Que reste-t-il de la révolution égyptienne ?

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Le 25 janvier marquait le cinquième anniversaire de la révolution égyptienne, qui signe l’abandon du pouvoir de l’ancien président Hosni Moubarak. Une commémoration placée sous haute tension dans le pays.

A partir de 2011, certains pays arabes vont connaitre le début d’un mouvement contestataire, qui va se transformer en un véritable cycle révolutionnaire. Le but : contester les gouvernements sont mis en place. Dans la plupart de ces pays (Tunisie, Libye, Egypte, Syrie, Bahrein, etc), des régimes autoritaires sont installés depuis de nombreuses années et exercent un pouvoir bafouant les droits de l’homme. Le mouvement contestataire démarre en Tunisie avec le départ du président Zine El-Abiddine Ben Ali, puis se repend très rapidement dans les autres pays du Maghreb ou encore au Moyen-Orient. La situation économique précaire de l’Egypte, la hausse des prix des matières premières et les perspectives d’embauches qui se font de plus en plus rare poussent les jeunes à manifester. Ils sont prêts d’un million à se regrouper sur la place Tahrir au Caire. La contestation prend forme via le réseau social Facebook, qui joue un rôle crucial, au point de parler de contre-pouvoir. Les manifestants réclament des réformes démocratiques ainsi que la fin de la corruption. Le point central de cette manifestation est un appel lancé pour empêcher le retour de Moubarak, d’autant plus que cette même année se tiennent les élections présidentielles et qu’il ne compte pas quitter le pouvoir. Il compte gouverner le pays jusqu’à son « dernier souffle », selon ses propres termes. Mais une hausse des violences entre les partisans du président et ceux qui réclament davantage de libertés, ainsi que la pression internationale, poussent le président égyptien à ne pas se représenter.

Tout commence après l’assassinat d’Anouar al-Sadate. Le vice-président Hosni Moubarak se retrouve alors au pouvoir conformément à la Constitution, le 13 octobre 1981. Il avait précédemment suivi des études militaires, allant même suivre des stages de perfectionnements en URSS. Il est nommé en 1975 vice-président par Sadate, et montre son autorité dès son arrivée au pouvoir, tout en ayant la ferme volonté (affichée) de relancer l’économie égyptienne. Il est réélu successivement en 1987, 1993, 1999, où il atteint des scores s’approchant des 80%. La concurrence lors des élections est rare, voire inexistante. On se retrouve rapidement sous le joug du parti unique. Moubarak remporte la première élection présidentielle officiellement multipartite d’Égypte avec 88,5 % des voix, le vendredi 9 septembre 2005. Mais en 2011, s’achève le dernier mandat de Moubarak où il annonce le 11 février qu’il quitte l’Egypte.

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L’Egypte se trouve ainsi dans une situation économique difficile, notamment à cause d’un contexte de hausse des prix pesant pour la population. La révolution a diverses conséquences sur le pays : tout d’abord, elle a aggravé la crise économique qui sévit depuis 2008. Les images choquantes de la place Tahrir et des combats de rue ont fait le tour du monde, inspirant les mouvements des Indignés, en Europe et en Amérique, et provoquant une fuite des investisseurs étrangers et des touristes. En 2010, près de 15 millions de touristes rapportaient plus de 10 milliards de dollars au pays. Après coup, le nombre de visiteurs a officiellement chuté de 35%. Mohammed Morsi, élu en juin 2012, perd rapidement le pouvoir à cause de la détérioration de l’économie, et de la hausse des inégalités sociales. Le chef d’Etat, issu des Frères musulmans, est destitué par l’armée le 3 juillet 2013, entrainant la satisfaction d’une partie de la population, qui en venait même à regretter l’ère Moubarak.

L’armée demeure le maître incontournable du jeu politique égyptien, et le maréchal al-Sissi (promu à ce titre le 27 janvier), ministre de la Défense, reste l’homme fort du pays qui exerce un pouvoir autoritaire sur le peuple égyptien. Les médias sont réduits au silence et de nombreux opposants sont portés disparus ou sont même exécutés. La nouvelle Constitution, élaborée par une assemblée de cinquante membres désignés par le gouvernement, demeure une maigre consolation. Elle renforce surtout les pouvoirs et l’autonomie de l’armée.

Sarah Delangle

 

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