Crise du rouble ep-1

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Jean Moulin Post Lyon

Crise du rouble : Pas de panique, Poutine est là !

Le mardi 16 décembre alors que beaucoup d’étudiants de Lyon III révisaient religieusement leurs examens la monnaie russe franchissait pendant quelques heures le pallier symbolique des 100 roubles pour 1 euros. Les héritiers autoproclamés de Smith, Ricardo et Keynes parmi les étudiants vous répondront du haut de leurs subtils intellects : « oui mais on s’en fout nous on a l’Euro » … Bravo. Mais maintenant faisons le point.

La Russie envahie la Crimée, abat par « accident » un avion civil, les occidentaux ne sont pas contents, ils sanctionnent économiquement et militairement ce pays notamment par des embargos. Pour l’instant tout va bien. Le souci pour le rouble est lié surtout au prix du pétrole, dont les russes sont de gros producteurs, qui a chuté de 40% depuis le début l’année. Résultat, l’économie russe est en berne, la croissance à 0,6 %, chômage en hausse etc, donc perte de confiance des russes qui échangent massivement leur monnaie contre des dollars et des euros, et donc chute du rouble façon côte de popularité de F. Hollande en avance rapide.

Or, ce n’est pas Hollande mais Poutine qui gouverne en Russie. Et ça se voit. Dans un discours du 18 décembre la réponse de ce dernier aux occidentaux quant à cette crise fut, pour faire simple : « même pas peur ». Les États-Unis qu’il qualifie encore de « partenaires » sont un « empire » qui veut selon lui « mettre au pas » la Russie. Pour le Kremlin c’est une crise, certes, mais pas de soumission et un rétablissement promis d’ici deux ans. Résultat une côte de popularité à 80% et un soutien des russes aujourd’hui au plus haut en faveur de leur dirigeant. Une situation dont notre cher Président Hollande ne peut que rêver. Si Poutine réussit à stopper la crise du rouble, ce qui n’est pas gagné, on regrettera que malgré pléthore de diplômes des plus prestigieux notre François national ne puisse pas faire mieux qu’ un ancien membre du KGB qui lui cependant ne s’ embarrasse pas d’une ex-compagne à la plume incendiaire et est probablement plus discret que notre président quand il sort en scooter. Non pas que l’on puisse douter que la solution à la crise économique ne se trouve entre les cuisses de Julie Gayet mais, tout de même, cela fait mauvais genre pour la nation dont un citoyen, Jean Tirole, vient d’être nommé prix Nobel d’ économie.

Quoi qu’il en soit la crise du rouble est un nouveau coup dur pour la Russie qui se tourne, du fait des sanctions occidentales, de plus en plus vers son partenaire chinois, ce qui est assez problématique quand l’on sait que les États européens n’ont vraiment pas besoin de la perte d’un partenaire économique aussi important à l’Est. Cela dit un partenaire qui chaque fois qu’il veut retrouver son amour-propre, amoché en 1989, envahit un autre État, que ce soit l’Ukraine ou la Géorgie, n’est pas des plus sein pour l’économie européenne. Chaque étudiant aura son idée sur le caractère pédagogique ou non des sanctions pour mauvais comportement.

Mais donner des leçons à la Russie n’a jamais semblé une attention des plus appréciée au Kremlin. Cela dit « y’ en a qui ont essayé… ». Il y a quelques années à une conférence internationale un journaliste mécontent, français évidemment, fustigeait les actions de l’armée russe en Tchétchénie. Il s’adressait à Poutine, présent à cette conférence, en ces termes : « En voulant éradiquer le terrorisme en Tchétchénie ne craignez-vous pas d’éradiquer la population civile de Tchétchénie ? », dit-il d’un air hautain. Une partie de l’assemblée, étonnée, regarde le malheureux se demandant ce qui a bien pu le conduire à formuler une telle chose qui, dans un autre contexte, aurait parue pertinente… mais pas là, et il va l’ apprendre. Poutine, assis, aussi décontracté qu’un professeur de droit face à une tribu d’élèves de première année, et aussi susceptible que Kant se faisant reprendre par un Bernard Henri Levy en tutu, lui asséna cette réplique d’un cynisme glacial, digne d’un Scorsese des premiers jours : « Si vous voulez vous convertir à l’islamisme radical et vous faire circoncire venez à Moscou nous sommes multiconfessionnels et je peux vous recommander un spécialiste pour l’opération… il fera en sorte que rien ne repousse ».

Les occidentaux ont mis une gifle à la Russie, méritée certes, et dont la crise du rouble est une émanation mais maintenant qu’ils en assument en toute détente les inexorables conséquences aussi douloureuses soient-elles. Mais pas vous chers étudiants ! Car vous profiterez d’ ici là d’une vodka à un prix si peu élevé que vous la consommerez comme de l’eau, liqueur dont vous continuerez de masquer hypocritement le goût d’ acetone et de white spirite par divers et subtils breuvages comme le Coca ou le Get 27, en vous parant des atours de cette excuse dont l’ineptie est habilement dissimulée par sa popularité : « la vodka ne se boit pas pour son goût ». ça tombe bien, ce n’est pas non-plus pour ça que les Russes vous la vendent.
Revers de la médaille, quand le gaz et autres ressources énergétiques dont les russes disposent à profusion seront devenus rares en Europe le coût de la vie sera tellement élevé que la vodka rejoindra le caviar au rang des mets dont tout le monde parle mais que personne n’achète.

Louées soient les classes dirigeantes française et européenne, quand dans quelques années, alors que l’économie russe se sera peut-être encore une fois relevée, les étudiants assis sur un trottoir mélangeront leur coca freeway avec de l’alcool de pomme de terre et se diront bave aux lèvres : « Regardes comme ils sont ridicules les russes avec leur régime autoritaire et leur Poutine, nous en France on a certes du chômage, de l’inflation, une croissance à 0,000001% PIB mais au moins on a l’ Euro et les Droit de l’Homme ! ». Un autre répondra « Cela dit une fois mort sans le sous d’ inanition le seul droit qu’il te reste c’est de la fermer… Moi je vais réviser ».

 

Alexandre Ducharne

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