Elections législatives en Hongrie : la fracture se creuse encore en Europe

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Si dans les années 2000 la France et l’Europe dans sa globalité ne portaient que peu d’intérêt aux élections législatives hongroises car la Hongrie est un pays de modeste envergure (10 millions d’habitants, ne joue pas un grand rôle sur la scène internationale), il n’en demeure pas moins qu’elle fait partie de l’Union européenne depuis le 1er mai 2004. Les élections législatives hongroises pouvaient donc marquer un tournant au sein de l’Union.

La victoire de la campagne eurosceptique du Premier ministre Viktor Orban

Depuis l’échec du traité de Lisbonne mais, plus récemment, depuis le bras de fer engagé entre les pays de l’est (Pologne, Slovaquie, Hongrie, République-Tchèque) et Bruxelles suite à la crise migratoire et la politique des quotas, les élections hongroises devaient signifier soit un tournant en faveur de l’Union, soit un soutien à la politique menée par le Premier ministre hongrois depuis 2010, Viktor Orban. C’est donc dans un contexte assez tendu que les élections se tenaient, et bien malin celui qui pouvait prédire le résultat.

Le facteur clé était celui de l’abstention, qui avait profité au Fidesz (parti du Premier ministre en place) lors des élections de 2014 car la participation s’était élevée à environ 62%. Lors de ces élections, les partis pro-européens comptaient alors sur une participation plus conséquente et ils ne seront pas déçus puisque celle-ci va passer à 69,41%. Pourtant, c’est bien le Fidesz qui remporte plus de 48,5% des voix, ce qui lui laisse une majorité au 2/3 à l’Assemblée, crucial pour faire passer des réformes constitutionnelles comme ce fût le cas lors du dernier mandat de Viktor Orban. Fait encore plus révélateur, le premier parti d’opposition est un parti d’extrême droite, le Jobbik, qui obtient 19,61% des voix.

Une double défaite pour l’Union européenne, synonyme de fracture aggravée entre l’Europe de l’est et Bruxelles

Les élections législatives hongroises ont donc constitué un nouveau coup de semonce à l’Union Européenne pour au moins deux raisons. La première, et la plus logique, c’est que le peuple hongrois a réitéré sa confiance dans la politique du Premier ministre Viktor Orban qui se classe dans la catégorie des politiques eurosceptiques, comme l’ont illustré le refus net d’accueillir des réfugiés suite au vote des quotas et l’édiction d’une barrière tout au long de la frontière Hongrie/Serbie. D’ailleurs, le Fidesz avait principalement axé sa campagne sur la crise migratoire et le refus d’obéir à la « dictature de Bruxelles ».

La seconde raison, et peut-être la plus grave pour l’Union, est celle qui consistait à affirmer que si Orban avait été élu en 2014, c’était en grande partie dû au très fort taux d’abstention. Or, lors de ces élections, la Hongrie a battu son record de participation à une élection législative, le plébiscité ne peut donc plus être mis en doute. De plus, l’opposition pro-européenne n’a gagné en grande partie qu’à Budapest, capitale et ville la plus grande de Hongrie. Ce deuxième point permet de mettre en exergue une autre fracture, qui n’est pas nouvelle, celle entre les villes profitant pleinement de la mondialisation et les territoires oubliés par cette mondialisation et cette « européanisation ».

Ainsi, le divorce semble véritablement consommé entre la Hongrie et Bruxelles, événement qui n’était pas tout à fait inattendu mais dont l’ampleur frappe de plein fouet une Union qui semblait déjà bien frêle. En effet, lors des dernières élections en Europe, seule la France semble avoir voté pour une Assemblée et un Président pro-européen. En Allemagne, en Italie, au Pays-Bas ou encore en Italie, la méfiance face à l’Union ne cesse de croître et devient même un des leviers fondamentaux pour gagner une élection. Reste désormais à savoir comment les rapports vont évoluer entre Bruxelles et Budapest.

Baptiste Ollagnon

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