Coup d’oeil sur l’expo photo de Thierry Bazin

0
Jean Moulin Post Lyon

Ça commence par le sentiment fugace d’une présence, dans les couloirs du premier étage de la manu ou dans les cours extérieures, autour de vous sur ces murs que vous frôlez toute la journée. Petit à petit, à force d’aller-retours sur les chemins qui relient vos lieux du quotidien, vous en prenez conscience : comme ces personnages de tableau dans les escaliers en mouvement de Poudlard, des inconnus gris vous regardent, calmes et amusés, déambuler par grappes pressées, dans le glissement entrainant de la foule.

D’ailleurs, quelques photographies, sur les murs du premier étage, vous montrent en mouvement flou dans un décor net : la foule affairée des couloirs est doublée de celle des observateurs solitaires collés aux murs, décor des flux internes au bâtiment. À mesure que l’on parcourt cet espace, allant de l’un à l’autre des points où l’on a quelque chose à faire dans l’immense manufacture des tabacs, ces inconnus photographiés défilent.

Si vous ne les avez pas vus au premier coup d’œil, c’est qu’ils sont tous figés dans une répétition identique, naturels et frontaux, sans artifice. Ils vous regardent avec le regard amusé de celui qui se voit lui-même dans le décor de son quotidien. La composition, la pose sont les mêmes, mais le sujet photographié et son décor changent d’une photographie à l’autre dans la perspective du couloir ou des cours extérieures.

La dialectique entre l’homme et son environnement, c’est la marotte de Thierry Bazin; une constante dans son travail, qu’il s’agisse de portraits dont le regard frontal de chaque sujet résonne dans un paysage qui lui ressemble, ou de quarante kilomètres d’occupation par l’homme des rives de Saône, allongés en Aout 2012 sur cinq-cents mètres de photographies très grand format, place Bellecour, en plein cœur de la ville où se rejoignent les fleuves et les hommes.photo
Ici, ce photographe en résidence à l’université Jean Moulin enclôt un étudiant, un professeur ou un agent administratif dans le cadre d’une photographie, l’enclôt encore, par une subtile mise en abîme, dans le cadre rectangulaire de son espace de travail (un bureau, une salle de cours, un local d’association…), et il synthétise cet individu figé et sa fonction laborieuse en une identité propre, révélée, à l’aise voire souriante face à sa propre image.

L’espace, qui contient l’individu et sa communauté, en somme le social, est ici un cadre rectangulaire, à l’intérieur duquel s’insère le photographe pour sortir le sujet photographié de ce qui l’enclôt. L’université renferme par les fonctions quotidiennes qu’elle impose, mais ouvre sur le monde par le savoir qu’elle produit : l’espace structure et dynamise les flux, tout comme l’artiste ordonne et révèle.

L’auteur s’efface ici dans une composition neutre et identique, dans un style sobre – une pose simple plutôt qu’une prise sur le vif, clin d’œil évident au flot de portraits et selfies fugaces qui affluent autour de nous. Mais ici, du flou de la répétition d’une foule d’anonymes solitaires, apparait en filigrane l’image d’un créateur invisible qui saisit des images de la vie de la communauté, les structure dans une suite de portraits formellement identiques, et de cette répétition rationnelle fait émerger une émotion.

Ce que Thierry Bazin veut nous faire sentir, c’est que nous sommes plus que des fonctions, que nous nous détachons du décor qui se tient derrière-nous au quotidien : il y a, dans ce projet d’ensemble, l’idée cruciale de l’identité diluée dans l’espace. Le journalisme participe de la même reproduction de sujets, mais il laisse l’émotion à l’art et préfère l’analyse. Votre journal débute par cette exposition, parce que ces visages nous parlent à tous, à Lyon 3.

Et que reste-t-il, quand on est passé devant ces dizaines de portraits gris et récurrents, dont les sujets se fondent et se confondent dans une même pose ? Une impression vague, floue dans la récurrence de la foule solitaire, émerge de ces postures décontractées dans leur espace quotidien, rayonnantes de l’attention qui est portée à leur personne, pas à leur fonction. Ce qu’il reste, l’image qui obsède dans les longs couloirs bordés de regards qui nous épient, ce sont les sourires, même timides.

Exposition « Portrait d’une communauté » de Thierry Bazin, photographe en résidence d’artiste à l’université Jean Moulin – Lyon 3. À la manufacture des tabacs jusqu’au 31 décembre 2014. Au cloître sud, à la traboule de la bibliothèque, et dans les couloirs du 1er étage : bâtiments F (administration générale), G (salles 142 à 148), E (salles 130 à 138) et B (salles 114 à 123).

No comments

Cet article pourrait vous intéresser

AZ Alkmaar - OL

AZ Alkmaar – OL : une bonne option

C’est l’heure pour l’Olympique Lyonnais d’entrer pleinement dans l’Europa League, et ce contre le club néerlandais d’Alkmaar pour les 16èmes de finale. Et c’est avec ...