« Le ciel attendra », mise en lumière de la radicalisation violente

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Le ciel attendra

Le ciel attendra est sorti le 5 octobre 2016. Coïncidence ou pas, le tournage avait commencé le lendemain des attentats du 13 novembre 2015. Il raconte l’histoire de deux adolescentes embrigadées par des rabatteurs de Daech, avec deux dynamiques parallèles : l’une se radicalise, l’autre est en voie de déradicalisation. Attention, le film traite de la radicalisation violente et non d’une « simple » radicalisation orthodoxe. C’est un film dépolitisé qui traite de l’aspect psychologique avant tout, cela en vue de sensibiliser le public sur ce phénomène.

Il faut d’abord noter que la question de la radicalisation chez les jeunes mérite que l’on s’y intéresse : déjà parce que les attentats qu’a connus la France dernièrement ont été commis par des français ou des belges, différence notable avec le 11 septembre, par exemple, où il ne s’agissait pas de citoyens américains ; évolution assez inquiétante et difficile à conceptualiser. Aussi, parce qu’elle peut toucher tout le monde, quel que soit le milieu social ou même la religion. Il n’y a pas de profilage type de qui peut être touché, en revanche c’est un processus souvent difficilement détectable, d’où l’intérêt d’y être déjà sensibilisé. Ensuite, il faut se pencher là-dessus car c’est un phénomène qui prend de l’importance : depuis avril 2014, il y a déjà eu 5500 signalements de radicalisation par des proches des individus concernés (dont 22% de mineurs, 50% de convertis, 40% de femmes et 12% ayant quitté la France)[1], à mettre en relief avec les 3100 recensés en mars 2015[2].  Enfin et surtout, s’intéresser à ce sujet c’est pouvoir prendre le problème du terrorisme, qui fait indéniablement partie de nos préoccupations, à sa racine et réagir.

La pertinence de ce film se situe aussi dans la manière dont il nous montre l’évolution de ces filles, les différents stades par lesquels elles passent, en se positionnant à la fois dans le présent, le passé et le futur. Parce qu’elles sont comme tout le monde, on arrive à passer au-delà du caractère absurde que l’on peut voir dans le passage d’un comportement « normal » à quelque chose d’aussi extrême et irrationnel et comprendre à quel point l’esprit humain est manipulable. En bref, les rabatteurs jouent sur la vulnérabilité, le manque de confiance en soi des adolescents/jeunes, et même sur leur quête d’idéal ou leur quête de reconnaissance personnelle. Chaque fois le processus est similaire : le jeune est isolé dans son environnement social, petit à petit les « recruteurs » manipulent et dépersonnalisent la victime  pour la rattacher à des croyances religieuses fondamentalistes, en créant une sorte de conformisme au sein d’un groupe. Ils jouent ainsi beaucoup sur le « sensible » en détournant des situations du quotidien en complot, en proposant des projets humanitaires fictifs, des relations amoureuses… Ainsi, par le relationnel, par l’idéologie, et par l’engagement ces jeunes se retrouvent déshumanisés. Globalement, les rabatteurs utilisent une méthode d’emprise mentale typique des sectes. Surtout, ils agissent via internet. Le jeune se retrouve finalement dans une démarche de rupture avec ses amis/sa famille, avec des changements brutaux de comportement, des changements de discours imprégnés d’idées complotistes, anti-autres, anti-occidentaux.

Suivre l’histoire de ces deux jeunes filles dans le film nous ouvre les yeux sur un côté de la société qu’on néglige trop souvent et rend accessible à tous la compréhension de ce phénomène.

 

Noémie Joudelat

 

[1] Chiffres du CNAPR (Centre National d’Assistance et de Prévention de la Radicalisation), 17 000 en tout si l’on compte en plus du CNAPR.

[2] Chiffres du Monde.fr.

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