Dynamiser la majorité silencieuse

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Débats organisés par l’association Esprits Critiques.

Se rendre à un débat, ou en regarder un à la télévision, c’est une démarche positive. Le format du débat plus que celui de la conférence permet une vraie ouverture et une découverte de la diversité des points de vue sur un même sujet. Bien souvent l’on se prend à trouver l’un des intervenants particulièrement intéressant voire même passionnant, parce qu’il développe des idées originales, auxquelles le commun des mortels n’aurait pas du tout pensé.

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Mais la plupart du temps cette démarche bien que positive reste malheureusement passive. En effet, assister à un débat ne permet pas de se forger une opinion propre, mais de plutôt se ranger du côté de l’un ou l’autre des intervenants. Même dans les débats où les spectateurs sont eux même les intervenants, il arrive trop souvent que quelques orateurs monopolisent la parole, laissant une partie de l’audience dans le silence. Certains le regrettent, d’autres s’en satisfont, et préfèrent qu’il en soit ainsi, préférant ne pas donner leur avis en public, ne pas s’exposer au regard d’autrui.

A ce dysfonctionnement, les animateurs de l’association Esprits Critiques ont trouvé une solution : au lieu de laisser le public, participant ou non, s’assoir confortablement et rester dans une position passive, la salle où se déroule le débat est dépourvue de sièges. La grande intelligence des organisateurs est d’avoir compris que la prise de position ne doit pas être seulement intellectuelle, mais aussi spatiale. En effet, les participants restent debout, et se déplacent dans la salle pour indiquer leur opinion. À chaque question posée, chacun doit aller à droite ou gauche, en fonction de son approbation ou non. Et les indécis, qui ont parfaitement le droit de l’être, restent au milieu. Mais quelle que soit la décision prise, chacun est invité à l’exprimer, et à l’expliquer.  Ce système est appelé par les organisateurs, « la rivière du doute ». La question posée constitue le lit de la rivière, et les participants sûrs de leur choix sont invités à se positionner sur la rive droite ou gauche. Les autres restent dans le doute.

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Pour aller plus loin, on pourrait dire que cette manière de procéder renverse complètement les rôles. Alors que les débats classiques avaient tendance à exposer les téméraires qui assumaient une position, cette nouvelle méthode met l’accent sur les « sans-opinions », les laissant seuls au milieu de la pièce, forcés de (se) poser des questions ou d’expliquer leur indécision.

Inconsciemment ou pas, Esprits critiques met le doigt sur une problématique hautement actuelle, celle de la force des indécis. On s’en aperçoit régulièrement à la veille d’élections notamment. Pour la présidentielle par exemple : les grands révoltés, les grandes gueules, sont toujours ceux qui se rangent tout de suite d’un côté ou de l’autre de l’échiquier politique. Et si l’on entend souvent parler d’eux, ils ne sont pas pour autant la majorité, loin de là. Et ils ne sont pas non plus ceux qui ont le plus de poids dans les suffrages. En revanche, les plus nombreux, et de ce fait les plus puissants, sont précisément ceux à qui l’on n’a jamais demandé leur avis. Ceux qui n’ont jamais eu à s’exprimer, ou à expliciter leur position devant un public. Et la raison est simple : si on leur avait demandé, il ne serait plus indécis. Donner son avis, c’est être contraint de se formuler d’abord à soi-même son opinion, ce que la majorité ne fait pas. Mettre des mots sur des idées est une étape indispensable dans la formation d’un esprit critique. Demandez à quelqu’un de timide son avis sur un sujet, il vous répondra d’abord qu’il ne sait pas. Dites-lui ensuite qu’il ne va plus pouvoir simplement se taire lorsqu’une question lui sera posée en public, il aura surement beaucoup plus de choses à vous dire.

Esprits critiques a donc compris que pour pousser les gens à se former une opinion propre, il ne suffisait pas de les assoir devant une estrade et d’y faire défiler de grands intellectuels. Au contraire, il faut utiliser l’espace pour favoriser la parole, utiliser le verbe pour cristalliser la pensée.

Victor Zacharewicz

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