Cyanure, Zyclon B, venin et autres joyeuseries

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Un samedi de novembre, Musée des Confluences.
Journée grise et pluvieuse, beaucoup de monde afflue à l’intérieur du musée, entre autres pour voir l’exposition Venenum qui s’y tient depuis avril dernier. Une des salles du premier étage nous invite à entrer dans un couloir sombre, caractéristique des expositions du bâtiment. On peut entendre des paroles murmurées : les visiteurs sont plongés dans un univers noir et inquiétant.

Vous avez dit poison ?

On identifie d’emblée le poison comme une arme redoutable car subtile, et même sournoise. Mythique, il a tué bon nombre de personnalités tout au long de l’Histoire. Illustrée par le tableau de Gustave Lassalle-Bordes, la mort de Cléopâtre nous est racontée – cette dernière apparaît comme assoupie, le visage tranquille. La reine, refusant de perdre face à Octave, se serait suicidée à l’aide de la substance mortelle.

La mort par empoisonnement assure une forme de prospérité aux personnages illustres qui y ont été confrontés. Socrate avait été condamné à la sentence capitale pour corruption de la jeunesse ; par respect pour la loi, il avait ainsi accepté de boire une coupe de ciguë, le condamnant à une mort fulgurante. De nombreux crimes ont été commis par l’utilisation de la toxine qu’on pouvait se procurer assez facilement au Moyen-Age. Ainsi plusieurs faits divers sont-ils racontés avec des journaux d’époque.

Au détour de la salle toujours sombre, un écran tactile – on peut choisir le reportage qu’on souhaite visionner – nous rappelle les horreurs commises pendant les guerres mondiales. Attestant que le poison peut aussi être utilisé comme arme de guerre, le Zyclon B, le gaz moutarde ou encore l’agent orange ont marqué l’histoire de par leur monstruosité.

Un élément avant tout naturel

Pas seulement le produit d’un cocktail d’éléments chimiques conçu par l’homme, le poison est aussi présent directement dans la nature. Disposés sur une vitre, on peut observer les cadavres des insectes les plus vénéneux tels que les frelons asiatiques. Ne les sous-estimez (/réduisez) pas à leur taille – qui est déjà plutôt importante pour un insecte : capables d’éjecter du venin à distance, ils sont à l’origine de dizaines de décès par an en France. Dans cet espace plus naturel, on peut consulter des tablettes tactiles telles de vieux grimoires de botanique. Si on suspecte certaines espèces de champignons, comme l’amanite, d’être impropres à la consommation, on aurait moins pressenti cela pour des plantes comme le ricin. La plante abrite la ricine ; un millier de fois plus puissante que le cyanure – une seule graine peut suffire à tuer un adulte – elle entrait dans la compoisition d’armes chimiques jusque dans les années 80.

Les animaux ne sont pas en reste, et utilisent leur venin comme moyen de défense. En poursuivant la visite, on peut contempler dans des terrariums deux types de grenouilles venimeuses, dont une d’un bleu qui semble artificiel, la Dendrobate Azureus. Plus loin dans le parcours on pourra aussi apercevoir un scorpion qui logera juste à côté de la veuve noire, une araignée habitant en Amérique du Nord : sa piqûre est 15 fois plus toxique que celle d’un serpent à sonnettes.

Omniprésence dans notre société

Si la substance a la capacité de tuer directement le corps visé, elle est d’autant plus dangereuse quand nous sommes à son contact au quotidien sans nous en rendre compte. Des éléments chimiques aux minéraux, en passant par les pesticides, le poison est partout autour de nous.

Le plomb, notamment utilisé dans les tuyauteries, constitue un merveilleux exemple dont on n’aurait jamais auparavant suspecté la gravité. Dangereux pour le système nerveux et les organes vitaux, il est non seulement toxique pour l’humain mais aussi pour tous les organismes vivants. On retrouve également dans les plomberies l’amiante. Interdite en 1995, on sait qu’elle est à l’origine de maladies mortelles dont on ne pourra saisir toute l’étendue qu’à partir de 2025.

Dans un coin de la galerie, on assiste à une forme de conférence entre 4 professionnels de l’environnement, écologues, et scientifiques. Chaque personne est représentée sur un écran en longueur, et si les écrans sont indépendants les uns des autres, les conférenciers regardent celui qui prend la parole, ils semblent alors être dans la même pièce. Le spectateur, assis devant eux, a l’impression de vivre une véritable conversation sur les enjeux économiques et écologiques de l’utilisation des pesticides.

Le poison, aussi sournois qu’intrinsèque à la nature, renferme bien des secrets. Des crimes commis par son usage aux antidotes qu’il a permis de créer, vous pourrez découvrir toute l’histoire que cette substance révèle, jusqu’au 7 janvier au Musée des Confluences. L’entrée est gratuite sur présentation de votre carte étudiante, et si vous avez moins de 26 ans.

Ilana Fevrier

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