ne semble pas faire peur à cette jeune fille qui n’a pas froid aux yeux. « Je serais capable de partir au bout du monde pour la musique s’il le faut » nous avoue-t-elle. Les deux étudiants ont conscience du fait que leur travail ne sera pas forcément récompensé par un salaire élevé. Le professeur de musique de Pauline l’avait à ce propos prévenue avec humour : « Je gagne la moitié du salaire d’une femme de ménage. C’est pour ça que chez moi, c’est moi qui fait le ménage ». Leur ténacité et leur envie d’avancer dans cette voie les amènent à passer au-dessus de ce genre de considérations.

De la musique classique, mais aussi du Jazz…

Faisant partie de l’orchestre de Lyon 3, de l’association des Trublyon, Étienne évoque ensuite tous les souvenirs qu’il a partagé avec d’autres étudiants musiciens amateurs de Lyon 3. Après un voyage à New York City et à la Nouvelle Orléans l’année dernière, ce grand groupe de jazz tient cette année plusieurs représentations. Il prend énormément de plaisir à jouer avec d’autres avec une certaine liberté et ajoute que le groupe accueille volontiers de nouveaux étudiants motivés et passionnés. Le jazz constitue pour Etienne une façon festive et conviviale de jouer de la musique et il prend d’ailleurs plaisir à en entendre dans des bars lyonnais comme La clef de Voûte ou Bemole 5 où l’ambiance est assurée par de la bonne musique. Le jeune musicien aime s’imprégner de différents styles de musique et diversifier ses écoutes au maximum pour avoir une grande culture musicale et pouvoir mélanger les styles.

Pauline et Étienne s’avèrent donc être des étudiants spéciaux dans la mesure où leur vie est teintée par l’omniprésence de leur passion pour la musique. Des jeunes pas tout à fait comme les autres qui rêvent de pouvoir un jour vivre en faisant ce qu’ils aiment le plus : jouer de la musique.

Clémence Blanc

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