#Alep Brûle

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Lundi 28 novembre, la mairie du 1er arrondissement de Lyon organisait une soirée d’information et de témoignage sur la situation d’Alep, ancienne capitale économique de la Syrie. Elle accueillait, en partenariat avec le Collectif des amis d’Alep, le président du Conseil local d’Alep-Est (équivalent du maire en France) Mr Brita Hagi Hassan, ainsi que deux journalistes actuellement en Syrie, contactés par vidéo conférence. Monsieur Hagi Hassan est venu témoigner de la situation catastrophique dans laquelle vivent les Aleppins depuis 2012, et plus particulièrement depuis le mois de septembre 2016, à partir duquel le siège de la partie Est de la ville a démarré. Monsieur Hagi Hassan a récemment été pris pour cible par des snipers lorsqu’il a tenté de retourner dans la ville à l’issue d’une réunion de travail en Turquie. Depuis, il voyage à travers l’Europe pour alerter et obtenir l’ouverture d’un couloir humanitaire nécessaire à l’évacuation des populations assiégées.

                  La rencontre a débuté avec un rappel par le maire des évènements qui ont frappé la Syrie, plus précisément Alep. Depuis 2011, la ville a été l’un des principaux théâtres de la tentative de révolution en Syrie. Celle-ci a été écrasée dans le sang par le régime. Le peuple demandait, dans le sillage des printemps arabes, la libéralisation d’un régime qui gouverne depuis 40 ans avec une main de fer. Ce dernier a répondu par des bombardements aériens et l’usage d’armes non-conventionnelles selon la convention de Genève (ce que Bachar El-Assad nie). Des milliers de personnes ont été emprisonnées, torturées ou affamées, comme l’ont révélé les milliers de clichés de cadavres du dossier « César », publié par Human Rights Watch en 2015. La réalité est là, le régime est en partie responsable d’un minimum de 200 000 victimes.
Alep-Est s’est constituée depuis comme le bastion principal de l’opposition armée, que le gouvernement de Bachar El-Assad, appuyé par la Russie, tente d’écraser. Les différentes tentatives de négociations entre les puissances étrangères et institutions internationales ont jusqu’ici échoué dans la recherche d’une solution pacifique au conflit. Depuis juin 2016, Le régime de Damas et la Russie ont intensifié les bombardements dans le but d’une ultime offensive contre la rébellion d’Alep-Est. Après une période de cessez-le-feu de quelques jours, rompue unilatéralement par la reprise de l’offensive en septembre, le siège de la ville a débuté. Il s’agit depuis et plus que jamais de bombardements aériens et de tirs de mortiers incessants. L’aviation va jusqu’à utiliser des bombes anti-bunkers pour ne laisser aucune chance aux survivants. La mort est quotidienne dans les rues d’Alep. On estime à 1 300 le nombre de victimes ces quinze derniers jours. Alep comptait près de deux millions d’habitants en 2013, la population ne s’élève plus qu’à 250 000 personnes aujourd’hui, en grande partie des femmes et des enfants qui n’ont pas pu fuir.

                  C’est ce plaidoyer en faveur d’une population décimée et de survivants exténués, qui motive l’inlassable campagne de sensibilisation de Monsieur Hagi Hassan depuis des semaines. Le président du Conseil local d’Alep-Est parcourt l’Europe pour alerter l’opinion du sort de ces 250 000 citoyens menacés. Conscient du prix du silence, de l’oubli dans lequel pourrait tomber son peuple, il s’attache à vaincre la frilosité et l’indifférence générales pour éveiller les consciences, arracher un droit à l’existence à un peuple maltraité par l’Histoire. Il sait la catastrophe humanitaire qui se joue. Il sait les moyens qu’il faudra pour évacuer une population affaiblie. C’est sur ce dernier point qu’il a insisté tout au long de la conférence. Alep aujourd’hui est dévastée, les hôpitaux et les organisations comme Médecins Sans Frontières ont été la cible de frappes aériennes, rendant même impossible le passage de convois humanitaires. Il ne reste plus aujourd’hui que 27 médecins dans la ville, 10 ambulances que se partagent les différentes associations sur place et il n’y aura plus de médicaments d’ici quelques jours. La nourriture manque, plus particulièrement le lait des nourrissons, de même que l’eau courante et l’électricité. 65% des victimes aujourd’hui sont des femmes et des enfants.

                  Monsieur Hagi Hassan dénonce le silence complice des pays occidentaux et l’inaction des instances internationales, qui ne parviennent pas à imposer une solution humanitaire. Les hommes qui ont tenté de fuir du côté du régime ont été emprisonnés, souvent tués. Brita Hagi Hassan insiste sur le fait que ces victimes ne sont pas pour la plupart des terroristes comme le sous-entendent parfois les médias. La grande majorité représente des citoyens qui se sont élevés contre l’autoritarisme et qui continuent de résister pour leurs idéaux.

                  Si nous voulons agir à notre échelle pour le peuple syrien aujourd’hui, c’est en faisant pression sur nos gouvernements pour qu’ils imposent l’ouverture d’un couloir humanitaire. Ni armes, ni munitions, simplement l’ouverture d’un couloir humanitaire, indispensable pour soigner les blessés, les malades et évacuer les populations civiles. Il préconise l’envoi de lettres et d’e-mails aux députés pour faire pression, et la diffusion par les réseaux sociaux de ces témoignages. C’est dans l’urgence que nous devons agir. Les initiatives sont nombreuses. L’association Syria Charity propose le partage de Hashtags, notamment #AlepBrûle. Vous pouvez retrouver de nombreuses informations sur la page facebook du Collectif des amis d’Alep, notamment l’enregistrement vidéo à partir de mercredi de cette conférence du 28/11.

Aujourd’hui même, Monsieur Hagi Hassan est présent sur France culture, dans l’émission « L’invité des matins » (disponible en streaming), ce soir dans le journal 19/20 de France 3. Des rassemblements sont organisés tous les jeudis à partir du 1er décembre à Paris sur la place André Tardieu. Un appel est ouvert aux signataires. Il ne reste que quelques jours pour faire notre possible pour ces populations. Au delà, nous ne pourrons que nous lamenter de notre inaction et observer avec tristesse les horreurs de ces crimes de guerre. Il ne suffit pas de dénoncer l’immobilisme des politiques et des institutions, nous avons les moyens par notre mobilisation de pousser nos représentants à agir. Peu importe ce que l’on pense de Bachar El-Assad, de la Russie, du terrorisme, des clivages qui motivent cette guerre ; l’importance est dans l’Humanité, la dignité de la personne humaine et la vie, qui doivent dépasser toute autre préoccupation. Partout où l’homme souffre, chacun de nous est concerné.
#AlepBrûle.

29/11/2016
Roman Monange

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