À la découverte d’une association: Poli’Gones

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Jean Moulin post Lyon

Après m’être équipée pour affronter le froid, je me dirige mardi 18 novembre vers l’auditorium André Malraux. La grande question que j’aurais dû me poser bien avant (afin de ne pas être en retard) était : « Mais où se situe cet auditorium ? ». Ainsi, me voilà déambulant dans la Manufacture en quête du Graal. Malgré mon sport de l’année et mon aspect plus du tout présentable, je trouve l’entrée extérieure. J’essaye de me faire la plus discrète possible, tellement discrète que je me retrouve au fond, derrière un jeune homme avec (beaucoup) de cheveux. La conférence n’a pas encore commencé, me voilà sauvée. Après quoi, j’inspecte et étudie le public, tout type d’âge est rassemblé, et l’auditorium est bien rempli. En attendant, chaque personne parle à son voisin, excepté moi, le mien n’est pas enclin à une discussion. Cette conférence est en fait, l’ouverture du thème « Eux et nous : la Russie et l’étranger ». Cela a duré trois heures, que je n’ai pas vu passer :

«La Russie et l’étranger : les origines de la politique étrangère russe »
Avec comme intervenant :
François Xavier Nerard – Maître de conférences en histoire contemporaine à Panthéon Sorbonne
Pascal Marchand – Géographe à Lyon 2
M Philippe BORDIER – Consul honoraire de Russie à Lyon

I – L’intervention de François Xavier Nérard (Maître de conférences en histoire contemporaine à Panthéon Sorbonne)
Au titre de ses préjugés, il y a le passe de la Guerre Froide avec cette idée de deux mondes opposés et incompatibles. Il faut aujourd’hui apprendre à dépasser ces préjugés.
a. – Le règne de Pierre Le Grand va imposer avec violence la présence de l’étranger sur le territoire russe. Les premiers contacts avec l’étranger remontent un peu avant avec le règne d’Yvan Le Terrible au XVIème siècle lorsqu’industriels, commerçants, militaires et diplomates s’établissent sur le territoire russe. Ces étrangers qui sont présents sont toutefois confinés par la peur des « contaminations » du monde occidental, notamment en termes religieux.

Vient ensuite la période du temps des troubles à la fin du XVIème siècle, début XVIIème, où il n’y a pas de souverain légitime. Cela se termine par l’occupation, en 1611, de Moscou par les troupes de Pologne. Elles seront chassées par un soulèvement populaire mené par le prince Polarski. Ce sera un symbole de la résistance de la Russie contre l’occupant étranger, le 4 novembre 1612 avec l’expulsion des troupes étrangères.

Pierre Le Grand change ce regard sur l’étranger qui n’est plus quelque chose d’intéressant, mais qui est devenu quelque chose de fondamental, un modèle auquel il faut accéder avec cette idée de progrès de la civilisation. Il réforme son pays avec des techniques ramenées de l’étranger. La construction de St. Pétersbourg est inspirée des architectes occidentaux. Deux réformes sociétales deviennent symboliques : celle de la barbe (il donne l’ordre de se couper et se raser la barbe. Le seul moyen de pouvoir garder sa barbe est de payer un impôt), ainsi que l’obligation de porter un manteau plus court. Le Kaftan devra être réduit.
Cette question du rapport de la Russie à l’occident va se cristalliser au XIXème siècle par un débat idéologique qui va opposer les occidentalistes et les slavophiles. Les occidentalisés dont Tchaadaïev défient l’idée d’un développement linéaire, « nous devons suivre le chemin de développement de ses sociétés ». Se greffe alors la question religieuse. Ils pensent qu’il faut passer au catholicisme. En face, Khomiakov, slavophile, va défendre la spécificité du modèle russe, qui n’a pas vocation à suivre le chemin tracé par les occidentaux. C’est de ses institutions que doit naître la modernisation de la Russie. On a donc à plusieurs étapes un rapport très complexe à l’occident qui est un endroit qui fascine et intéresse, alors que d’autres s’en méfient.

b. – Ce débat sous-jacent se retrouve au XXème siècle, dans les années 20-30 avec l’apogée du modèle soviétique, l’URSS léniniste et stalinienne. A la fin de fin de la guerre civile sur le territoire russe (1914-1922), cette guerre de huit ans devient un traumatisme majeur pour les russes. Face à cela, les bolcheviks vont reconstruire leur pays. Se met en place en Russie des entreprises concessionnaires, l’ouverture au marché russe, des investisseurs étrangers à partir de novembre 1920 jusqu’en 1930. Ces entreprises ne possèdent pas les ressources naturelles ou les biens mobiliers mais peuvent engranger des profits réalisés. L’Allemagne, les Etats-Unis et le Royaume-Uni deviennent les investisseurs les plus importants. Dans les années 1930 elles sont remplacées par des contrats d’aides techniques. On transfert les techniques occidentales vers la Russie. La construction de l’URSS stalinienne se fait donc grâce à l’introduction des capitaux et des techniques occidentales.

Au courant des années 1930 un changement fondamental se produit, cet étranger copié devient une menace. On réduit donc ces interactions. Les étrangers seront victimes de la répression stalinienne de 1937-1938. Des ingénieurs, ouvriers, des hommes de l’international communistes et les minorités nationales transfrontalières de l’URSS seront réprimés (un tiers d’entre eux est exécuté). C’est la « division entre eux et nous » : les étrangers et les bolcheviks.
c.- Puis le moment du dégel avec Kroutchev illustre cette rupture avec Staline.
L’exposition américaine de Moscou de 1959 lors du dégel est un moment de contact, on organise une grande exposition de la vie et de la civilisation américaine. Elle sera visitée par deux millions et demi de soviétiques en six semaines.

II – L’intervention de Pascal Marchand (Géographe à Lyon 2)
En 1989 l’URSS laisse la liberté aux pays de l’est. La Russie laisse tomber les anciens pays communistes sous le joug soviétique, l’URSS et Moscou ont énormément reculé sur le continent. En 1994 le sommet de Bruxelles envisage favorable l’élargissement de l’OTAN. Le 12 mars 1999, trois pays intègrent l’OTAN. En 2004, dix pays entrent dans l’OTAN dont trois pays baltes. En 2008, les Etats-Unis proposent l’entrée de l’Ukraine et de la Géorgie dans l’OTAN.
Il y a en même temps beaucoup d’anciens habitants des Balkans, qui avaient immigrés en Amérique du Nord, qui sont revenus après la chute de l’URSS et se font élire dans leur pays d’origine. En 2008, la proposition de l’Ukraine et de la Géorgie d’intégrer l’OTAN va commencer à inquiéter les russes. Ces deux pays sont dans le giron de la Russie. La réaction russe va commencer à être sérieuse surtout pour la question ukrainienne. Ils ne rentreront finalement pas.
Parallèlement, depuis 1992 la Russie propose à l’Union Européenne une grande zone de libre-échange, association purement économique. Mais il y a un refus systématique de l’Union Européenne. En 2007 les pays baltes, la Pologne et la Suède bloquent toute négociation avec la Russie. Dans le même temps, les mêmes pays proposent une association économique entre les pays baltes et l’Union Européenne. L’Ukraine fait son entrée dans le bloc occidental par la partie européenne. En 2013-2014, le président ukrainien Yanikovich négocie un accord de libre-échange avec l’Union Européenne. Tout en ayant négocié des tarifs de gaz avantageux par la Russie. La crise est enclenchée par l’Europe lui demandant de choisir entre l’est et l’ouest. Du point de vue géopolitique, l’Union Européenne porte la responsabilité de la crise ukrainienne.

III – L’intervention de Philippe Bordier (Consul honoraire de Russie à Lyon)
Il est le représentant officiel de la Russie en France. Ce dernier s’explique plus sur son parcours personnel et professionnel et son accomplissement au sein du consulat Russe à Lyon. Tel que l’obtention du visa russe qui peut se faire à Lyon maintenant (avant on devait aller jusqu’à Marseille). Il véhicule l’image d’une Russie en paix, que l’on peut qualifier d’opposée de celle illustrée par les médias. De plus, il veut accroître le lien russo-français, il donne des exemples tels que l’immobilier du sud français sauvé par les russes ainsi que la clientèle proéminente russe aux sports d’Hiver, Courchevel parmi tant d’autres. Il aborde même une construction de technopole afin de faire venir les entreprises russes. Il finit sur une note plus festive en nous invitant à fêter l’Ancien Nouvel An russe le 13 janvier 2015. Pour la petite histoire, cette fête était célébrée jusqu’en 1918 jusqu’au changement du calendrier sous Lénine.

Après ces différentes interventions, il y a eu place à un débat, au cours duquel le public a pu réagir à ce qui avait été dit. La conférence s’est ensuite terminée vers 20h et en guise de remerciements, il y a eu quelques collations afin de continuer ces interactions tout en grignotant.

A très vite pour un compte rendu des trois autres conférences !

Lucie Jung

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