La Catalogne : Une indépendance ratée ?

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Ce titre peut d’office faire apparaître un sourire ironique, tant cette question correspond aujourd’hui à une triste réalité.

Avant de s’attaquer à cet épineux problème, je vous propose un peu d’Histoire.

La Catalogne est un des quatre royaumes qui participent à la Reconquista au Moyen-Âge, contre le califat musulman. À l’origine, depuis Charlemagne (IXe siècle), elle appartient au territoire français. Elle est néanmoins intégrée à l’Etat espagnol en 1469 par les mariages entrepris par le royaume d’Aragon.

Le parti indépendantiste catalan naît en 1922, nous montrant que le désir d’indépendance n’est pas un litige récent. Il s’est accentué lors des élections du parlement catalan le 27 septembre 2015. En effet, le parti indépendantiste a pour la première fois acquis une majorité de sièges. Une majorité qui n’est cependant pas absolue.

Le 1er octobre 2017 s’est tenu un référendum avec la question suivante : « Voulez-vous que la Catalogne soit un Etat indépendant sous la forme d’une république ? ». Il est déclaré illégal par le gouvernement espagnol. À prendre en compte les chiffres disponibles, seuls 42 % de participants se seraient rendus aux urnes et 90% d’entre eux se sont prononcés pour l’indépendance. Par conséquent, d’immenses manifestations pro-Espagne sont nées et ont fait apparaître une Catalogne plus divisée que jamais.

A présent intéressons-nous au débat proprement dit.

Celui-ci était constitué d’une opinion générale hostile à cette indépendance, le camp du pour était, pour ainsi dire, inexistant. Le résultat n’a cependant pas été un consensus plat, morne. Bien au contraire, il s’est axé sur d’autres pistes, surprenantes et pertinentes.

Le débat s’est déroulé en trois temps.

De nombreux étudiants sont venus participer au débat. Photo : Roberto Santos, Jean Moulin Post

Nous avons d’abord amorcé la problématique de la définition de l’identité catalane

Si l’Etat espagnol est uni politiquement, il ne l’est pas culturellement. Il existe des frontières non visibles mais bien présentes. La Catalogne par exemple possède sa propre langue et une identité culturelle forte. Mais qu’est-ce que signifie être catalan ?

Est-ce par le droit du sang ? Cela revient à dire que les Catalans constituent une ethnie à part entière de l’Etat espagnol.

Est-ce par le droit du sol ? Mais plus de la moitié des résidants de Catalogne se considèrent espagnols et non catalans. Ce dernier cas implique également une définition des frontières catalanes qui n’a guère été discutée jusqu’à présent.

Enfin, comment construire un Etat catalan alors que ceux se revendiquant catalans sont dispersés dans toute l’Espagne ? Une décision possible serait de créer une migration des populations espagnoles et catalanes. Cela risquerait certes de créer une Catalogne homogène culturellement, mais aussi de voir apparaître une fracture encore plus grande avec l’Etat espagnol.

Le second point proposé est celui d’une indépendance en elle même

Qu’obtiendront les Catalans de favorable ?

La réponse apportée, unanime, est celle d’un désastre futur.

Economique d’abord, puisque la région riche dépérira. Celle qui représente aujourd’hui 21% des recettes fiscales espagnoles va vite voir les entreprises migrer dans les autres régions espagnoles ou ailleurs, par peur des retombées économiques futures.

Politique ensuite, et surtout, car la Catalogne se verrait exclue de l’Union Européenne et contrainte de se doter d’une administration et d’une armée.

Ce nouvel Etat aura par ailleurs des difficultés à être légitime au niveau international. Il sera certes né dans la douleur mais sera anticonstitutionnel. L’Espagne ne manquera pas de lui mettre des bâtons dans les roues, notamment par la Constitution. D’abord juridiquement car celle-ci interdit aux régions de faire sécession mais aussi par la force. L’article 155 de la Constitution autorise l’Etat à mettre sous tutelle une région sécessionniste. Nul ne sait comment il sera appliqué puisqu’il n’y a pas eu d’antécédent dans l’Histoire.

Pour conclure sur ce deuxième point, l’attitude de la Catalogne laisse perplexe. Le président indépendantiste de Catalogne, Carles Puigdemont, n’a pas signé l’acte d’indépendance et demande des négociations. La modération du parti indépendantiste est un phénomène nouveau et nous montre que le rapport de force a désormais tourné en faveur de l’Etat espagnol. C’est désormais lui qui tient les commandes.

Enfin, le troisième point abordé est la tenue du référendum

Nous avons débattu sur la réaction de l’Etat espagnol, qui a fait preuve d’une certaine brutalité, relayée en grande masse par les médias. Ces derniers ont d’ailleurs un impact important sur la communauté internationale. Ils nous montrent des gens brutalisés et des confiscations de bulletins de vote. La solution abordée est la suivante : plutôt que de faire passer ce vote pour normal et légitime, les médias auraient dû critiquer la provenance des bulletins de vote. C’est par la France que sont acheminés les bulletins jusqu’au bureau de vote. Cette dernière, avec cette attitude plus qu’ambiguë, n’a pourtant pas été montrée du doigt. Une fermeture des frontières entre la France et l’Espagne avant le référendum serait sûrement passée pour plus efficace.

L’équipe Poli’gones. Photo : Roberto Santos, Jean Moulin Post.

En conclusion il a été soulevé la dimension plus globale de ce référendum catalan

Si la Catalogne a probablement perdu faute de légitimation face à l’Etat espagnol, d’autres pourraient en profiter. Un sondage fait en France au lendemain du référendum constate une évolution. Désormais 60% des Français sont prêts à admettre l’existence d’un référendum au niveau d’une région. La question pourrait porter sur plus d’autonomie et un plus grand respect accordé à une identité. Nous pensons à l’Alsace, la Bretagne, la Corse, le Languedoc, et pourquoi pas la Savoie. Une première dans une France réputée centralisatrice.

Plus concrètement, la Catalogne deviendrait la figure de proue d’une légitimation des référendums visant une région particulière. Par exemple, le référendum écossais ou celui de la nouvelle Calédonie en novembre 2018 pourront peut-être remercier la Catalogne.

 

Fabien Collette

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