Elargir le monde des possibles.

0

Passionnante d’éloquence. Tel est le résumé qui pourrait être fait de la performance du jeune ministre de l’économie au sein de la Bourse du Travail, mardi 13 octobre. D’éloquence car, n’en déplaise aux organisateurs, il s’agissait bien d’un discours politique qu’est venu tenir Emmanuel Macron non loin des berges du Rhône. Et quel symbole que de participer à une conférence nommée « Nouvelles opportunités économiques » à Lyon, représentation idéale d’un centre urbain mouvant, où les entreprises et start-up florissent. Avec près de 1 500 entreprises régionales (100 salariés et plus) qui y sont implantées, dont 222 grandes entreprises (plus de 500 salariés), la capitale subjective de la gastronomie française était le lieu idéal pour clarifier sa vision des choses. Une vision attendue de la part de l’homme d’Etat le plus controversé, sans doute, du gouvernement actuel.

4631533

Trois piliers ont fondé l’exposé de l’invité de marque du jour : « élargissement du monde des possibles », « grande transformation » et « nouvelles sécurités ». Trois piliers qui fondent sa pensée : l’innovation. Selon ses dires, seule cette dernière peut permettre à la France de dynamiser à nouveau son économie et rejoindre le rang des nations connaissant une réelle sortie de crise. De fait, l’on observe une accélération de la métropolisation, l’apparition de zones délaissées. Des pans entiers de l’économie sont fragilisés et l’on voit apparaître le risque de désoeuvrement de certains secteurs de qualification qui sont les nôtres. De nombreux domaines qui fondaient l’économie française périclitent, concurrencés par des Etats où la législation est plus souple, à l’image de l’industrie du textile. Cela conduit logiquement à une expression de peur au sein de notre société, qui se nourrit d’une défiance envers nos institutions par exemple. C’est la raison pour laquelle toutes les idées sont bonnes à prendre, tant que celle-ci s’expriment au sein d’un débat clair et non-violent, en référence à l’accueil réservé par la CGT à l’entrée de la Bourse, ou encore au lancer d’un projectile sur la scène à l’entame du discours.

Le ministre de l’économie le clame : ceux en marge du système sont une chance, les réactions violentes doivent être comprises. Un défi collectif s’offre à la nation française aujourd’hui, à l’ensemble des chercheurs, du gouvernement, de ses partenaires : définir le consensus de 2015. La refondation doit s’appuyer sur le triptyque de « l’innovation, de l’agilité mais aussi de nouvelles sécurités ». La France compte énormément d’atouts sur lesquels elle peut s’appuyer, que ce soit un marché où les qualifications et compétences sont présentes, mais aussi l’existence de vraies dynamiques entrepreneuriales. La France est le premier pays européen en terme d’investissements, près de 159 par an représentant près d’un milliard d’euros.

0002

Le problème n’est pas l’initiative mais la manière dont elle est réalisée : les entreprises traditionnelles sont en retard sur les ménages, seules 74% disposent d’internet contre une moyenne de 76% au sein de l’OCDE. Pour transformer et exploiter ce potentiel, et ainsi réaliser une réelle révolution numérique, il faut investir mieux et plus. Le tournant de la robotique n’a pas réellement eu lieu en France, qui compte deux fois moins de robots qu’en Italie, et cinq fois moins qu’en Allemagne. L’une des causes principales : la peur de voir ces instruments remplacer le tissu humain, alors que celui-ci peut l’accompagner, transformer la manière de percevoir le travail.

Le projet voulu par M. Macron suppose un investissement en capital, davantage de formation, d’accompagnement. Pour accélérer la diffusion de cette innovation, la donnée (Facebook, Uber, etc) est par exemple l’une de ces nouvelles forces. Le coût de production est faible et les externalités positives générées par la suite sont nombreuses. Pour diffuser plus largement cette innovation, il faut avoir un financement adapté. Selon lui, il faut se battre sur le terrain des régulations tout en apportant de nouvelles sécurités, garantes de la solidité du système qui reste à bâtir. Baisser les coûts et les charges pour les employeurs semble pour lui fondamental même si cela n’est pas suffisant. L’emploi indépendant remonte, mais loin du niveau des années 1970, l’heure est à la mobilité, le changement de secteur ne devrait pas être un problème pour tout travailleur. Mais il faut donner la capacité à l’individu de pouvoir traverser tous ces nouveaux changements.

data_0

Le ministre conclut sur une envolée lyrique qui rappelle à la salle les ambitions claires de celui qui a pris place sur l’estrade, il y a de cela une heure : « un nouveau souffle survole la France, plutôt que d’établir des murs pour le stopper, construisons des moulins pour le recueillir ».

Selim Ben Halima

No comments

Cet article pourrait vous intéresser