Café-débat Poli’Gones: les conséquences de l’élection de Donald Trump sur les relations internationales

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S’est tenu hier un café débat au Patchwork Café, organisé par l’association étudiante Poli’Gones. Le thème concernait les conséquences de l’élection de Donald Trump sur la scène internationale et les probables répercutions que cela pourrait avoir sur notre pays. Un invité de marque était présent : l’ancien directeur de Science po Lyon, Vincent Michelot, Professeur des universités en science politique spécialiste des Etats-Unis.

Des étudiants de Lyon 3 ont pu, durant deux heures, débattre entre eux et avec l’invité sur les conséquences que peuvent avoir l’élection de Donald Trump dans les relations internationales. Ce fut un débat vif avec de réelles différences d’opinion qui ont rendu ce café-débat des plus intéressants. Dans un premier volet du débat, les étudiants ont discuté de l’élection américaine-même, les facteurs explicatifs de la victoire de Donald Trump face à Hilary Clinton (rôle des minorités, conjonctures économiques et sociales) et le fait que cette élection fut particulièrement frontale entre les deux candidats. Chacun a pu exprimer ses vues sur cette victoire, un désaveu des Américains envers les élites politiques, un désaveu envers les dynasties Bush, Clinton.

La question sur le rôle du scandale des e-mails d’Hilary Clinton dans l’élection s‘est également posée. Peut- être Hilary a-t-elle trop joué sur le fait qu’elle soit une femme. Au niveau de cette élection, Mr Michelot a fait part de son ressenti, notamment sur le fait que même si les instituts de sondages donnaient tous Hilary Clinton gagnante, ils ne se sont pas trompés pour autant car elle était donnée gagnante seulement avec une légère marge d’avance.

Dans un second temps, le débat a continué sur des points particuliers tels que les relations entre les Etats-Unis et la Russie avec l’idée d’un possible alliance pour tenter de vaincre ISIS, cela induisant un questionnement sur l’éventuelle participation de la France à cette alliance. De plus, les relations entre les Etats-Unis et le Moyen-Orient furent abordées, en particulier avec l’Iran et l’accord nucléaire. Encore une fois, la montée des chefs d’états pro-russes a émergé. A tout cela, le Professeur Vincent Michelot, a rétorqué qu’il est impossible de prédire ce qu’il va se passer, étant donné le fait que depuis son élection, Donald Trump est revenu sur un nombre considérable de ses promesses de campagnes telles que le « Muslim Ban » et la suppression de l’ObamaCare. De plus, Donald Trump sera le président avec le moins d’expérience en politique internationale de l’histoire des Etats-Unis, ses actions dépendront donc des personnes le conseillant. En somme, ce débat fut des plus intéressants, de par un échange d’idées passionnant portant sur un sujet d’actualité qui intéresse une grande partie des étudiants. C’est encore une belle réussite de la part de Poli’Gones.

ATIA Nacime

EDIT : un second rédacteur du JMP était présent. Voici donc un résumé plus détaillé des différentes interventions qui ont pu avoir lieu.

Le café-débat portant mardi sur « l’élection de Donald Trump et les conséquences sur sa politique étrangère » fût intéressant à plus d’un titre. D’abord par le profil de notre invité, M.Michelot, ancien directeur de l’Institut d’études politiques (IEP) de Lyon et spécialiste des Etats-Unis. Ensuite par les propos échangés durant ce débat, que ce soit les causes, les conséquences, les hypothèses ou bien les oppositions.

Source d’apprentissage et de remise en question de nos propres opinions, ce débat est l’occasion néanmoins d’une certaine distance, voirE critique face à des théories jugées trop réductrices. Enfin , par le thème même du débat, à savoir Donald Trump. Homme d’affaire arrivé à la plus haute fonction de l’Etat et sans expérience politique antérieure, son programme, ses directions et leurs conséquences nous sont relativement inconnues. Nous avons essayé d’éclaircir son arrivée au pouvoir, jugé surprenante, inattendue ou bien pour d’autres un avènement déjà prédit depuis longtemps. Le coeur du débat aura été dédié à sa politique étrangère à travers le Proche et Moyen-Orient , La Russie, l’Europe et la Chine.

Comment la victoire de Donald Trump s’explique-t-elle ?

Cette élection présentée par les médias comme différente, unique fût en réalité une élection très classique. Un nombre d’indécis assez important il est vrai ont contribué à la victoire de Donald Trump puisque la tradition est la suivante : voter pour le candidat dont le parti n’a pas gouverné pendant les huit années consécutives. Nous pourrions croire que l’affaire des emails en défaveur d’Hilary Clinton a joué un rôle déterminant. Mme Clinton a utilisé, lorsqu’elle était au gouvernement des affaires étrangères, sa boite mail privée au lieu d’une boite professionnelle. Mais c’est oublier les nombreuses élections anticipées. Ce qui a pu être un facteur discriminant pour elle est son genre, ce qui a pu jouer dans la décision de certaines personnes. Mais le plus important est de retenir ce constat : la stratégie de Donald Trump a fonctionné à merveille, à savoir mobiliser au minimum la communauté afro et latino américaines, en principe défavorable, et mobiliser un électorat oublié. C’est à dire l’homme blanc non-diplômé, de plus de 45 ans, vivant en zone rurale et ayant subi la mondialisation. Cette communauté s’est peu déplacée pendant les trente dernières années lors d’une élection, ne dépassant pas les 25%. Cependant lors de celle-ci, leur taux de participation fût au alentour des 50 %. Les sondages n’ayant pas prévu cela, la victoire n’en a été que plus surprenante même si les médias ne sont sans doute pas étrangers à son ascension. Ils ont beaucoup parlé de lui, ne prenant pas sa victoire au sérieux un instant. Enfin , Hillary possède deux millions de voix en plus mais Donald Trump a gagné grâce aux grands électeurs. N’est ce pas l’occasion d’une redéfinition de leur système électoral ?

Maintenant, nous allons aborder la politique étrangère du président républicain, en commençant par la Syrie. Notre débat portait sur la question suivante : sa position de tendre la main au président syrien est-elle la bonne ?

Moralement, cela paraît une décision controversée mais il faut prendre en compte deux points. Les Américains, après le « bourbier » en Afghanistan et en Irak ont une certaine lassitude de la guerre et ne veulent qu’un soutien aérien. Qui soutenir d’autre que Bachar El Assad alors que les rebelles seraient en majorité des islamistes ? En le soutenant, ils soutiennent aussi la Russie et seront donc considérés comme un allié secondaire. Le président américain, qui veut redonner une puissance à son pays, est donc en contradiction avec ces promesses .

L’Iran a également été abordé. En 2015, un accord sur le nucléaire a été trouvé, rompant en théorie les sanctions économiques mises en place par les Etats-Unis depuis 1979 avec la Révolution Islamique. Celui-ci a été conclu en échange que l’Iran, soupçonné de préparer l’arme nucléaire, ne fasse que du nucléaire civil. La levée de certaines sanctions a permis à l’Iran de prendre part plus activement au conflit contre Daesh et de contrer l’Arabie Saoudite. Ceux-ci ayant des conceptions religieuses et historiques divergentes et souhaitant avoir le monopole régional au Moyen-Orient. L’accord a été dénoncé par Donald Trump, hostile à ce pays mais il a permis une plus grande stabilité dans cette région malgré une critique de la part des Iraniens .

La Russie, acteur majeur du conflit contre Daesh depuis son intervention en Syrie, doit-elle se réjouir de la victoire du républicain ?

Le souhait du président d’avoir une place plus secondaire dans le conflit, ajouté à une possible coopération est une bonne nouvelle. Sur le plan européen, son prestige semble se renforcer depuis la fin de la guerre froide avec des victoires électorales en Moldavie et en Bulgarie de présidents pro-russe, indice d’un rejet du projet européen. Nous pourrions même envisager la France, si la victoire de François Fillon se confirmait. Au niveau économique, Donald Trump a le projet de reconnaître l’annexion de la Crimée. Ce petit bout de terre, indispensable à la Russie pour avoir un accès à la mer au sud, a été annexé alors qu’il appartenait à l’Ukraine. Par conséquent, l’Europe a opté pour des sanctions économiques. La Russie, subissant une grave crise économique depuis plus d’un an, pourrait s’appuyer sur le projet de Trump pourrait permettre la fin de ces sanctions. Enfin sur le plan militaire, Donald Trump remet en question l’OTAN, créé en 1949 et qui a récemment décidé de placer des troupes en Pologne et en Roumanie, c’est-à-dire aux portes de ses frontières. Ainsi, si le président américain décide de ne plus faire partie de l’OTAN, l’organisation perdra son principal leader et un allié de poids en terme d’effectif militaire. L’Europe, se retrouvant sans défense principal, pourrait s’en constituer une et pourquoi pas relancer un projet européen en berne. Pour conclure, toutes les décisions du président, si elles sont maintenues, seront un avantage pour la Russie.

Enfin, nous avons parlé de la Chine. Le président veut endiguer la puissance de la Chine en mettant fin à divers accords, rapatrier les emplois aux Etats-Unis et enfin pratiquer une politique protectionniste. Est ce une bonne solution ?

D’abord la mondialisation profite aux Etats-Unis puisque les produits importés sont moins chèrs que s’ils étaient fabriqués sur place. De plus, Trump veut rapatrier des emplois manufacturés, à faible valeur ajoutée, soit dans l’industrie automobile et dans l’acier. Par contre les produits seront alors plus chers et ce seront les plus pauvres qui en pâtiront les premiers.

Mais ces réformes auront aussi de grosses conséquences pour la Chine. Si le marché étasunien avaient de nouveaux de fortes barrières douanières, cela serait catastrophique puisque l’économie du pays est basée en grande partie sur l’exportation. Elle ne peut donc pas aller jusqu’à un affrontement militaire. Son autre problème réside dans la dette américaine. Les Etats-Unis ont un déficit commercial énorme et la chine en possède environ 1240 milliards de dollars. Cela pourrait être un argument de poids face aux menaces de Donald Trump mais cette dette est plus un poids pour la Chine car elle ne trouverait pas forcément repreneur. En définitive, le seul côté positif sera du côté idéologique. Les Etats-Unis ayant des liens étroits avec la Chine, le Japon ou encore l’Indonésie sont dans une situation problématique car ils se livrent chacun à un conflit maritime. La Chine considère qu’une grande partie de cette mer lui appartient et y construit des ilots artificiels. Chaque Etat possède une ZEE ( Zone économique spéciale) dans laquelle ils ont un droit absolu sur les ressources. Cet expansionnisme chinois met en danger les ZEE du Japon et de l’Indonésie, ou encore du Vietnam, qui ne sont pas de taille à riposter. Les Etats-Unis, en décidant de faire barrage à la Chine, auraient alors des alliés logiquement soudés entre eux.

En conclusion, nous pouvons dire que la politique provocatrice de Donald Trump est en train de s’essouffler puisque celui-ci fait déjà machine arrière. Notamment lorsqu’il se dit désormais plus ouvert à l’OTAN ou aux accord de Paris sur le climat.

La Russie, malgré une impression de puissance dont l’Europe centrale serait en première ligne, est en fait au pied du mur. Le non-interventionnisme d’Obama et de Trump est le souhait du peuple américain qui préconise davantage de nouveaux types de guerre, comme la cyberguerre ou l’usage de drones. Le bras de fer engagé par Trump au niveau de la Chine risque de s’avérer perdant pour les deux pays.

Fabien COLLETTE

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