Compte-rendu Conférence « Fils de présidents : une vie au coeur du pouvoir »

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Mercredi 17 octobre, l’association Politeia réunissait à Lyon 3 Louis Giscard d’Estaing et Alain Pompidou pour évoquer leur expérience de « fils de président ».

Comme l’a remarqué lui-même Louis Giscard d’Estaing, c’est pour une « approche intéressante » de la fonction présidentielle qu’a opté la jeune association Politeia, lors de sa dernière conférence. Rarement deux noms aussi prestigieux sont réunis dans une même conférence : Pompidou, Giscard d’Estaing. Deux visions politiques, deux présidences, deux styles, que sont venus raconter leurs fils, Alain Pompidou et Louis Giscard d’Estaing. Comment vit-on avec un nom connu dans la France entière ? Comment conserve-t-on un semblant de vie privée quand chaque membre de sa famille est devenu porteur potentiel d’un message politique ? C’est un autre aspect de la vie élyséenne des années 70 que nous ont offert les deux hommes, entre analyse du système politique français et anecdotes familiales.

Alain Pompidou a 27 ans quand son père est élu Président de la République en 1969. Lui qui a été élevé dans l’art et la culture préférera se tourner vers la science, pour mieux revenir à politique plus tard puisqu’il sera député européen. On peut dire qu’il aura été baigné une partie de sa jeunesse dans les tourments de la politique. Brillant étudiant, son père Georges Pompidou tentera rapidement l’enseignement, mais la volonté d’action est plus forte, et sa rencontre avec le Général de Gaulle marquera le début d’une collaboration de 25 ans. Il sera le Premier ministre le plus emblématique du Général, de 1962 à 1968, et celui qui lui succédera à l’Élysée. Alain Pompidou le rappelle cependant, la relation entre les deux hommes a parfois connu des turpitudes. De Gaulle ne pardonne pas à Pompidou d’avoir « tenu la France » pendant les événements de mai 1968. Le Général vieillissant est alors entouré d’hommes hostiles à Pompidou et qui le pousse à ne pas le reconduire en 1968. On tentera d’empêcher ce dernier de se présenter aux élections présidentielles de 1974 en montant de toute pièce un complot médiatique, mais malgré ça, celui qui se voyait « un destin national » sera élu en 1969. Ces sujets très politiques ne sont, aux dires d’Alain Pompidou, jamais évoqués dans le cadre familial. Face aux français, avec sa femme Claude, George Pompidou formera un des couples mythiques de la Vème République. Réservée, elle saura pourtant représenter aux côtés de son mari la culture française à l’étranger. Ce n’est pas sans un sourire au coin des lèvres qu’Alain Pompidou remémore à l’auditoire l’émoi de la presse américaine face à l’ensemble de 21 robes de haute-couture emmenées par Claude Pompidou lors du voyage officiel de 1970.

À la mort de Georges Pompidou en 1974, Valéry Giscard d’Estaing, qui a été son ministre des finances jusqu’en 1966, saisit sa chance de promouvoir « le changement dans la continuité ». Fidèle à De Gaulle, comme le rappelle son fils Louis Giscard d’Estaing, mais tout de même indépendant depuis sa démission, il porte un vent nouveau sur la fonction suprême. Jeune, ayant des enfants jeunes, il casse les codes dès les premières semaines en brisant la tradition de la photo présidentielle en habit et en intérieur ; ce sera devant le drapeau français, et en format paysage s’il-vous-plaît. Le changement vient aussi politiquement, avec une série de réformes sociales et politiques, de la baisse de la majorité à l’élargissement de la saisine du Conseil Constitutionnel. Si c’est une volonté de sa famille de ne pas résider rue du Faubourg Saint Honoré, VGE sera tout de même accompagné ponctuellement par sa femme et sa fille, lors de ses vœux ou sur une affiche, quand son fils distribuera des tracts. Ce fils, bien que jeune, n’en n’a pas moins saisi les jeux politiques qui se tramaient autour de lui, et n’hésite pas à dénoncer le comportement de Jacques Chirac, Premier ministre de VGE qui se présentera contre lui en 1971, citant pour illustrer « l’ambiance » de l’élection de 1981, cette rumeur que Chirac avait fait courir selon laquelle à Brégançon, le siège sur lequel était assis le Président Giscard d’Estaing était un trône plus haut que celui des invités. Louis Giscard d’Estaing en témoigne, c’est faux.

Alain Pompidou et Louis Giscard d’Estaing relativisent le poids de leurs noms. S’ils ne les ont pas réellement bloqués dans leurs carrières, ils ont parfois pu créer de la suspicion et de la gêne auprès de leurs interlocuteurs. Mais tout deux ont su se construire une carrière en faisant leurs preuves. Hasard du destin, Alain Pompidou et Valéry Giscard d’Estaing siègent ensemble au Parlement européen à partir de 1989.

Marie-Alice Girardet

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