À la découverte d’un Centre de Demandeurs d’Asile : rencontre avec une équipe de bénévoles bienveillante et d’éducateurs passionnés

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Un village un peu spécial…

Dans la Métropole de Lyon se trouve la petite commune de Fontaines-Saint-Martin. Dans ce village tranquille, 3019 Saint-Martinois jouissent d’un cadre de vie agréable à quelques kilomètres du centre-ville. L’ouverture d’un Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile ou CADA en 2005 et l’hébergement de 200 migrants fait la particularité de cette agglomération lyonnaise. Les demandeurs d’asile les plus vulnérables, les familles, les femmes enceintes, ou encore les personnes âgées y sont accueillis.

Un Centre de Demandeurs d’Asile ?

Le CADA est une structure qui a pour mission l’hébergement mais aussi l’accompagnement juridique, social et sanitaire des migrants. Il aide, entre-autre, à la scolarisation des enfants et permet l’accès à des soins médicaux. Une équipe d’éducateurs et de bénévoles gèrent l’accueil des demandeurs d’asile et organisent la vie quotidienne du centre. Les personnes hébergées ont fui leur pays car elles y subissaient des persécutions, ou craignaient d’en subir. Elles ont pour la plupart, avant d’être accueillies et prises en charge, été confrontées à la misère profonde, la faim et l’errance dans les rues d’un pays inconnu.

“L’exil est une espèce de longue insomnie. ” Victor Hugo.

Dans le monde, nombreuses sont les personnes exposées à des menaces graves au sein même de leur pays, à des traitements inhumains ou dégradants, à la torture, et dans certains cas à des menaces directes et individuelles contre leur vie. Ces individus ont chacun une histoire, un récit de vie teinté par la peur, et par la violence généralisée dans des situations de conflit armé interne ou international.

Partir pour survivre, demander l’asile devient nécessaire. En 2017, 100 412 personnes sont venues chercher l’asile en France après un périple souvent vécu comme interminable.
Selon Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides, « l’asile est la protection qu’accorde un état d’accueil à un étranger qui ne peut, contre la persécution, bénéficier de celle des autorités de son pays d’origine. S’il n’est pas nécessaire que des persécutions, des violations des droits de l’homme et des libertés fondamentales aient déjà été subies, ni qu’elles soient le fait des autorités mêmes, il importe qu’elles puissent être avec raison, personnellement redoutées en cas de retour dans le pays d’origine. »
Il faut alors faire le choix de la fuite. Être exilé, déraciné. S’adapter à un nouvel environnement et apprendre de nouveaux codes sociaux, une nouvelle langue. Faire face à une procédure de demande d’asile longue et fastidieuse, prenant parfois plus d’un an, et à l’attente d’une réponse. “L’exil est une espèce de longue insomnie. ” écrit Victor Hugo.

Les demandeurs d’asile sont en quête d’une protection internationale et leur demande de statut de réfugié doit alors être étudiée par le pays qui les accueille. Arrivés en France, quatorzième pays d’accueil en Europe en 2017, ces personnes voient leur dossier examiné par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) en première instance et par la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) en seconde instance.

À la découverte du centre de Fontaines-Saint-Martin :

Un cadre agréable…

À Fontaines-Saint-Martin, quarante-trois syriens, dix-huit afghans, dix-huit albanais, quinze érythréens et quatorze congolais et soixante-douze personnes de diverses nationalités cohabitent.
Le foyer, assez éloigné du centre-village, est entouré par le calme et la verdure. Je peux entendre le cours d’eau qui ruisselle près de l’immeuble et le chant des oiseaux en cette matinée ensoleillée. Cette ambiance dénote de l’image que je me faisais d’un CADA et j’en suis agréablement surprise.

À mon arrivée, je suis chaleureusement accueillie par les bénévoles qui chaque mercredi matin donnent de leur temps pour initier les demandeurs d’asile de diverses nationalités à la langue de Molière. Des poignées de main sont échangées, tous se présentent avec un grand sourire, certaines mamans sont accompagnées de leurs enfants. Personne ne me connait mais je suis tout de suite intégrée dans le groupe hétérogène où différentes nationalités se mêlent. « Ça va la famille ? » me demande l’une des quelques personnes venues assister au cours.

Des bénévoles impliqués lors des cours de Français…

Les demandeurs d’asile arrivent au compte-gouttes. Le retard des migrants est dû à la distribution de colis alimentaires et de produits pour bébé des Restos du Cœur qui a lieu dans la petite ville d’à côté. « Ils ont une vie compliquée » me confie une bénévole. Avec souvent plusieurs enfants en bas âge à charge, la menace de la précarité et d’un avenir incertain, ainsi que de nombreuses démarches administratives à suivre, les demandeurs d’asile sont très occupés. Peu d’entre eux assistent aux cours de français donnés par les bénévoles et aucun ne fait preuve d’une réelle assiduité.

Les cours ont aussi pour fonction de créer une bonne ambiance et de construire un cadre de vie agréable. Il s’agit avant tout d’un moment de convivialité, d’apaisement et de calme. Dans le centre, les tensions entre demandeurs d’asile sont nombreuses. Vivre en communauté en allant au-delà des préjugés, respecter les cultures des autres et leurs habitudes de vie n’est pas toujours aisé. La promiscuité et les incompréhensions culturelles, teintées dans certains cas de racisme rend difficile le « vivre ensemble ». De plus, la souffrance psychique, les angoisses liées à des traumatismes passés et à une attente parfois très longue dans les démarches légales épuisent les demandeurs d’asile. C’est ainsi que des conflits éclatent régulièrement. Les cours de français constituent alors un moyen de rassembler les demandeurs d’asile, au-delà de leur différents, autour d’un même objectif, celui de la maîtrise de la langue française et de valoriser chacun par l’apprentissage.

Les professeurs s’adaptent aux quotidiens difficiles des demandeurs d’asile mais les absences répétées et le manque de suivi rend l’apprentissage de la langue très compliqué. L’un des principaux défis rencontrés par les bénévoles est de créer une continuité entre les leçons. À chaque cours, les bases de grammaire et d’orthographe sont répétées. Les subtilités de langue française et la complexité de sa syntaxe rend l’enseignement périlleux. L’une des bénévoles attire mon regard. En effet, pour surmonter la barrière du langage, elle fait preuve d’une grande théâtralité. La petite salle de classe se transforme en théâtre et des scénettes de la vie quotidienne sont jouées par les migrants, qui doivent pour la plupart surmonter leur grande timidité et leur manque de confiance. L’utilisation d’accessoires rend également le cours plus vivant et permet un enseignement ludique. Des rires se font attendre, les problèmes personnels semblent se faire oublier. Une réelle motivation à progresser se fait sentir dans un moment d’échange et de partage.

Lorsque j’interroge cette bénévole sur ses motivations, cette habitante du village m’explique vouloir faire « des rencontres humaines et apprendre de ces personnes qui viennent du monde entier, voir de nouveaux visages à chaque cours ». Elle explique enseigner pour « donner » et insiste sur le fait qu’aucun bénévole ne connaît le passé des migrants, leur histoire. « Je souhaite m’impliquer, agir pour accueillir ces personnes, leur permettre de s’intégrer, donner une image un peu positive de mon pays. Je n’apprécie pas les éternels râleurs qui se plaignent sans cesse des étrangers et qui ne bougeront jamais un seul petit doigt pour les aider à s’intégrer. » déclare-t-elle.

Une équipe d’éducateurs dynamique…

Je rencontre également une éducatrice du centre ; celle-ci m’explique que ce moment de convivialité est bienvenu puisque le quotidien au centre peut s’avérer compliqué. Jeune femme dynamique, elle doit gérer de nombreux problèmes notamment sanitaires puisque le bâtiment est infesté de nuisibles, des cafards et des punaises de lits qui jouent sur le bien-être de tous. Elle évoque aussi avec émotion le départ d’un couple de migrants déboutés du droit d’asile, la difficulté de « mettre dehors » des personnes auxquelles elle s’est attachée. Celle-ci me confie avoir toujours été animé par un sens de la justice. « Je ne supporte pas l’injustice » me dit-elle. Elle évoque la particularité du centre de Fontaines-Saint-Martin, où les habitants du village font preuve de générosité et de respect, ce qui n’est pas toujours le cas dans les autres CADA du Rhône. L’équipe semble impliquée et motivée à faire en sorte que le séjour de ces personnes, souvent traumatisées par leur passé, soit le plus agréable possible.

Ces rencontres sont l’occasion d’entrevoir ce qu’est un CADA et de comprendre son fonctionnement. Des moments d’animation et de rassemblement comme les cours de français permettent d’améliorer le quotidien de tous, de faire sourire ces personnes « à la vie compliquée ».

Clémence Blanc

L’interview a eu lieu au :
C.A.D.A. LE PETIT BOIS
660 RUE DU PRADO
69270 FONTAINES SAINT MARTIN

Pour aller plus loin … 

Préjugé 1 : Les demandeurs d’asile sont des clandestins ou des « sans-papiers »
FAUX ! Les demandeurs d’asile sont en situation régulière pendant la durée de la procédure.

Préjugé 2 : Tout le monde cherche à se réfugier en Europe
FAUX ! 86% des réfugiés se trouvaient dans les pays en voie de développement en 2016
Les conflits dans le monde ont contraint près de 20 millions de personnes à fuir leurs foyers. La Turquie est le premier pays d’accueil de personnes fuyant les persécutions, principalement originaires de Syrie, avec 1,6 million de réfugiés enregistrés. Le conflit en Syrie a entraîné à lui seul le déplacement de plus de 6 millions de personnes depuis 2011. Une grande partie d’entre eux sont accueillis au Liban, qui accueille 1,2 million de réfugiés soit plus d’un quart de sa population. Les personnes en quête de protection se réfugient généralement dans les pays voisins : en 2016, les Nations unies estimaient que 86% des réfugiés se trouvaient dans les pays en voie de développement.

Source : UNHCR, Asylum trends 2015 & 2016 / EUROSTAT, Demandes d’asile dans l’UE en 2016

Préjugé 3 : La France accueille plus de demandeurs d’asile que les autres pays européens
FAUX ! Rapporté à sa population, la France était le 14ème pays d’accueil en Europe en 2017.

Source : EUROSTAT, Demandes d’asile dans l’UE en 2017

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